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Voltaire trouve un solécisme dans cette locution. Sa critique attaque ce vers :

Madame, on m'a forcé de puissance absolue. Corneille a pu employer cette expression sans intéresser la correction la plus exacte dans ce cas et dans plusieurs autres : Sa mère peut agir de puissance absolue.

(Mél., 11, 4.) Agissez donc, seigneur, de puissance absolue.

(Perth., iv, 3.) Mais pour votre Léon, êtes-vous résolue A le perdre aujourd'hui de puissance absolue ?

(Pulch., m, 2.) On trouve de même : Au lieu que le roi envoie Arias vers le comte, pour le porter à satisfaire don Diégue, il fallait qu'il lui envoyat des gardes, pour empêcher la suite que pourrait causer le ressentiment de cette offense, et pour l'obliger de puissance absolue a la réparer avec une satisfaction digne de la personne offensée. (Sentiments de l'Académie sur le Cid.) Faut-il vous l'ordonner de puissance absolue ?

(T. Conn., Pers. et Démélr., 11, 3.) On disait d'une manière analogue, de pouvoir absolu :

Tu dois l'exterminer de pouvoir absolu. (CYRANO, Mort d'Agripp., v, 1.) Du reste, cet emploi de de, dans le sens d'avec, est, nous l'avons déjà vu, très-commun au dix-septième siècle.

PUISSANT, qui agit puissamment sur l'âme, UN EFFROI PUISSANT :

Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant
Qui jela dans la ville un effroi si puissant,
Une troupe d'amis chez mon père assemblée
Sollicita mon âme encor toute troublée.

(Le Cid, 16, 3.) - REPENTIR PUISSANT :

Je sens naitre en mon cæur un repentir puissani. (Cinna, v, 3.) - DES VERS PUISSANTS; des vers forts et énergiques : Son ornement n'est pas dans l'éclat des vers. C'est une belle chose que de les faire puissants et majestueux : cette pompe ravit d'ordinaire les esprits, et pour le moins les éblouit. (La Veuve, Au lecteur.) PUNISSEUR LE FOUDRE PUNISSEUR :

Je n'irai point chercher sur les bords africains
Le foudre souhaité que je vois en tes mains.

(Pomp., 1v, 4.) « Il y avait d'abord, « le foudré punisseur, » remarque Voltaire: punisseur était un beau terme qui manquait à notre langue. Puni doit fournir punisseur, comme vengé fournit vengeur. »

L'auteur du Commentaire paraît croire que punisseur est de la création de Corneille. Les nombreux exemples qui suivent montrent l'erreur de cette opinion, et sont une nouvelle preuve que notre grand tragique n'a guère inventé de mots ni de locutions ; sa gloire est ailleurs.

Fust présent Guillaume Guiart, pugnisseur des malfaicteurs de la Chastellenie de Blois. (Charle de l'an 1382, citée par Charpentier.)

Cest enorme forfait me touche tant au cæur,
Que je voudroy moy mesme en estre punisseur.

(LASPHRISE, La nouvelle tragi-comique.) En mon temps j'ai toujours veu les Espagnols sévères punisseurs de ceux qui par lascheté et couardise se rendoient ou perdoient. (MONTLUC, Commeni.)

Il est un Dieu punisseur des rebelles. (La Satire Ménippée, Sonnet.) Après avoir réclamé deux ou trois fois les dieux, justes punisseurs des infidelles. (D'URFÉ, C'Astrée, 1, 8.) O Ciel! punisseur des hérésies.

(CYRANO, Leul., Satire contre un ingrat.) Il estoit plein de devotion, de charité, de temperance, de chasteté et de justice, severe punisseur des méchants, misericordieux et liberal envers les bons. (VULSON DE LA COLOMB., Les Hommes illustres, Jean le Meingre.) – Il fut sage, hardy, genereux, liberal, plein de franchise et de bonté, severe punisseur des traistres, et grand amateur des gens de vertu qu'il recompensoit avec des largesses incroyables. (Id., ibid., Le Cardinal d'Amboise.)

