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avaient battu, lapidé, lue les scrvilours, et même mis à mort l'héritier que Dieu leur avait envoyé pour en recevoir les fruits, par ces paroles remarquables (1): C'est pourquoi je vous dis que le royaume des deux rous sera blé, et qu'il sera donné à une nation qui en rapportera les fruits.

Ceci nous conduit insensiblement à ce que JésusChrist dit en termes plus exprès de celte vocation (2): Phis'enri viendront d'Orient et d'Occident; saint Luc ajoute (3), du Septentrion et du Midi, et seront assis a table avec Abraham, Isaac et Jacob, au royaume des cieux; mais les fils du royaume seront jetés aux ténèbres du dehors. Nousavons vu que les prophètes s'expriment de celte manière, pour marquer la conversion des gentils de tous les endroits du monde. Le mémo Sauveur déclare dans l'Evangile selon saint Jean (4), qu'il a encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; il me les faut aussi amener, et elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau H un seul berger. Des gentils étant venus, comme Je môme Evangélistc le rapporte , pour adorer Dieu en Jérusalem, et ayant souhaité de voir JésusChrist (5), il témoigne à ses disciples qui lui en parlent , qu'ils ne seraient appelés à la connaissance de Dieu qu'après sa mort et sa glorification. L'heure est renue que le Fils de l'homme doit être glorifié. En rité, en vérité, je vous dis, si le grain de froment tombant dans la terre ne meurt point, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup defrtiit. C'est ce qu'il leur dit plus clairement au verset 52 : Quand je serai élevé de la terre, je tirerai tous les hommes à moi. 11 marque surtout par celte élévation, la mort qu'il devait souffrir, comme saint Jean l'explique lui-même, et de ■néine qu'on s'exprimait en langue syriaque. Le Fils de Dieu suppose encore cetle vocation des gentils, dans l'Evaugile selon saint Luc, et prédit que (6) rusalem serait foulée par les gentils, jusqu'à ce que les temps des gentils soient accomplis.

On peut juger par le progrès de l'Evangile, que les oracles des prophètes et les prédictions du Sauveur du monde ont été parfaitement accomplies à l'égard des circonstances qui devaient accompagner cet événement. Il avait été prédit que Jésus-Christ assemblerait les peuples, el qu'il leur forait connaître le seul Dieu vivant. C'est aussi à ce divin Sauveur que les gentils sont redevables de leur vocation (7). 11 est vrai qu'il ne les a pas appelés pendant sa vie à se convertir, le temps marqué par les prophéties n'était pas eucore venu. Mais aussitôt qu'il a mis lin par sa mort aux cérémonies de la loi et qu'il est ressuscité, il donne ordre (8) à ses apôtres d'enseigner tomes les nations, et de prêcher l'Evangile à toute créature.

(1) S. Matth. chap. 21, vers. 42.

(2) S. Matth. chap. 8, vers. 41. (5) S. Luc, chap. 13, vers. 29.

(4) S. Jean, chap. 10, vers. 16.

(5) ibid., chap. 12, vers. 23 el 24. (G) S. Luc, chap. 21, vers. 24.

(7) S. Matth. chap. 28, vers. 19.

(8) S. Marc, chap. 16, vers. 15.

i. s. Xviii.

