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creatures; ou s'ils n'y ont employé d'autres mots, ils ont limité celuy d'adoration par quelque moderation. Ainsi sainct Cyrille dit contre Julien : Que nous n'adorons pas les saincts comme Dieu; mais nous les honnorons comme personnes principales. Le second Concile de Nicée appelle la veneration des saincts : Adoration honoraire, Honorariam adorationem. Et le Concile de Trente suivant ce train. : Adorons, dit-il, JesusChrist, et venerons les saincts, par les imaiges que nous baysons. Il employe pour Nostre Seigneur le mot d'adorer, et pour les saincts celuy de venerer. , Or ce discours despend de deux principes. Le premier, qu'entre toutes les especes d'honneur, l'adoration est la plus digne, dont sainct Augustin dit que les hommes sont appellez servables et venerables; que si on y veut joindre beaucoup, ils seront encore dits adorables : il faut une grande qualité pour rendre une chose adorable. Le second principe est, qu'entre toutes les adorations, celle qui appartient à Dieu est incomparablement la plus grande et precieuse ; elle est le suc de toute adoration, et comme Anastase, evesque de Theopolis, dit, l'emphase et excellence de tout honllêuT". Ce qu'estant ainsi, puisque le mot d'adoration signifie la recognoissance qu'on fait de quelque superieure et eminente excellence, il convient beaucoup mieux à l'honneur deu à Dieu qu'à celuy des creatures; car il y treuve toute l'estendue et perfection de son object, Ce qu'il ne treuve pas ailleurs. Bref, l'adoration n'appartient pas esgalement à Dieu et aux creatures : il y a à dire de l'infinité; celle qui est deuë à Dieu est si excellente, en comparayson de toute autre faite aux creatures, que n'y ayant presque aucune proportion, les autres adorations ne sont presque pas adoration, au prix de celle † appartient à Dieu. Si que l'adoration estant la supresme sorte 'honneur, elle est particulierement propre à la supresme excellence de Dieu. Et si bien elle peut estre attribuée aux creatures, C'est par une tant esloignée proportion et analogie, que si par quelque evidente circonstance, on ne reduict la signification du mot d'adoration à l'honneur des creatures, elle penchera tousjours à l'hommage deu à Dieu. Suivant le vieil proverbe des logiciens, le m0t equivoque, ou qui signifie deux diverses choses, estant mis t0ut seul à part soy, sans autre desclaration, est tousjours prins en sa Signification plus digne et fameuse : Analogum per se sumptum slat pro famosiori significato (D. Thom. 2, 2, q. 84, 1). Ainsi au devis qui se passa entre Nostre Seigneur et la Samaritaine, le mot d'adorer † est mis tout court, sans autre addition , Signifie non-seulement l'adoration deué à Dieu seul, mais la plus excellente de toutes celles qui se font à Dieu, qui est le sacrifice, † preuvent plusieurs grands personnages par raysons inesvitables. , J'aydit cecy, tant parce qu'en cest aage si fascheux et chicaneur, il est expedient qu'on sçache parfaictement ce que valent les mots, qu'aussi pour respondre au traitteur qui, nous reprOchant que nous adorons la croix et les imaiges, se baillant beau jeu sur nous, dit : " Que la resplique est frivole de dire qu'on ne les adore pas, puis» qu'on ne met pas sa fiance en elles; » car je dy au contraire que le traitteur est extresmement frivole, de s'imaginer ceste resplique pour nous, laquelle nous n'advoüons pas ainsi creuë, comme elle est couchée, ains, nous tenant sur la demarche de l'Escriture saincte, et de nos devanciers, nous confessons qu'on peut loysiblement adorer les sainctes creatures, notamment la Croix, et disons tout haut avec sainct Athanase : Nous adorons la figure de la Croix. Et avec Lactance : Fleschissez le genoüil, et adorez le bois venerable de la C]'Ol.TU. Vray est que le catholique discret, et sçachant que le mot d'adorer † plus à l'honneur deu à Dieu qu'à celuy des creatures, et que e simple vulgaire le prend ordinairement à cest usage, le discret catholique, dy-je, n'employera pas ce mot sans y joindre une bonne desclaration, ny parmy les schismatiques, heretiques, reformateurs et bigearres, pour leur lever tout subjet de calomnier, ny devant les menus et debiles esprits, pour ne leur donner aucune occasion de se mesprendre ; car les anciens ont fait ainsi. Quand on dit donc u'on ne met pas sa fiance en la croix, c'est pour monstrer qu'on ne l'adore pas en qualité de Dieu , et non pour dire qu'on ne l'adore pas en aucune façon; mais le traitteur traitte la croix, nostre cause et la sienne, selon son humeur.