Il est curieux de remarquer que Molière s'est emparé de l'expression employée d'abord, puis rejetée par Corneille :

Et ne veut le montrer qu'en tête d'une armée,
Que tout prêt à lancer le foudre punisseur

Sous qui doit succomber un lâche ravisseur. (Don Garcie, 1, 2.)
Punisseur s'est dit encore au dix-huitième siècle :
II annonça aux hommes le père des hommes, rémunérateur, punisseur et par-
donneur. (VoLT., Quesi. de Zapal., Euvres, t. XLII, p. 339.)

On a essayé en ces derniers temps de remettre en honneur, dans la haute poésie, ce mot nécessaire : O vous, dieux punisseurs, dieux du profond empire !

(PONSARD, Lucrèce, v, 3.) PUR, fig., dans le sens de vrai, placé après le substantif, sans être précédé de tout :

C'est un miracle pur que le cours de sa vie. (Don Sanche, iv, 1.) On trouve aussi très-pur, employé comme tout pur : On vous a rapporté, dites-vous, que je vais au prêche des calvinistes; c'est une calomnie très-pure. (DESCARTES, Lett., XXXII, l. 11.)

- PUR, devant le substantif, sans article : Et tout ce qu'il débite est pure vérité.

(Suile du Ment., 11, 4.1 - PUR, inviolable. Foi PURE :

Je suis toujours moi-même et ma foi toujours pure :
La pitié que je sens ne me rend point parjure.

(Cinna, mi, 4.) Voltaire est le défenseur de la grammaire quand il dit : « Il faut ma foi est toujours pure; » mais d'ajouter : « Foi pure ne se dit qu'en théologie, » ce n'est qu'une plaisanterie déplacée. - pur, dans le sens de parfait. PURE OBÉISSANCE : ,

Madame, pussiez-vous lire dans mon esprit,

Vous verriez jusqu'où va ma pure obéissance. (La Veuve, 1, 3.) PURETÉ D'UN CONTENTEMENT, comme on dit un contentement pur, une joie pure :

Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse,
Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse,
Toujours quelques soucis en ces événements
Troublent la pureté de nos contentements.

(Le Cid, 111, 5.) PURETÉ, avec le pluriel, sentiment pur :

Je sais qu'un empereur doit parler ce langage,
Et quand il l'a fallu, j'en ai dit davantage;
Mais de ces puretés que j'étale å regret

Chaque mot à mon coeur coûte un soupir secret. (Tite et Bér., v, 1.) PURGATION. De même que Corneille dit purger les passions (voir PURGER), il dit aussi LA PURGATION DES PASSIONS :

La purgation des passions par le moyen de la pitié et de la crainte. (Premier discours.) – Ce passage seul nous donne assez d'ouverture pour trouver la manière dont se fait la purgation des passions dans la tragédie. (Deuxième discours.) - Quelque difficulté qu'il y ait à trouver cette purgation effective et sensible des passions par le moyen de la pitié et de la crainte, il est aisé de nous accommoder avec Aristote. (Ibid.) – Je n'ai jamais entendu la purgation des passions par le moyen des passions même. (FONTEN., Réf. sur la Poél., XLV.)

Cette expression est traduite d'Aristote, qui dit dans sa Poétique « que la tragédie a pour but d'opérer, par la terreur et la pitié, la purgation des passions. »

....Δι' ελεου και φοβου περαινουσα την των τοιουτων παθηματων καθαρσιν. PURGER L'AME, la purifier :

Mais, pour en recevoir le sacré caractère
Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire,
Et qui, purgeant notre âme et dessillant nos yeux,
Nous rend le premier droit que nous avions aux cieux. (Pol., 1, 1.)

On trouve d'une manière analogue :

Il finissoit ainsi sa fable dans les discours de ces beatitudes eternelles que les esprits bien purgez par la philosophie doivent esperer, et dont il ne pouvoit, disoit-il, exprimer la magnificence faute du loisir et de la capacité d'un homme, qui ne suffit pas au discours des choses si merveilleuses. (Théoph., Traicté de l'immort, de l'âme.) – Tu respondras à Evenus, dit Socrate, que ce que j'en ay faict n'a esté ny pour luy plaire, ny pour faire des vers à l'envy de luy, ce qui n'estoit pas aisé, mais seulement pour me purger l'âme et pour tirer experience de quelque songe qui m'avoit ordonné de faire des chansons. (Id., ibid.)

– PURGER DE PÉCHÉ UNE ACTION, la rendre pure de péché :

Mais celui qui se juge heureusement s'instruit
A purger de péché ce qu'il fait, dit, ou pense.