La défense quil avait faite à ses disciples de ne point s'adresser aux gentils, ni môme aux Samaritains, est révoquée, parce qu'il est déjà entré dans son état d'exaltation, et parce qu'il a obicnu par-scs souffrances pour le genre humain, que les peu pies lui soient donnés en possession et en héritage. Après son ascension et lorsqu'il est parfaitement glorifié, il accorde à ses apôtres les dons nécessaires, surtout celui de parler plusieurs langues, pour s'acquitter de la commission qu'il leur a donnée. Les Juifs l'avaient rejeté et ne l'avaient point reçu comme le Messie, ils ne s'étaient pas rassemblés ; il envoie ses disciples vers ces autres peuples qui devaient se soumettre à lui. Son Evangile est annoncé peu de temps après, aux Samaritains et aux gentils. S. Pierre averti par une vision du ciel, que Dieu ne mettait plus aucune différence entre peuple et peuple, cl revenu entièrement de sa prévention contre les gentils, prêche la parole à Corneille el ù ceux qui étaient avec lui : et lorsque Saul est converti sur le chemin de Damas, le Seigneur déclare à Ananias qu'il l'a choisi pour porter son nom devant les gentils. 11 semble que l'histoire des Actes ait élé écrite «n partie pour nous donner à connaître la conversion de ces peuples par la prédication des apôtres et des premiers ministres du Seigneur Jésus. S. Luc s'applique à nous y apprendre comment l'Evangile est parvenu chez les peuples de la Grèce, de l'Asie-Mineure et des autres pays voisins qui sont désignés dans les révélations des prophètes par les lies qui devaient s'attendre au Messie. Les Juifs en conçoivent de la jalousie; ils s'opposent de toutes leurs forces à ce progrès de l'Evangile parmi ces peuples idolâtres, quoique Jésus-Christ leur soit annoncé, avant que de l'être aux gentils, comme il parait par celle histoire. Ils murmurent de ce qu'ils sont amenés parce Sauveur à la connaissance du Dieu d'Israël el de ce qu'il n'y a plus aucune distinction enlr'eux et ces peuples. La plus grande partie de ces Juifs deviennent rebelles et se rendent de plus en plus indignes d'un si grand salut, dans le même temps que les païens embrassent l'Evangile en foule, et viennent à composer des Eglises fort nombreuses.

C'a élé l'instruclion, la persuasion qui a fait de ces infidèles, autant de chrétiens. Les apôlrcs leur proposent les vérités du salut ; ils les reçoivent volontairement : et nous pouvons dire à la gloire de la religion chrétienne, qu'elle est la seule de toutes les religions du monde, sans en excepter même celle que Dieu avait établie parmi les Israélites, qui ait formé eiproduit ellemême ses sectateurs. D'ailleurs on a montré clairement dans cet ouvrage, que tout aurait dû détourner ces idolâtres d'embrasser les vérités qui leur étaient annoncées, et qu'il n'y a eu que la force de la vérité, la certitude des faits arrivés sous l'Evangile, celle des miracles opérés en leur présence, qui ait pu les déterminer a passer du paganisme dans l'Eglise chrétienne. Je demanderais volontiers à nos esprits forts, comment les prophètes ont pu d'eux-mêmes prévoir une telle révolution contre toutes les apparences, et qui dépen

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dait de la volonté libre de l'homme. On peut quelquefois réussir, en hasardant des prédictions sur des événements qui arrivent dans le monde de temps en temps, et qui sont produits par des causes nécessaires.. Hais prédire que des nations, auparavant abandonnées à l'idolâtrie, renonceraient à leurs idoles, se convertiraient d'elles-mêmes à Dieu; dire si longtemps auparavant, que ce sera le Messie qui les instruira et qui les enseignera, en caractériser le temps d'une manière si précise, c'est ce qu'on ne peut raisonnablement attribuer à la seule imagination de tant de prophètes qui en ont parlé unanimement, et en se servant néanmoins d'expressions différentes. Il faut reconnaître sans doute que ces saints hommes ont été poussés par le Saint-Esprit à prononcer ces oracles. Nous venons de faire voir que ces prédictions des prophètes et du Fils de Dieu ont eu leur entier effet. Ne doit-on pas admirer l'harmonie, la conformité qui se trouve entre ces oracles des anciens prophètes et les prophéties du Sauveur du monde, et le rapport merveilleux de ces prédictions avec leur accomplissement si ponctuel cl si exact.

Quel autre que Jésus-Christ a jamais fait revenir les nations infidèles de leur aveuglement et du culte de leurs faux dieux, pour ne connaître et ne servir que le Dieu vivant et vrai. Jonas fut bien envoyé à ceux de Ninive pour les exhorter à la repentance. Dieu voulait témoigner par là que les gentils n'étaient pas tout à fait exclus de la grâce et du pardon qu'il accordait à ceux de son peuple qui recouraient à sa bonté. Nous ne voyons pas pourtant que cette repentance ait eu des suites considérables, et nous n'apprenons nulle part que les Ninivites aient continué à rendre leurs hommages et leurs services au vrai Dieu. Il y a eu aussi de temps en temps quelques prosélytes qui sortaient du paganisme pour se faire Juifs, ou qui se contentaient de renoncer aux idoles, pour adorer un seul Dieu. Le nombre en était devenu plus grand, depuis que les Juifs s'étaient répandus en plusieurs endroits de la terre, et qu'ils avaient eu plus de commerce avec les gentils. Il en est souvent parlé dans l'histoire des Actes des apôtres. Mais qu'est-ce que ce petit nombre de prosélytes païens en comparaison de celle grande multitude qui entra dans le christianisme, lorsque les apôtres allèrent prêcher l'Evangile dans tout le monde connu. Les expressions des prophètes sur cette vocation ont trop de force et trop d'emphase, pour être entendues de ces prosélytes. Ou ne peut les rapporter qu'à ces temps de l'Evangile.