CHAPITRE VI.

La difference des honneurs ou adorations gist en l'action
- de la volonté.

p# la propre et vraye essence de l'adoration reside en la volonté, et non en exterieure demonstration, la grandeur et petitesse des adorations, et leurs propres differences, se doit estimer selon l'action de la volonté, purement et simplement, et non selon l'action de l'entendement, ny selon les reverences exterieures. Tel cognoist en son ame quelque excellent advantage d'un autre sur luy, # neanmoins ne le voudra pas recognoistre à proportion de ce qu'il le cognoist, ains beaucoup moins, ou plus. Tesmoins ceux † cognoissant Dieu, ne l'ont pas adoré comme Dieu. L'adoration Oncques, ou l'honneur n'aura pas la difference de la grandeur ou petitesse de l'entendement. De mesme toute l'Eglise, dit la sacrée parolle, benit le Seigneur Dieu de ses Peres, et s'inclinerent et adorerent Dieu, et le roy apres (I. Paral. cap. ult.). Ils font indubitablement deux adorations, l'une à Dieu, l'autre au roy, et bien differentes; toutesfois ils ne font qu'une inclination exterieure. L'esgalité donc de la sousmission externe n'infere pas esgalité d'honneur Ou d'adoration. Le patriarche Jacob, penché et prosterné à terre, adora sept fois son frere aisné Esaü (Gen. 33); les freres de Joseph l'adorèrent, prosternez à terre (lbid. 43); la Thecuite cheut en terre devant David l'adorant (II. Reg. 14); les enfans des prophetes venant à la rencontre d'Helysée, l'adorerent prosternez en terre (iv. Reg. 2); la Sunamite se jetta aux pieds de Giesi (Ibid. 4);Judith se prosternant en terre adora Holopherne (Judith. 10); ces sainctes âmes, que

