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de l'excellence de la bonté de quelqu'un, aussi l'adoration est la recognoissance de l'excellence de la bonté eminente et superieure, à l'endroict de celuy qui honnore. Une simple excellence de bonté suffit au simple honneur; mais à l'honneur d'adoration, il faut une excellence superieure, au regard de l'honnorant. Or, à bien honnorer, comme j'ay dit cy-devant, il y va trois actions; il y en va bien autant, et à plus forte rayson, à bien adorer, puisqu'adorer n'est autre chose qu'une excellente sorte d'honnorer. 1o Il faut cognoistre et apprehender la superiorité de l'excellence adorable; c'est la premiere action, laquelle † à l'entendement.2° Il faut se sousmettre, recognoistre et faire profession d'inferiorité; ce qui tousche à la volonté. Et pour la troisiesme, il faut faire au dehors des signes et demonstrations de la sousmission qui est en la volonté. oMais en laquelle de ces actions consiste la vraye et propre substance de l'adoration? Ce n'est pas en la premiere; car les diables et ceux desquels parle sainct Paul (Rom. 1), cognoissant Dieu , ne l'ont pas glorifié comme Dieu, mais secoüant le joug, ont dit : Nous ne servirons point; ils l'ont cogneu, mais non pas recogneu : ceste premiere action n'est que le fondement et principe de tout l'edifice mesme. Sera-ce point donc la troisiesme action du tout exterieure et corporelle, en laquelle gist la vraye essence de l'adoration ? Le traitteur le dit, comme vous avez veu : « Adorer c'est » s'incliner, faire encensement, ployer les genoüilx. » Je dy que non, et le preuve indubitablement, pourveu que j'aye protesté que je parle de la vraye essence de l'adoration. 1° Si l'adoration gist en ces actions exterieures, les anges et bienheureux esprits ne pourroient pas adorer; car ils n'ont ny genoüilx ny teste † les ployer et incliner, neantmoins ils ont commandement de l'adorer : Adorez-le, ô tous vous anges d'iceluy (Psal. 96)? Je ne croy pas qu'aucun entende que les encensemens qu'ils jettent à Dieu (Apoc. 8), soyent materiels; car sainct Jean desclare au contraire que ce sont les oraysons des saincts. Que s'il est dit qu'ils jettent leurs couronnes aux pieds de celuy qui sied au throsne (Apoc. 4), bien que leur adoration soit exprimée par une action exterieure .. si ne se doit-elle † entendre que de l'esprit : car, comme ieurs couronnes et felicitez sont spirituelles, aussi l'hommage, recognoissance et sousmission qu'ils en font n'est que purement spirituelle. 2° Mais pour Dieu! les paralytiques et perclus qui n'ont aucun encens, ny genoüilx, ny mouvement à leur disposition, peuventils pas adorer Dieu ! ou sont-ils exempts de la loy qui dit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu (Matth. 4)? 3° O chrestiens de genoüilx et materiels ! vous sçavez si bien al leguer hors de propos et sayson , quand vous combattez les sacrées ceremonies, Que les vrays adorateurs adorent en esprit et en verité (Joan. 4)! Certes, ces sainctes parolles ne bannissent point les actions exterieures, quand elles procedent de l'esprit et verité; mais ne Voyez-vous pas tout ouvertement qu'elles decernent contre vous que la vraye et essentielle adoration gist en la volonté et action interieuTe.

