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sa filiation ? Comment établirait-il qu'il est issu des patriarehes, et non de quelque prosélite, ou de quelqu'un de ceux que Salmanasar transporta à Samarie ? Quels titres produirait-il pour montrer qu'il est de la tribu de Juda, de la famille de David ? La descendance de David est un des caractères essentiels du Messie : cette descendance ne peut plus être prouvée; le Messie ne pourrait donc plus être reconnu. V. C'est ici le lieu d'examiner une des objections les plus familières aux incrédules ; elle est relative aux deux généalogies de Jésus-Christ, rapportées par saint Matthieu et par saint Luc : « D'abord, dit« on, dans l'une et dans l'autre, c'est la gé« néalogie de Joseph qui est présentée; mais rien n'était plus inutile et plus hors de propos, si Jésus était non pas son fils, « mais seulement fils de Marie. D'ailleurs, « en nous donnant en deux endroits cette « filiation, il fallait au moins faire cadrer « ensemble les deux récits : au lieu de cela « nous voyons entre l'un et l'autre une op« position formelle ; elles ne s'accordent « que jusqu'à David. De David à Joseph, « c'est une continuelle contradiction. Saint « Matthieu fait descendre Joseph de David « par Roboam, et par la suite des rois de

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« Juda jusqu'à Jéchonias. Saint Luc l'en « fait descendre par Nathan, et par une suc« cession d'ancêtres inconnus. Les deux gé« néalogies présentent les générations de Sa« lathiel et de Zorobabel, mais avec des dif« férences essentielles. Dans saint Matthieu, « Salathiel est engendré par Jéchonias; et « saint Luc le fait fils de Néri. Selon saint « Matthieu, c'est par Abiud que Joseph des« cend de Zorobabel ; selon saint Luc, c'est « par Résa et par une toute autre suite « d'aïeux.Jusqu'au père de Joseph, n'est pas « le même dans les deux : dans saint Mat« thieu, Joseph est fils de Jacob : dans saint « Luc, il est le fils d'Héli. Et qu'on ne dise « pas que ce sont des noms différents des « mêmes personnes ; car le nombre des gé« nérations est différent dans les deux gé« néalogies. De David à Joseph, saint Mat« thieu n'en compte que vingt-huit, et saint « Luc en produit quarante-un. Comment, « concluent les incrédules, peut-on nous « donner pour des faits certains, pour des « histoires inspirées par le Saint-Esprit, deux « récits absolument contradictoires ? Si l'un « est vrai , l'autre est évidemment faux. » VI. Une première considération aurait dû commencer à arrêter les incrédules, et les faire au moins douter de la vérité de leur inculpation. Lorsque saint Luc écrivait son évangile, il connaissait très-certainement celui de saint Matthieu, écrit dix ans auparavant pour les Juifs et dans leur langue, et qui était très-répandu dans la Judée, surtout parmi les chrétiens. Il lui eût donc été très-facile d'éviter une contradiction; et si c'en était ici une réelle, il n'y aurait certainement pas manqué.Quand nous ne connaîtrions aucun moyen de concilier l'apparente opposition des deux généalogies, cette réflexion suffirait pour nous faire croire qu'il n'y a point de contradiction entre les deux écrivains sacrés : il est tout simple qu'à une aussi grande distance de temps, et dans l'ignorance où nous sommes de beaucoup d'usages du peuple juif, nous ayons de la peine à concilier des récits dont les différences viennent de ces usages. Au temps où écrivaient les deux évangélistes, on connaissait parfaitement les motifs de la diversité : c'est ce qui les a empêchés de l'éviter. Mais est-il vrai que nous soyons dans l'impuissance de concilier les deux généalogies? Divers commentateurs en ont donné diverses explications , dont plusieurs sont très-satisfaisantes; il serait trop long de les rapporter toutes : je me contenterai de présenter celle qui me parait la plus probable.

Il faut observer que parmi le peuple juif il n'était pas d'usage de faire entrer les femmes dans les généalogies. Quand une suite de générations finissait par une femme, au lieu de la nommer dans la généalogie, on nommait son mari , que l'on faisait succéder au beau-père, sans faire mention de la femme : ce gendre était appelé le fils de celui dont il avait épousé la fille. Ainsi on connaissait deux manières d'être le fils d'un homme : l'une propre et naturelle, d'avoir été engendré par lui; l'autre impropre et légale, d'avoir épousé la fille qu'il avait engendrée. D'après cette observation, la diversité des deux généalogies s'explique naturellement. St. Matthieu donne la généalogie de Joseph, - en descendant d'Abraham à lui ; Saint Luc donne la généalogie de Marie, en remontant de Joseph son époux jusqu'à Adam, et même jusqu'à Dieu. Héli, dont il fait fils Joseph, est le même qu'Héliacim ou Joachim , que l'on sait avoir été père de la sainte Vierge ; en hébreu, ce n'est qu'un seul nom : ainsi, quand St. Luc dit que Joseph fut fils d'Héli, il ne contredit pointSt. Matthieu, qui le fait fils de Jacob : il était proprement fils de Jacob, qui l'avait engendré; il était improprement fils d'Héli, dont il avoit épousé la fille. Il en est de même de Salathiel, fils du roi Jéchonias, et gendre de Néri, qui était de même que lui du sang royal. Ce qui donne du poids à cette explication, c'est la différente manière dont s'expriment les deux évangélistes en déduisant leurs généalogies. St. Matthieu rapporte les générations d'après l'ordre propre et naturel; il dit : Abraham engendra Isaac, et ainsi de suite jusqu'à Jacob, qui engendra Joseph époux de Marie, de laquelle est né Jésus appelé Christ : il parle donc clairement de générations naturelles. Saint Luc se sert d'expressions toutes différentes : il dit : Jésus, à ce qu'on croyait, était fils de Joseph, qui fut d'Héli, qui fut de Mathal ; et ainsi en remontant jusqu'à Seth, qui fut d'Adam, qui fut de Dieu. La différence dans les expressions en fait naturellement soupçonner dans le sens : on y est confirmé que le premier et le dernier degré de la généalogie dans St. Luc ne présentent pas des pères naturels, et par voie de génération Jésus-Christ n'était pas proprement fils de Joseph , et saint Luc l'établit positivement. Adam avait été non engendré mais créé par Dieu. Tel paraît donc avoir été le dessein de cet évangéliste, en donnant de Jésus-Christ une généalogie autre que celle qu'il savait avoir été publiée par saint Matthieu ; il a voulu montrer que le divin Sau

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