ou voient-elles faire plus que cela, quant à l'exterieur, pour l'adoation de Dieu ? L'adoration donc ne doit pas estre jugée selon les c\ions et demonstrations exterieures. Jacob se prosterne esgalement devant Dieu, et devant son frere; mais la differente intention \ui le porte à ces prostrations et inclinations rend l'adoration qu'il ait à Dieu, se prosternant, toute differente de celle qu'il fait à son Tere. Nostre corps n'a pas tant de plys ny de postures que nostre ame. Il n'a point de plus humble sousmission que de se jetter à terre devant quelqu'un; mais l'ame en a une infinité de plus grandes. De maniere que nous sommes contraincts d'employer les genuflexions, reverences et prostrations corporelles indifferemment , tantost à \'honneur souverain de Dieu, tantost à l'honneur inferieur des creatures : nous nous en servons comme des jettons, tantost pour dix , tantost pour mille, laissant à la volonté de bailler diverse valeur à ces signes et maintiens exterieurs, par la diversité des intentions avec lesquelles elle les commande à son corps. Et n'y a peutestre aucune action exterieure, pour humble qu'elle soit, qui ne puisse estre employée à l'honneur des creatures, estant produicte avec une intention bien reglée, sinon le seul sacrifice, avec ses principales et necessaires appartenances, lequel ne se peut dresser qu'à Dieu seul en recognoissance de sa souveraine seigneurie ; car à qui ouyt-on jamais dire : Je t'offre ce sacrifice, ô Pierre ! ô Paul ? Hors de là , tout l'exterieur est sortable à la reverence des creawres, n'entendant toutesfois y comprendre les parolles, entre lesquelles il y en a beaucoup qui ne peuvent estre appliquées qu'à Dieu seul. Le traitteur, qui met l'essence de l'adoration en la genuflexion , et autres actions externes, comme font tous les schismatiques de nostre aage, est obligé par consequent de dire que là où il # 3l †. reille prostration ou reverence exterieure, il y a aussi pareille adoration. Il faut bien cela pour engeosler le menu peuple : mais que me respondra-t-il à ceste demande ? La Magdelene est aux pieds de Nostre Seigneur et les lave (Luc. 7); Nostre Seigneur est aux pieds de sainct Pierre et les lave (Joan. 13) : l'action de la Magdelene est une tres-humble adoration; dites-moy, traitteur mon amy, l'action de Nostre Seigneur, que fut-elle?Si ce ne fut pas une adoration, comme il est vray, doncques s'incliner, faire les reverences et plyer les genoüilx, n'est pas adorer, comme vous avez dit. Item, doncques une mesme action peut estre faite paradoration, et la mesme sans adoration; et partant on ne sçauroit tirer consequence de l'esgalité des adorations par l'esgalité des actions exterieures, ny la difference aussi. Si l'action de Nostre Seigneur fut adoration, aussi bien que celle de la Magdelene (vous estes assez bon pour le vouloir soustenir, principalement si vous estiez un peu Surpris de cholere), doncques il adora les creatures : pourquoy doncques ne voulez-vous pas que nous en fassions de mesme ? Pour vray, establir l'essence et les differences des adorations és actions exterieures, c'est la prendre sur Nostre Seigneur, qui l'establit dans l'esprit, et sur le diable mesme, lequel ne se contente pas de demander à Jesus-Christ qu'il s'incline, mais veut que s'inclinant il l'adore : Si te prosternant, dit-il, tu m'adores, je te donneray toutes ces choses (Matth. 4). Il ne se soucie point de l'inclination et prostration, si l'adoration ne l'accompaigne. O reformation! en veux-tu plus sçavoir que ton maistre? Le nostre, respondant au tien pour monstrer l'honneur deu à Dieu, ne dit point : Tu t'inclineras, d'autant que l'inclination est une action purement indifferente; mais il dit seulement : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu. Et parce que l'adoration n'est pas encore du tout propre et particuliere pour l'honneur de Dieu , mais peut encore estre employée pour les creatures, il adjouste à l'adoration le mot de latrie, disant : Tu serviras à iceluy seul. Aussi ne dit-il pas : Tu adoreras ! le Seigneur ton Dieu; mais ouy bien : Tu serviras à iceluy seul, là ! où au grec le mot de latrie est employé. Ceste observation est : expressement du grand sainct Augustin és questions sur la Genese. . On peut adorer autre que Dieu, mais non pas servir autre que Dieu, du service appellé , selon les Grecs, latrie.

CHAPITRE VII.

Premiere division des adorations selon la difference
des excellences. |

Io appartient doncques à la volonté de donner et l'essence et les dis ferences aux adorations. Mais quels moyens tient-elle à les leur : donner ? deux principalement. Le premier est, par la diversité des excellences, pour lesquelles elle adore les choses : à diverses excellences, il faut divers honneurs. Le second est, par la diversité des façons avec lesquelles les excellences pour lesquelles on adore sont participées et possedées par les objects adorables. Comme il y a diverses excellences, aussi peut-on participer diversement , et en plusieurs manieres, une mesme excellence. Partageons maintenant toutes les adorations, selon les plus gene- ! rales divisions des excellences. Toute excellence, ou elle est infinie. Ou finie, c'est-à-dire, ou divine, ou creée : si elle est infinie et divine, l'adoration qui luy est deüe est supresme, absoluë et souveraine, et s'appelle latrie, d'autant que comme dit sainct Augustin : Selon l'usage avec lequel ont parlé ceux qui nous ont basty les divines parolles, le service qui appartient à adorer Dieu, ou tousjours ou au moins si souvent que c'est presque tousjours, est appellé latrie. Latria secundùm consuetudinem qua locuti sunt qui nobis divina eloquia condiderunt, aut semper, aut tam frequenter, ut penè Semper, ea dicitur servitus, quæ pertinet ad colendum Deum. Il n'y a point d'autre mot en la langue latine qui signifie simplement l'adoration deué à Dieu seul. Si l'excellence est finie, dependante et creée l'adoration sera subalterne et inferieure. Mais parce que, de ceste seconde sorte d'excellence, il y a une lnnombrable varieté et diversité, divisons-la encore én ses plus † parties, et l'adoration qui luy appartient sera de mesme ivisée. L'excellence creée, ou elle est naturelle, ou surnaturelle. Si elle est naturelle, il luy faut une adoration civile, humaine, et simplement morale : ainsi honnore-t-on les sages et vaillans. Si