4o Et de faict, qui diroit jamais que les actions exterieures des hypocrites, voire les genuflexions de ceux qui balfoüent nostre Sauveur au jour de sa passion, luy mettant la couronne d'espines en teste , et le roseau en main, plyant les genoüilx devant luy, fussent de vrayes adorations, et non pas plutost des vrays vituperes et affrons ? L'Escriture appelle bien cela adorer et salüer ; mais elle desclare, tout sur-le-champ, qu'elle l'entend, non selon la réalité et substance, mais selon l'exterieure apparence et feinte, disant qu'ils se mocquoient de luy : qui oseroit appeller ces mal-heureux vrays adorateurs , et non pas plutost Vrays mocqueurs? Les choses portent aucunesfois le nom de ce dont elles ont les apparences, sans pour cela laisser d'estre indignes de le porter; comme quand les enfans de ce monde sont appellez prudens, et leur ruse ou finesse, sagesse quoyque ce ne soit que folie devant Dieu, et en realité. Ainsi j'appelle les impertinences du traitteur, raysons, quoyqu'elles soyent indignes de ce nom. onsiderons donc un peu quelles raysons le traitteur produict our monstrer qu'adorer c'est s'incliner, faire encensement, ployer e genoüil : « Cela, dit-il , se void par la façon de parler de l'Es» criture, † par le fleschissement de genoüilx designe l'idolastrie, » comme il appert par la response faite à Hely; où les Vrays servi» teurs de Dieu opposez aux idolastres , sont designez parce qu'ils » n'avoient point ployé le genoüil devant Baal , ny baysé en la » bouche d'iceluy (III. Reg. 19) : aussi use l'Escriture de ces mots » pour descrire les idolastres, qu'ils se sont courbez, qu'ils ont fait » encensement, ont baysé la main, ou les livres, ce que font ceux » de l'Eglise romaine à leurs imaiges, reliques et croix , dont la » conclusion est manifeste, que s'ils ne sont idolastres, si font ils ce » que font les idolastres. » - st-il possible que ce traitteur ayt escrit ces cnoses , veillant ? Si le fleschissement de genoüilx estoit idolastrie, on ne sçauroit aller sans idolastrer; car, pour aller, il faut fleschir le genoüil. Fleschir le genoüil, voire se prosterner en terre, est une , action indifferente, et n'a aucun bien, ny aucun mal, que par l'object auquel on l'addresse : c'est de l'intention dont ellé procede qu'elle a sa difference de bonté ou de malice. Pour faire que fleschir le genoüil soit idolastrie, il y faut deux parties : l'une que ce soit à une idole ; car qui leschiroit le genoüil au nom de Jesus, comme il est raysonnable que chascun fasse, ou devant un prince, seroit-il idolastre l'autre, que non-seulement le genoüil fleschisse à l'idole, mais que ce soit volontairement : il faut que le cœur plie à mesme que le corps; car l'idolastrie, comme tout autre peché, prend à l'ame et à l'intention : que si l'exterieur a quelque mal, il sort de là, comme de Sa SOurCe. • - _ - - - * Qui est affectionné aux idoles, quand il n'auroit ny genoüil, ny jambe, et seroit plus immobile qu'une pierre, il est neantmoins vray idolastre. Et au contraire, qui auroit tousjours les genoüilx plantez en terre, ne seroit pour tout cela idolastre, sans ces deux conditions : †une, qu'il fust ainsi volontairement ; l'autre, que ce fust à l'honneur d'une idole.Ainsi jamais il ne fut dit que fleschir les genoüilx soit idolastrer; mais ouy bien de les fleschir à Baalim, Astaroth, Dagon, et semblables abominations : autant en dy-je de bayser la main, voire le pied, faire encensement et se courber. Quand donc le traitteur dit que les catholiques font ces actions exterieures aux reliques, imaiges et croix, il dit vray en certaine façon ; mais pour conclurre par-là que les catholiques sont idolastres, il luy reste à preuver que les imaiges, reliques et croix sont des idoles : ce qu'il ne sçauroit faire, ny luy, ny ses partisans, je les en desfie. Il ne suffit pas, pour estre mauvais, idolastre et sorcier, de faire ce que telles gens font, si on ne les fait à mesme intention, et avec mesmes circonstanceS. Les idolastres plient les genoüilx, font des encencemens, des temples, des autels, des festes, des sacrifices; autant en font les catholiques, donc ils sont idolastres, la consequence est sotte ; car, encore que ces actions sont pareilles, és uns et és autres, d'estoffes et de matiere, si ne le sont-elles pas de forme, de façon et intention. Or, Dieu ne regarde pas tant ce qui se fait, comme la maniere avec laquelle il se fait. L'idolastre dresse toutes ses actions à l'idole; c'est cela qui le fait idolastre. Au contraire, l'intention du catholique en toutes ses actions est toute portée à son Dieu, c'est cela qui le fait catholique. Le tyran et le prince font mourir : à l'un c'est crime, à l'autre justice. Le brigand et le chirurgien coupent les membres, et tirent du sang, l'un pour tuer, l'autre pour guerir. Nous faysons quelque chose de ce que font les idolastres, mais nous ne faysons rien comme eux. L'object de nostre religion est Dieu vivant, qui la rend toute saincte et sacrée Il faut donc conclurre indubitablement que la vraye et pure essence de l'adoration gist en l'action interieure de la volonté, par laquelle on se sousmet à celuy qui est adoré, et que la cognoissance, action de l'entendement, precede la sousmission comme fondement, au contraire, l'action exterieure suit la sousmission, comme effect

et despendance d'icelle.