L'Ecriture nous donne des idées de Dieu et de sa nature, et du culte qui doit lui être rendu, qui sont parfaitement conformes aux lumières de la raison. Pourquoi donc ne s'est-il trouvé pendant un si grand nombre de siècles qui se sont écoulés jusqu'à JésusChrist, aucun de ce3 législateurs, de ces philosophes qui avaient le plus cultivé la raison, qui ait donné à ces peuples gentils une connaissance juste et véritable de Dieu, d'un service qui soit digne de lui et qui

convienne en même temps à la nature de l'homme? Ces nations les plus éclairées, si habiles dans les arts et dans les sciences, ont toujours été plongées dans une ignorance grossière sur la religion, et dans des superstitions infâmes et honteuses pendant tout le temps que le Messie n'a pas été manifesté. Elles n'ont bien connu Dieu, et elles ne l'ont adoré comme il doit être adoré, que depuis la venue de celui qui était dépeint par tant de prophètes, comme devant assembler ces peuples et les amener à la connaissance, au service du vrai Dieu. Pourquoi un événement si considérable est-il arrivé précisément dans le temps marqué par des oracles qui avaient été prononcés plusieurs siècles auparavant? Cela n'est pas sans doute de l'homme, cela est de Dieu.

Dira-t-on que tous ces peuples n'ont pas encore été appelés à la connaissance de Dieu, comme les prophètes l'avaient assuré? On a déjà répondu (1) à celle objection dans les Dissertations sur le Messie. Nous pouvons encore ajouter qu'il n'est pas dit de ces nations qu'elles dussent se convertir toutes à la fois et en même temps. Les libertins ne contesteront pas que ces peuples que les prophéties désignent par leurs noms, n'aient été honorés de cette connaissance, ou le plus grand nombre au moins de ceux qui les composaient. De plus il ne faut que faire attention à la conduite de la Providence, pour reconnaître que Dieu fait passer le flambeau de son Evangile d'un lieu dans un autre, par des raisons sages, de justice contre ces peuples qui en ont longtemps abusé, et de bonté en faveur de ceux qui n'en ont pas encore été éclairés. L'expérience des siècles passés nous a convaincusde cette vérité, et c'est ce qui justifie les oracles du vieux Testament. Nous pouvons même avancer que le Fils de Dieu a cette pensée, quand il prédit la destruction de Jérusalem, de l'état des Juifs, et la fin du monde, dont cette destruction était un emblème et une figure (2). Cet Evangile du royaume sera prêché, dit le Sauveur, dans toute la terre habitable, en témoignage à toutes les nations, et alors viendra la fin. Quoique nous ne disconvenions pas que Jésus-Christ a égard dans ces paroles, à la ruine de Jérusalem et à la prédication de l'Evangile, qui devait être porté chez un grand nombre de peuples idolâtres dans le temps de cet événement; il nous semble néanmoins que s'arrêter à ce sens, ce n'est pas donner au discours du Seigneur Jésus, toute l'étendue qu'il peut recevoir et qu'il a voulu surtout nous représenter que son Evangile serait annoncé à tous les peuples de la terre, avant que le monde prît fin. Nous prions tous ceux qui révoquent en doute la vérité et l'inspiration de nos Écritures, de faire une attention particulière à tant de caractères de divinité qui y brillent de tous côtés, et qui sont très-propres à persuader tout homme de bon sens, à moins qu'il ne veuille se perdre de dessein formé.

(1) Dissert., ebap. 5.

(2) S. Matth., chap. U, vers. 14.

SHERLOCK VITA.