(Imil., 1, 14.)

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- PURGER UNE OFFENSE, la purifier, la laver :

Toi seule as dans ta main
De quoi du vieil Adam purger toute l'offense.

(OEuv. div., Louange de la Vierge.)

On a dit de même :

El qu'alléguerois-tu qui purgedi ion offense ? (Rotrou, Laure pers., 1, 11.) Et d'une manière analogue : La négligence de purger ces fautes (vénielles) pouvant aller à un excés qui rendroit l'attache à ces péchés non-seulement dangereuse, comme elle l'est toujours, mais encore mortelle. (Boss., Médit., Cène, 1re part., X.)

... Je prétens t'obliger A purger tes défauts, les vices corriger.

(RÉGNIER, Sal., xv.) Les excuses et reparations, que je voy faire tous les jours, pour purger l'indiscretion, me semblent plus laides que l'indiscretion mesme. (MONTAIGNE, Ess., mn, 10.)

- Corneille a dit de même, PURGER NOS PASSIONS :

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Cette locution s'emploie particulièrement en termes de poétique, pour signifier détruire, modérer, épurer les passions. C'est ainsi que Corneille dit :

La crainte tragique ne devance pas le malheur du héros, elle suit; elle n'est pas pour lui, elle est pour nous; et, se produisant par une prompte application que la vue de ses malheurs nous fait faire sur nous-mêmes, elle purge en nous les passions que nous en voyons être la cause. (D. Sanche, Epitre.)

Le poëte dit de même purger telle ou telle passion particulière, l'amour, la curiosité, l'orgueil, des attachements d'amour, l'opiniâtreté, la facilité de confiance :

La mort de Théodore peut servir de preuve à ce que dit Aristote, que quand un ennemi tue son ennemi, il ne s'excite par-là aucune pitié dans l'âme des spectateurs. Placide en peut faire naître, et purger ensuite ces forts attachements d'amour qui sont cause de son malheur; mais les funestes désespoirs de Marcelle et de Flavie, bien que l'une ni l'autre ne fasse de pitié, sont encore plus capables de purger l'opiniâtreté à faire des mariages par force. (Exam de Théod.) - Cette pitié nous doit donner une crainte de tomber dans un pareil malheur, et purger en nous ce trop d'amour qui cause leur infortune et nous les fait plaindre. (Deux. Disc.)-Si sa représentation (d'OE dipe) nous peut imprimer quelque crainte, et que celle crainte soit capable de purger en nous quelque inclination blåmable ou vicieuse, elle y purgera la curiosité de savoir l'avenir, et nous empêchera d'avoir recours à des prédictions qui ne servent d'ordinaire qu'à nous faire choir dans le malheur qu'on nous prédit par les soins même que nous prenons de les éviter. (Ibid.) – La mort du comte peut mieux purger en nous cette sorte d'orgueil envieux de la gloire d'autrui, que toute la compassion que nous avons de Rodrigue et de Chimène ne purye les attachements de ce violent amour qui les rend à plaindre l'un et l'autre. (Ibid.) – La crainte d'une infortune semblable, ou approchante, peut purger en une mére l'opiniâtreté à ne se point dessaisir du bien de ses enfants, en un mari le trop de déférence à une seconde femme au préjudice de ceux de son premier lit, en tout le monde l'avidité d'usurper le bien ou la dignité d'autrui par violence.(Ibid.)-Si nous imputons son désastre à sa bonne foi, quelque crainte pourra suivre la pitié que nous en aurons; mais elle ne purgera qu'une facilité de confiance sur la parole d'un ennemi réconcilié, qui est plutôt une qualité d'honnête homme qu'une vicieuse habitude, et celle purgation ne fera que bannir la sincérité des réconciliations. (Ibid.)

Corneille dit enfin absolument :

La pitié qu'il prendra de lui n'ira point jusqu'à cette crainte qui purge, parca qu'il ne lui ressemble point. (Deux. Disc.)

On a dit d'une manière analogue :

Si quelqu'un est purgé par cette voie-là, à la bonne heure; encore ne vois-je pas trop bien à quoi il peut être bon d'être guéri de la pitié. (FONTEN., Réflex. sur la Poét., XLV.)

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