Oldalképek
PDF
ePub

( T. I des Contes indiens, pag. 334). Mais quelle différence de» modèles a l'imitateur!

(1) Maître Jean Lapin. Cette expression Jean Lapin se montre pour la première fois dans les fables de La Fontaine, et peut-être dans la langue française. On n'avoit point encore soupçonné ce secret d'annoblir l'apologue, de l'humaniser en quelque sorte, en transportant aux animaux les titres, et jusques aux noms par lesquels les hommes se désignent et se reconnoissent entre eux.

Je laisse a penser si ce gite étoit sur: mais mieux? La Fontaine prévient l'objection qu'on pouvoit lui faire contre ce trou d'un insecte où le Lapin va se blottir. D'ailleurs un terrier plus profond eût mis le fugitif animal à l'abri des poursuites de l'Aigle; et la morale de la fable étoit perdue.

(a) Nonobstant cet asile. Le droit d'asile étoit sacré chez les anciens. Dans la fable de Philemon et Baucis, la Perdrix, dont les bons vieillards veulent régaler leurs hôtes célestes, vient chercher asile entre les pieds de Jupiter, qui réclame en sa faveur le droit d'asile.

(3) Princesse des Oiseaux, il vous est fortfacile. C'est prendre les grands par l'endroit sensible. Hélas! on a toujours plus d'accès auprès de l'orgueil qu'auprès de l'humanité. Il fous est fort facile d'enlever malgré moi. Ce ton humble, cet aveu modeste de son impuissance conviennent parfaitement à la douleur et à l'amitié suppliante. Enlever: un enlèvement a toujours quelque chose d'odieux. Ce pauvre malheureux. Iles est sacra miser; quelle gloire peut-il en revenir a l'Aigle! Quel profit retirer de la dépouille d'un si pauvre animal?

(4) Donnez-la lui de grâce , ou Volez a tous deux. Ce dévouement de l'amitié est du plus grand pathétique. Il attendrit, il étonne: on a peine à en concevoir le motif. Le poète l'explique: c'estmonvoisin, c'est mon compère. On est impatient d'apprendre quel succès aura cette requête.

(5) L'oiseau de Jupiter, sans répondre un seul mot, Choque de Paile CEscarbol,

L'étourdit, Voblige a se taire, etc. Voilà toute sa réponse : elle est conforme aux mœurs des grands. Ces vers offrent un modèle parfait de narration.

(6) Ses

(6) Ses œufs , ses tendres œufs, sa plus douce espérance. C'est bien plus que de s'attaquer à elle-même; c'est la frapper au cœur; c'est la blesser dans ces doux liens, par lesquels la tendresse maternelle se multiplie dans l'avenir, et se survit dans sa postérité.'

«Ce vers est d'une sensibilité si douce, qu'il fait plaindre l'Aigle, malgré le rôle odieux qu'elle joue dans cette fable.» Champfort. M. l'abbé Aubert a cherché à rendre le même sentiment dans ces vers s

Le précieux trésor qui tenoit renfermée
Sa tendresse avec sa couvée.

(Z.V. \I.fab. 9.)

(9) Pas un seul ne fut épargné. Rien ne manque à la vengeance. Un seul du moins eût adouci ses regrets.

(8) L'écho de ces bois

N'en dormit de plus de six mois. Images dignes de la plus haute poésie. A la constance de sa douleur, on peut reconnoître l'effet terrible des vengeances de l'Escarbot. Un si foibleanimal humiliel1 à ce point le roi des airs!

(9) L'oiseau qui porte Ganimède. Beau jeune homme aimé de Jupiter, qui, pour en jouir, se changea en Aigle, et l'enleva dans le ciel.

(10) Du monarque des dieux enfin implore Vaide. Quel contraste! Cet oiseau si fier, impuissant contre un insecte; oblige d'implorer; qui ?pas moins que le monarque des dieux, et d'intéresser à sa cause la majesté du tout-puisssant!

(n) Xeur ennemi changea ds note. Comme fait le musicien pour varier ses tons. — Esope près d'être mis à mort par les ha- bitans de Delphes, se comparoit à l'innocent animal eulevé par l'Aigle, et bientôt vengé par les Dieux. On fut sourd àla prophétie, mais elle n'en eut pas moins son effet.

[ocr errors]

F A B L E I X.

Le Lion et le 3foucheron.

{Avant La Fontaine). Grecs. Esope, fab. 149. — Latins. Phèdre, fab. 4 de l'appendice de Gudius (pag, 97 de l'édition de Barbou).—François. Marie.Ysopet (fable du Loup et de la Guêpe).

V A-t'-en, chétif insecte, excrément de la terre (1).