Siir.Ri.ocK (Thomas), celeberrimus Angliœ prxsul, Londini natus an no 1678, obiit anno xtatis circiter 78. In universitate Cantabrigiensi studiorum curriculum magna cum laude emcnsus, deindeque theologix infulis decoratus, Chichcsier in Angliâ decanus, templique magister, ac dcmùm Dangor, ncc multô post Londini episcopus effeclus est. Perniciosos incredulorum libros magno animo impugnavit, ac Woolstonem in primis aggrcssus, Cbristi resurrectioncm advcrsus cum lirniissirnis argumenlis vindicavit in libro cui litulus : Testes returrectionis Christi, juxla foreuses gulas examinât!, quod opus ex Anglico in Gallicum idioma ab Abrahamo Lemoinc conversum, non semel in u trique linguà sub Ibrmâ in-12 recusura est. Jam verô eminnerat auctoris ingenium in altero opère «ex concionibus disiinclo, quas in templo liabuit, dùm msgisiri inuncre fungerelur. Has equidcm oralioncs,

quas doclrinà singulari, miraque verborum luculentiâ, adversùs impios Sermones de fundamentis ac probationibus Religicmis christianœ, elucubravil, Gallicè transtulit idem Abrahamus Lemoine, prxfixo titulo: De l'usage et des fins de la prophétie, Paris. 1754 in-12. In hoc vcrô libro adjunctx sunt ab eximio interprète quinque nostri cjusdem auctoris Dissertaliones, qui bus pro coronide accedit aliud ex Bibliothccà Anglicanâ depromptum, in quo refclluntur anonymi cujusdam animadversiones circa quinlam inclyii praesulis dissertationem. Nos omnia hœc prxscnti loco subjicimus, quanquàm minus fortè ad scopum intenlum respiciant, ac materix concatenationem primo aspcctu Ixdant. Quod verô apprimè conjunxit docti interpretis labor, separarc nobis molestum foret.

Kxtant insuper alii Sherlock Sermones gallicè translatif vol. in-8°.

DE L'USAGE ET DES FINS

DANS LES DIVERS AGES DU MONDE.

|J reface.

Il est à propos'd'avertir ici le lecteur qu'il ne doit pas s'attendre dans les discours suivants à une réponse directe au livre public depuis peu sous le titre de Discours sur les fondements et les raisons de ta religion chrétienne, etc. Une plume plus habile s'est chargée de cet ouvrage, et s'en est acquittée à la satisfaction du public. En formant le dessein de composer ces discours, j'ai eu en vue de montrer l'usage et les fins de ta prophétie dans les divers âges du monde, comme aussi la connexion manifeste qu'il y a entre les prophéties de chaque âge. Ceux qui ne considèrent les prophéties du vieux Testament que comme tout autant de prédictions indépendantes les unes des autres, ne sauraient jamais bien juger de l'argument que l'on en tire pour la vérité du christianisme-, ni être en état de se satisfaire euxmêmes, quand on leur oppose les objections des incrédules. Il est facile à des gens qui ont du loisir et quelque talent, de trouver des difficultés dans des prédictions particulières, et dans l'application qu'en ont faites des écrivains qui vivaient il y a plusieurs siècles, et qui avaient en main divers livres et monuments de l'église Judaïque, d'où ils ont tiré plusieurs passages, et peut-être même quelques prophéties

(livres et monuments qui nous manquent pour pouvoir entendre et justifier la méthode qu'ils ont suivie à cet égard); mais il n'est pas également facile de prouver ou de persuader au monde, qu'une longue suite de prophéties qui s'étendent au delà de plusieurs milliers d'années, qui ont été prononcées en différent» temps, et qui néanmoins servent à une seule et môme dispensation de la Providence depuis le commencement jusqu'à la fin, soit l'effet de l'artifice et d'une fraude pieuse. Est-il croyable que pendant tant de siècles successivement, on ait pu trouver des personnes propres à ménager cette imposture, sans qu'il s'en soit jamais rencontré aucune qui ait eu intérêt à la découvrir, ou assez de bonne foi et d'attachement à la vérité pour le faire 1