CHAP ITR E IV.
De ce qui peut adorer et estre adoré.

L^ supresme excellence est adorable de tous, et ne peut adorer aucun. Si elle est supresme, comme pourra-t-elle en recognoistre aucune autre pour superieure? Les advantages que l'excellence divine tient sur toute autre sont infinis et d'infinie eminence; tout est bas ou rien en comparayson. Dieu donc, comme Dieu, ne peut adorer; mais il peut bien honnorer, puisque le simple honneur n'a pour object que la simple excellence, et non pas une excellence superieure comme l'adoration. Par contraire rayson, les choses irraysonnables ne peuvent adorer, à cause de leur extresme bassesse, car elles sont privées de cognoissance, et par consequent de volonté et de recognoissance. Les diables et damnez ne peuvent adorer. J'en ay dit la rayson nagueres : ils cognoissent la bonté, mais ils la detestent et blasphement, leur volonté hayt et abomine : Qui te confessera en en

fer, d Seigneur Dieu ? disoit David (Psal. 6). Mais s'ils n'adorent Dieu , pourront-ils pas adorer autre que Dieu ? Je dy que non , à proprement parler. L'adoration est une sorte d'honneur; l'honneur est pour la vertu : or, ces miserables n'ont aucune affection à la Nertu , et toutesfois en ceste affection gist l'essence de l'honneur. L'honneur part d'une volonté bien ordonnée, qui fait profession et recognoissance de quelque excellence : les damnez ont leur volonté toute desordonnée et gastée, qui ne fait profession que de mal. S'ils recognoissent quelque superiorité, ce n'est jamais que forcement, et me peut estre adoration. Voylà quant à l'adoration active. Mais quant à la passive, les seuls damnez en sont du tout et simplement privez par ces raysons : l'excellence de leur nature ne tend à aucune bonté, mais est irrevocablement contournée au mal; or, tout honneur tend à la vertu et honnesteté. Leur excellence est accablée et estouffée par l'extresme misere et vileté. L'honneur presuppose bonne affection à l'endroict de celuy qu'on honnore : or, les malins nous sont irreconciliables, et ne devons les avoir en aucun commerce d'affection, ains à une totale alienation et abomination. Toute autre chose peut estre adorée; mais avec une tresgrande difference et diversité d'adoration, et pourveu que ce soit sans donner aucune occasion de scandale.

CHAPITRE V.
L'adoration se fait à Dieu et aux creatures.