C'est en ces mots que le Lion

Parloit un jour au Moucheron.

L'autre lui déclara la guerre (2). Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi (3)

Me fasse peur, ni me soucie (4)?

Un bœuf est plus puissant que toi (5);

Je le mène à ma fantaisie.

A peine il achevoit ces mots,

Que lui-même il sonna la charge (6),

Fut le trompette et le héros.

Dans l'abord il se met au large (7),

Puis, prend son temps, fond sur le cou

Du Lion qu'il rend presque fou.
Le quadrupède (8) écume, et son œil étincelle;
Il rugit: on se cache, on tremble à l'environ;

Et cette allarme universelle

Est l'ouvrage d'un moucheron. Un avorton de Mouche (9) en cent lieux le harcelle; Tantôt pique l'échiné, et tantôt le museau,

Tantôt entre au fond du naseau.

La rage alors se trouve à son faîte montée.
L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée,
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs,
Bat l'air qui n'en peut mais(io); et sa fureur extrême
Le fatigue, l'abat : le voilà sur les dents (n).
L'insecte, du combat se retire avec gloire:
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire (12);
Va par-tout l'annoncer, et rencontre en chemin

L'embuscade d'une Araignée:

Il y rencontre aussi sa fin.

Quelle chose par-là nous peut être enseignée?
J'en vois deux, dont l'une est, qu'entre nos ennemis,
Les plus à craindre sont souvent les plus petits:
L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

(Depuis La Fontaine). Franc. Bcnserade, f. io5. M. l'abbe" Aubeit, L. IV. fab. 6 (le Moucheron et les trois Dogues). Latins. Dcsbillons , L. III. fab. 17. —Ital. Luig. Grillo, fav. 70.

NOTES D'HISTOIRE NATURELLE. Le Lion. Payez Liv. I. fab. 6.

Moucheron, est un insecte très-petit, long et molasse, qui est du genre des Mouches. Les Moucherons se retirent en grand nombre dans les citernes, lorsque l'hiver approche, et déposent leurs œufs sur les plantes aquatiques. C'est le soleil du mois de juin qui faitéclorre les œufs. Le Moucheron considéré avec le microscope , offre un spectacle admirable,

G »

OBSERVATIONS DIVERSES.

(1) Va-V-en, chélif insecte, excrément de la terre. Quelle mer-> veilleuse varicté le poète a su mettre dans ses exordes ! Celui du Chêne et du Roseau offre quelque rapport avec celui-ci : même orgueil dans le ton avec lequel s'expliquent les divers acteurs. Le Lion joue ici le rôle du Chêne dans cette fable 5 mais là le poète a nommé ses interlocuteurs: Le Chêne un jour dit au Roseau. Ici on n'a point encore vu les personnages: à qui s'adresse ce langage insultant, ces expressions pleines du plus orgueilleux mépris? Chétif insecte, excrément de la terre. En peut-on imaginer de plus avilissantes? On ne le connoit pas encore, ce méprisable ennemi: on le desire , on l'attend, on s'intéresse a lui plus que s'il étoit dcjà «Sonnn.

On lit dans une très-belle ode, plns ancienne que nos fables:

Va-t'-cn a la malheure, excrément de la terre,
Monstre, etc.

Surquoi.Ménage, par qui elle est citée, observe que cet hcmistiche, excrément de la terre, « lui semble trop bas pour un tyran plus haï que méprisé; ce mot ne signifiant que mouches, vermisseaux et autres créatures imparfaites qui se forment de la corruption de la terre, etc. » (Ménage, sur Malherbe, page 4{3. Paris, Basbin, 1699).

(2) L'autre lui déclara la guerre. Le contraste est frappant.: une déclaration de guerre , voilà sa réponse. Pouvoit-on s'v attendre? Quel puissant intérêt va naître de cette surprise!

(3) Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi. C'est là son manifeste. On diroit qu'il lui fait grâce encore de lui passer ce titre de roi. Le Romain de Corneille n'est pas plus fier, quand il prononce:

Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose.

(4) Me fasse peur ni me soucie? M'inspire ou crainte ou respect. Ni l'un ni l'autre. Il y a du raisonnement dans le Moucheron; il n'y a que de la colère dans le Lion. Les caractères se prononcent 1 on se prévient involontairement en faveur du plus foible, contre son insolent agresseur. On n'est point fâché de voir humilier une force qui n'est que brutale.

(5) Un Bœuf est plus puissant. Il ne dit point, plus fort ni plus courageux; ce qui seroit contre la vérité. Puissant se dit de la tailla, et convient au Bœuf.

« ElőzőTovább »