Ce que l'on dit dans le IVe discours de la malédiction de la terre, qui fut abolie après le déluge en vertu de l'alliance que Dieu traita avec Noë et ses descendants, sera regardé peut-être comme un jeu de l'imagination, vu le grand nombre de préjugés qui s'y opposent; j'ajouterai seulement à ce que j'en ai dit, que, si on admet cette hypothèse, l'on verra qu'elle conduit la suite des dispensations de Dieu enveis le genre humain dans une gradation naturelle, et qu'elle

ouvre une nouvelle scène d'événements dirigés par la Providence, précisément où il parait qu'il y a de grandes raisons d'en attendre, je veux dire au commencement du nouveau Monde. Que si au contraire on la rejette, il semble qu'il y ait un grand vide dans l'Histoire sainte, et que le nouveau monde succède immédiatement et dans toutes ses qualités à l'ancien monde ; et cependant qui ne s'attendrait à voir une si grande révolution suivie de quelque nouveau degré de lumière, pour consoler et soutenir les pauvres restes du genre humain ? Si cette notion n'est pas approuvée comme juste, du moins elle ne sera pas condamnée comme criminelle, et je n'en suis pas assez épris pour la défendre a outrance.

A l'égard des dissertations qui suivent, ceux qui les croiront dignes d'être lues, apercevront bientôt le rapport qu'elles ont au sujet de ces discours, et pour les autres, il serait inutile de leur en rendre compte.

Discours premier.

Nous avons d'ailleurs les oracles des prophètes qui sont plus authentiques, auxquels vous faites bien de vous rendre attentifs, comme à un flambeau qui éclaire dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour commence à paraître, et que l'étoile du malin se lève dans vos cœurs (l).(î Pierre 1, 19.)

Liaison de ces paroles avec les précédentes.

Comme il y a manifestement dans ce texte une comparaison entre les oracles des prophètes et l'argument dont S. Pierre venait de faire mention, ou du moins qu'il avait en vue, il est nécessaire de remonter plus haut, pour voir la liaison qu'il y a entre ces deux choses, et pour connaître la nature de l'objet auquel l'apôtre compare et préfère tes oracles des prophètes. Ce n'est point en suivant des fables composées avec art, dit-il dans les versets précédents (vers. 16), que nous avons fait connaître puissance et F avènement de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. Renonçant ainsi à toute sorte d'artifices et de tromperies dans la déclaration des promesses et des espérances évangéliques, il montre quelle est l'évidence , et l'autorité sur laquelle était fondée l'attente qu'il avait fait naître en eux. Mais nous avons été nous-mêmes les témoins oculaires de sa gloire et de sa majesté (vers. 17). Ce fut en effet un témoignage bien honorable et bien glorieux, que celui qu'il reçut de Dieu son Père, lorsqu'une voix sortant du sein de la majesté glorieuse de Dieu, aile parole lui fut adressée : C'est ici mon Fils bien, aimé, en qui j'ai mis mon bon plaisir. Et nous avons

(1) Le traducteur a suivi dans la traduction de ces paroles son original, parce que l'explication qu'en ■lonne l'auteur, demande nécessairement qu'on les tourne comme il a fait. D'ailleurs, cette traduction n'a rien que de conforme au texte grec. Dans une vieille version de l'édition de S. Lô, on trouve ce passage construit précisément de la même manière.

nous-mêmes, continue-l-il (vers. 18), entendu cette voix venant du ciel, quand nous étions avec lui sur ta montagne sainte (1). Immédiatement ensuite il ajoute dans notre texte : Nous avons d'ailleurs les oracles des prophètes, qui sont plus authentiques.

C'est sur celte liaison que se fondent ceux qui soutiennent que la preuve des prophéties est la meilleure que nous ayons en faveur du christianisme.

De là certaines gens 6ecroient en droit de conclure, que la preuve que les chrétiens tirent des prophéties pour la confirmation de leur foi et de leur espérance, comparée à celle que leur fournit la prédication des apôtres (qui ont été les témoins de ce qu'ils rapportent touchant la gloire de Jésus-Christ) est plus grande et plus convaincante, ou, pour me servir des paroles d'un auteur rnoderne (2), que les propliéties forment un argument plus démonstratif que tes miracles, qui tirent leur force d'une évidence extérieure, et du témoignage. Cet auteur a fait de grands efforts pour montrer que la preuve qu'on lire des oracles des prophètes en faveur du christianisme, de la manière que les écrivains sacrés du nouveau Testament les emploient, est absurde et ridicule; cl de peur que nous ne nous flattions de l'espérance de tirer avantage de quelques autres arguments, il allègue les paroles de S. Pierre que nous avons en main, pour nous convaincre par l'autorité de nos propres Ecritures que la preuve des prophéties, toute mauvaise qu'elle est, est cependant la meilleure que noire cause nous fournisse. Mais quelles qu'aient été ses vues, où nous ne voulons point entrer, nous verrons bientôt si le sens qu'il donne à ces paroles, et l'usage qu'il en fait sont conformes à la vérité.