elle est surnaturelle, il luy faut une adoration moyenne, qui ne soit ny purement humaine, ou civile (car l'excellence n'est ny humaine , ny civile), ny aussi divine ou supresme ; car l'excellence à laquelle elle se rapporte est infiniment moindre que la divine, et est tousjours subalterne : et peut-on bien appeller ceste adoration religieuse; car nous ne nous sousmettons aux choses surnaturelles que par l'instinct de la religion pieuse , devote ou consciencieuse : mais particulierement on l'appelle dulie entre les theologiens, lesquels voyant que le mot grec de dulie s'applique indifferemment au service de Dieu et des creatures (Apoc. 22; Tit. 2; I. Cor. 9), et † contraire le mot de latrie n'est presque employé qu'au service e Dieu seul, ils ont appellé adoration de latrie celle qu'on fait à Dieu, et celle qu'on fait aux creatures surnaturellement excellentes, adoration de dulie : et pour mettre encore quelque difference en l'honneur des creatures, ils ont dit que les § signalées s'honnoroient d'hyperdulie, les autres de l'ordinaire et generale dulie.

CHAPITRE V III.

Autre division des adorations selon la difference des manieres avcc laquelle les excellences sont participées.

L* seconde difference des adorations despend de la difference des façons ou manieres, avec laquelle les choses qu'on adore participent aux excellences pour lesquelles on les adore; car il ne suffit † de participer à une grande excellence pour estre beaucoup Onnorable, si on n'y participe excellemment. On honnore toute Sorte de magistrats pour l'excellence du prince, duquel ils sont les serviteurs et ministres. L'excellence pour laquelle on les honnore n'est qu'une ; mais on ne les honnore pas esgalement, parce que tous ne participent pas esgalement à ceste excellence. Un mesme soleil rend inesgalement claires les choses, selon le plus et le moins qu'elles luy sont proches, ou qu'elles reçoivent ses rayons. En ceste sorte, nous ne partageons pas les adorations ou honneurs Selon les excellences, mais selon les differentes manieres de participer aux excellences. Je dy donc ainsi : 1° Ou la chose que nous adorons a l'excellence pour laquelle nous l'adorons, en soy-mesme, et de soy-mesme, et l'adoration absoluë et independante, souveraine et supresme, luy sera deuë : c'est Dieu seul qui est capable de cest honneur, parce qu'il est seul en soy, de soy, et par soyImeSme excellent , ains l'excellence mesme.

2° 0u elle l'aura en soy, mais non pas de soy, comme ont plusieurs hommes, et les anges qui ont reellement en eux les bontez et vertus pour lesquelles on les honnore, mais ils ne les ont pas d'eux-mesmes, mais par la grace de Dieu. Et partant l'honneur qui leur est deu est à la verité absolu, mais non pas supresme, ny inde† mais subalterne et dependant; car, comme ils tiennent our excellence de Dieu, aussi l'honneur qu'on leur fait, à rayson d'icelle, doit estre rapporté à Dieu. De ceste sorte d'adoration n'est † que la creature intelligente et vertueuse ; car autre que Celle-là ne peut avoir la vertu en soy, qui est l'excellence pour laquelle on honnore.

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