E mot d'adorer, d'où il soit sorty, ne veut dire autre chose que L faire reverence, ou à Dieu, ou aux creatures, quoyque le simple vulgaire estime que ce soit un mot propre à l'honneur deu à Dieu. Abraham adore le peuple de la terre, c'est-à-dire les enfans de Heth (Gen. 23), c'estoient des creatures. De mesme son parent Loth (Gen. 19). Josué (Jos. 5), Balaam (Num. 22) adorent les anges. Saül adore l'ame de Samuël (I. Reg. 28). Isaac, benissant son fils Jacob (Gen. 27), luy souhaicte que les peuples luy servent, et que les enfans de sa mere l'adorent. Joseph songe que ses pere, mere et freres l'adorent (Gen. 37). David commande qu'on adore l'escabeau des pieds de Dieu , parce qu'il est sainct (Psal. 98). Mais ce seul passage du Paralypomenon suffisoit : Benedixit omnis Ecclesia Domino Deo patrum suorum, et inclinaverunt se, et adoraverunt Deum, et deinde regem (II. Paral. c. ult.). Toute l'Eglise benit le Seigneur Dieu de leurs peres, et s'inclina et adora Dieu, et par apres le roy. Voylà le mot d'adoration employé pour l'honneur fait à Dieu et aux creatures. Les anciens ont suivy ce chemin.Si que sainct Augustin dit que nous n'avons aucune simple parolle latine, pour signifier la veneration deuë à Dieu seul, mais avons destiné à cest usage le mot grec de latrie, faute d'autre plus | Commode. Neantmoins, encore que le mot d'adoration signifie non-seulement la reverence deuë à Dieu, mais encore celle qu'on doit aux Creatures; si est-ce qu'il penche un peu plus, et est plus sortable à signifier la reverence deuë à Dieu.'C'est pourquoy les anciens ont parfois dit, sans difficulté, qu'on pouvoit adorer les creatures, et parfois ils ont fait scrupule de l'advoüer, principalement lorsqu'ils ont eu affaire avec les chicaneurs et heretiques. Par exemple, sainct Hierosme proteste : « Je suis venu en Beth» leem, et ay adoré la cresche et berceau du Seigneur. » Et ailleurs : « A Dieu, ô Paula, et ayde par prieres ton devot serviteur. » Neantmoins le mesme nye en autres occasions qu'on puisse adorer ny servir par devotion aucune creature : « Nous ne servons ny ado» rons les seraphins, ny aucune chose qu'on puisse nommer en ce » siecle, ou en l'autre. Qui adora jamais les martyrs? qui estima » jamais un homme estre Dieu? » ll prend là le mot d'adorer pour l'honneur qui se fait à Dieu. Sainct Ambroise : « Helene, dit-il, treuva la croix du Seigneur, » elle adora le Roy, non le bois, parce certes que cela est erreur » payenne, mais elle adora † qui pendit au bois. » Il parle là de l'adoration, en sorte qu'il semble ne vouloir qu'elle appartienne qu'à Dieu. Mais bien-tost apres il l'estend encore aux creatures : « Helene fit sagement qui esleva la croix sur la teste des roys, afin » que la croix de Jesus-Christ soit adorée és rois : cela n'est pasin» solence ; mais devotion et pieté, lorsqu'on deffere à la sacréere» demption. » Et plus bas, il introduict les Juifs se lamentant de l'honneur qu'on fait à Nostre Seigneur, en ceste sorte : « Nous avons crucifié celuy que les rois adorent : voylà que mesme le cloud d'iceluy est en honneur ; et ce que nous luy avons planté pour sa mort est un remede salutaire, et par une certaine rigueur invisible tourmente les demons. Les roys s'inclinent au fer de ses pieds, les empereurs preferent le cloud de sa croix à leurs couronnes et diadesme. » Avez-vous ouy, reformez, les plaintes de ceste canaille retaillée? Ils regrettent l'honneur et la vertu de la croix. Seigneur Dieu ! que voulez-vous devenir, vous autres, qui en faites de II1GSII1G. Sainct Athanase parlant à Antiochus : « Pour vray, dit-il, nous » adorons la figure de la croix, la composant de deux bois. » Mais contre les Gentils il change de termes, disant : « Jesus-Christ seul » est adoré. » Le mesme, instruisant l'ame fidelle au livre de la Virginité : « Si un homme juste, dit-il, entre chez toy, luy allant à » rencontre, tu adoreras en terre à ses pieds avec crainte et trem» blement; car ce ne sera pas luy que tu adoreras, mais Dieu qui » l'envoye. » Mais traittant contre les heretiques : « La creature, dit» il, n'adore point la creature. » Sainct Epiphane, traittant avec les devots des loüanges de saincte Marie, mere de Dieu (car le sermon est ainsi institulé) : Je voy, dit-il, qu'elle est adorée par les anges; mais refutant les heretiques : Marie, dit-il, soit en honneur, le Seigneur soit adoré. J'ay donc preuvé : 1° Que le mot d'adorer s'applique non-seulement à l'hommage deu à Dieu ; mais aussi à l'honneur deu aux Creatures : l'Escriture citée et les passages des Peres en font foy. 2° Et que toutesfois ce mesme mot penche un peu plus, et est plus propre à signifier l'honneur deu à Dieu seul, consideration qui a meu les anciens d'employer à l'ordinaire autrés parolles que celle d'adoration pour signifier la reverence deue aux saincts, et autres

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