Mais c'est donner au texte un sens tout à fait insoutenable. Car tous les interprètes s'accordent à rejeter ce sens; et d'ailleurs il est contraire à la nature des choses.

Les interprèles diffèrent beaucoup dans la manière de les expliquer; mais cependant ils s'accordent tous, autant que j'ai pu m'en instruire, à rejeter le sens qui donneà l'argument lire des prophéties la supériorité sur toutes les autres preuves qui confirment la vérité de l'Evangile. Eten effet, prendre notre lexiedansce sens, c'esi non-seulement heurter de front l'opinion générale des hommes sur ce sujet, mais encore faire tomber l'Apôtre en contradiction avec lui- même et avec plusieurs autres passages de l'Ecriture sainte. Car premièrement, voyons sur quoi est fondée l'autorité de la ProplUtie, considérée en elle-même. Quelle plus grande preuve un prophète peul-il donner de la divinité de sa mission, que le pouvoir de faire des miracles? et si ce pouvoir est la preuve définitive et la plus

(1) C'est la montagne de Thabor, sur laquelle N. S. fut transfiguré. Tout le discours de S. Pierre a manifestement rapport à ce merveilleux événement.

(2) C'est l'auteur anonvmc du livre des Fondements et (tes raisons, eic, page2"?.

authentique qu'il puisse alléguer pour montrer qu'il est envoyé de Dieu, comment l'argument tiré des prophéties pourrait-il jamais l'emporter en évidence et en force sur celui que fournissent les miracles, et auquel il faut enfin nécessairement avoir recours, pour établir son autorité? Quand Gédéon fut appelé à délivrer le peuple d'Israël, l'ange du Seigneur lui apparut, et lui dit (Jug. C, 12, 14): Très-fort et taillant homme, ("Éternel est avec toi. Va avec celte force que tu ai, et tu délivreras Israël de la main des Madianites; ne t'ai-je pas envoyé? C'était là sans doute une prédiction que Dieu lui faisait annoncer pour l'animer à cette entreprise; mais que répond Gédéon? Il demande un miracle? Je te prie, dit-il (ibid. vers. 17), si j'ai trouvé grâce devant toi, de me donner un signe pour montrer que c'est toi qui parles avec moi. Aussitôt il est exaucé, i! est convaincu, il se dispose à exécuter sa commission; et il y est encore plus fortement encouragé par deux nouveaux miracles opérés peu après à sa prière (voyez Jug. 7). Qu'en pensez-vous maintenant ? La prophétie annoncée par l'ange n'était pas inoins une prophétie avant les miracles produits pour sa confirmation, qu'après. Je l'avoue; mais peut-on dire qu'elle fut plus évidente et plus certaine dans le premier de ces temps que dans le second? Si elle était plus évidente et plus certaine, d'où vient que Gédéon demande un signe; et pourquoi sa demande lui est-elle accordée? Est-ce pour complaire à la folie des hommes, ou pour confirmer leur foi, que Dieu fait des miracles; si c'est pour confirmer leur foi, la créance que nous donnons aux prophètes dépend donc de l'autorité des miracles, et comme un ruisseau ne saurait jamais remonter plus haut que sa source, aussi l'évidence de Ja prophétie ne peut-elle l'emporter sur l'évidence des miracles. Mais prenons un exemple plus considérable encore. Moïse a été le premier et le plus grand prophète de la loi, auquel Dieu a parlé face à facù (Exod. 38, il). 11 fut appelé de cet Etre suprême à délivrer les enfants d'Israël de la dure servitude sous laquelle ils gémissaient en Egypte ; et il en reçut la commission de les assurer de sa protection immédiate. Cela, je pense, suffisait pour l'établir prophète au milieu de ce peuple. Cependant que dit-il à Dieu? Voici, ils ne me croiront point, et n'obéiront point à ma parole ; car ils diront: L'Eternel ne t'est point apparu (ibid. 4,1). Etait-ce là une objection folle et ridicule? Si elle était folle et ridicule, d'où vient que Dieu y ût attention, et qu'il y fournit lui même une réponse au-dessus de toute exception, en revêtant ce saint homme du pouvoir de faire des miracles pour la confirmation de son ministère? Cette conduite de Dieu ne montrc-t-elle pas pleinement que les miracles sont les plus authentiques lettres de créance que les prophètes puissent avoir? Où est donc cette évidence supérieure des prophéties, que l'on dit excéder si fort l'évidence des miracles ? Mais poursuivons. La comparaison que le texte que nous avons en main exprime (eucgardàS. Pierre lui-même), est entre lesoradiîi des proyhctes, et laparole immédiate de Dieu. Ainsi,

suivant l'explication que nom combattons, on ferait dire à cet apôtre, qui déclare avoir entendu la voix de Dieu lui-même sur la montagne, que les prophéties obscures du vieux Testament étaient pour lui, comme pour tous les autres chrétiens (car il s'exprime ainsi: A'otu a-qns d'ailleurs les oracles des prophètes, qui sont plus authentiques), une preuve plus claire et plus certaine de la vérité de l'Evangile, que celle voix immédiate de Dieu qu'il avait ouïe de ses propres oreilles. Biais, je vous prie, que sont les oracles des prophètes, que l'on doive beaucoup plutôl compter sur eux, que sur la parole immédiate de Dieu? Est-il croyable que S. Pierre, ni aucun homme en son bon sens, ail pu faire une telle comparaison?

2° // fait tomber S. Pierre en contradiction avec luimême, et avec presque tous les écrivains sacrés du nouveau Testament.

Mais de plus, faisons attention à l'idée que cet apôtre lui-même nous donne de ces oracles des prophètes, que l'on prétend former sans comparaison la preuve la plus évidente que nous ayons pour la confirmation de notre foi. Il les représente sous l'image d'une chandelle qui éclaire dans un lieu obscur, et il les distingue de ta lumière du jour, et de cette clarté dont l'étoile du malin est l'avant-coureur; c'est-à-dire, qu'il en est à peu près des prophéties, comme d'un flambeau que l'on voit à quelque dislance dans une nuit obscure, et qui cependant, quoiqu'il soit de quelque usage pour se conduire, n'est rien en comparaison de la brillante lumière du jour. N'est-ce pas là, je vous prie, une belle idée de l'évidence qui accompagne l'Evangile, et même (selon ceux que nous réfutons) de la plus grande évidence que nous en ayons? Sommesnous donc encore environnés de toutes parts de ténèbres, et aonduiis seulement par quelques faibles rayons d'une lumière éloignée? Est-ce ainsi que le Christ est venu pour être la lumière qui devait éclairer les gentils, cl la gloire d'Israël (Luc, 2, 32) ? Et comment S. Pierre, qui déclare à tous les chrétiens dans sa première Épitre(l Pierre 1,9) qu'ils ont été appelés des ténèbres à la merveilleuse lumière de Dieu, peutil leur dire dans celle seconde qu'ils sont encore dans les ténèbres, qu'ils n'ont qu'une faible lueur pour guider leurs pas? Peut-on raisonnablement supposer qu'un même écrivain donne de si différentes idées de l'état de l'Evangile ? Demandez à S. Paul quelle est la condition des chrétiens; il vous dira que la lumière dit glorieux Evangile de Jésus-Christ, t,ui est l'image de Dieu, leur a resplendi (2 Cor. 4, 4, 6). Demandez-le aux Évangélistes , ils vous diront que YOrient d'en haut nous a visités, afin de reluire à ceux qui sont dans les ténèbres, et dans l'ombre de la mort (Luc, 1,78, 79). Demandez-le à quelqu'un de-s apôtres , ou à tous ensemble; ils vous répondront, que le.ir commission est d'ouvrir les yeux des Juifs et des gentils, afin qu'ils soient convertis des ténèbres à la lumière (Act. 26,18), suivant ce que Notre-Seigneur leur avait dit, Vous êtes la lumière du monde (Mallh. 5,11). Que celle descrip

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