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ABRÉGÉ D'UN SERMON

POUR

LA PREMIÈRE SEMAINE DE L'AVENT (a).

Hora est jam nos è somno surgere : nunc enim propior est nostra salus quàm cùm credidimus.

L'heure est déjà venue de nous réveiller de notre assoupissement, puisque nous sommes plus proches de notre salut que lorsque nous avons reçu la foi. Rom., XIII, 11.

Suivre en chaque temps de l'année les dispositions que l'Eglise marque à ses enfans dans les épîtres et les évangiles.

Dans l'Avent, se préparer à l'avénement de Jésus-Christ : il est déjà venu comme Sauveur, il faut l'attendre comme juge.

Propior est nostra salus ; donc notre damnation. Quomodo nos effugiemus, si tantam neglexerimus salutem? Quàm cùm credidimus !, que lorsque nous avons commencé à croire, à nous donner à Dieu, à nous convertir.

Ce qui nous a fait résoudre, c'est qu'on nous a fait entendre : Hora est. A présent le jugement est encore plus près ; donc à plus forte raison , hora est. Saint Chrysostome hic.

llora est : à toutes les heures : demain encore plus qu'hier, etc., parce que l'heure approche toujours, et que le temps presse davantage.

Hora est nos é somno surgere : le sommeil des pécheurs, le sommeil des justes.

Les pécheurs dans l'oubli des jugemens de Dieu. Ils s’imaginent que Dieu dort, parce qu'ils dorment eux-mêmes : nous jugeons des autres par nous-mêmes. Le paresseux qui laisse aller les

i Hebr., II, 3.

a) Une note de la main de Bossuet porte en tête du manuscrit : « A l'hôtel de Longueville, écrit après avoir dit, » c'est-à-dire après avoir préché.

Ce projet est pour l'Avent; il reproduit plusieurs pensées du sermon précédent et présente la même écriture.

Na donc été préché pendant l'Avent de 1665, peu de temps après le sermon dont on vient de parler, probablement dans la semaine qui suivit le dimanche où Bossuet precha devant la Cour.

choses, ne s'imagine jamais l'activité de ceux qui sont contraires à ses prétentions. Pendant qu'il dort, il croit que tout dort, et il n'est éveillé que par le coup. Ne croyons pas néanmoins que Dieu soit comme nous; ne jugeons pas de lui par nous-mêmes. Vigilabo super eos in malum'. Evigilavit adversùm te ?.

Le breuvage d'assoupissement.

Le sommeil des justes. Ils s'endorment dans la vue des bonnes cuvres qu'ils ont faites : dans la vue du calme, ils lâchent la main, ils abandonnent le gouvernail ; ils perdent l'attention à euxmêmes et à la prière; ils s'appuient sur leurs forces; ils périssent.

L'attention que Dieu oblige d'avoir à sa loi (voy. Deut., vi, 6; XI, 18); plus grande dans la loi nouvelle, parce que nous sommes chargés d'une obligation plus précise d'aimer; non chargés, car ce n'est pas une charge, c'est l'allégement de tous les fardeaux.

Ce n'est pas assez d'être attentif dans le mal pour en sortir, dans le péril et la tentation pour la combattre : Vigilate et orate, ne intretis in tentationem. Faute de cette attention l'ame, périt; elle est à l'abandon.

On ne conçoit pas assez quel crime c'est que cette omission et ce défaut d'attention. Ceux qui ont en garde votre vaisselle, vos pierreries, vos trésors, s'ils négligent de les garder, les perdent en tant qu'en eux, et encore que le voleur ne vienne pas. (a) On ne les châtie pas néanmoins toujours, parce que l'on n'aperçoit la faute, de cette négligence que quand le malheur est arrivé. Alors on crie, alors on s'échauffe : la faute n'est pas qu'on ait pris, mais qu'on a laissé aller à l'abandon: si on ne l'a pas fait plus tôt, ç'a été bonheur et non conduite. Les hommes punissent les fautes selon qu'ils les connoissent, et Dieu de même. Il impute donc la négligence d'une ame qui se met à l'abandon, comme une perte déjà arrivée, parce qu'il connoît le mal de la négligence (b).

1 Jerem., XLIV, 27. – ? Ezech., VII, 6. (a) Note marg. : Une place confiée; la négligence sans garde : elle est livrée aux ennemis en tant qu'en lui. Les trésors sont déjà pillés. Les hommes ne jugent que par les événemens malheureux.

(6) Note marg. : Fac enim hominem primò nihil quærentem, secundùm vitam veterem seductorid securitate viventem, nihil putantem aliud esse post hanc vitam quandoque finiendlam, negligentem quemdam et socordem, obrutum cor habentem illecebris mundi, et mortiferis delectationibus consopitum : ut excitetur iste ad

Vigilate, attendite. Faire garde comme dans une place de guerre : grader les sens : dopcupazūv Bução ?. Prendre garde à ce qui entre dans la place. Un espion avec une mine innocente; il gagne tantôt l'un, tantôt l'autre. Défection, etc. 3. Les grandes passions ont commencé par des désirs qui paroissoient innocens.

Il faut savoir qui entre et qui sort; d'où viennent ceux qui entrent, et où ils vont; avec qui ils conversent, et ce qu'ils pratiquent : ainsi des désirs ; donc attention continuelle (a).

Jamais se livrer aux affaires et aux occupations : s'y prêter avec un certain retour (6).

Défendu de suivre ses yeux per res varias fornicantes; une ame prostituée à tous les objets, que tous les objets emportent (c).

Ceux qui ne trouvent point de plus grande fatigue que de songer à ce qu'ils font; ce n'est pas une vie chrétienne ni même raisonnable. Cette attention n'est pas difficile ; c'est une attention du cæur, non de l'imagination. Il ne faut pas dire à une mère qu'elle pense à son fils; à une femme, à un mari qui lui est cher. Elle ne fatigue pas son cerveau pour rappeler cette pensée à sa mémoire; son cœur le fait assez; et cette pensée ne la fatigue pas, mais la délecte et la soulage (d).

Nox præcessit, dies autem appropinquavit". Marcher comme

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1 Marc., XII, 33. – ? S. Clem. Alex. — 3 S. Gregor. Nyss. hom. VII), in Ecclesiast., tom. I, p. 460, 461. — * Rom., XIII, 12. quærendam gratiam Dei, ut fiat sollicitus, et tanquam de somno evigilet, nonne manus Dei excitat eum? Sed tamen à quo sit excitatus, ignorat (In Psal. CVI, n. 4).

Cithara, et lyra, et tympanum, et tibia, et vinum in conviviis vestris : et opus Domini non respicitis, nec opera manuum ejus consideratis. Propterea captivus ductus est populus meus, quia non habuit scientiam..... Propterea dilatavit in. fernus animam suam, et aperuit os suum absque ullo termino : et descendent fortes ejus, et populus ejus, et sublimes gloriosique ejus ad eum (Isa., V, 12, 13, 14).

(a) Note marg. : Oculus meus deprædatus est animam meam (Lament., II, 51). -- (6) Loquere filiis Israel, et dices ad eos ut faciant sibi fimbrias per angulos pal. liorum, ponentes in eis vittas hyucinthinas : quas cùm viderint recordentur omnium mandatorum Domini, nec sequantur cogitationes suas et oculos per res varias fornicantes (Num., xv, 38, 39). — (c) La réflexion : l'ame toujours attentive : Lucerne ardentes in manibus vestris (Luc., XII, 35). Sur quoi Origène : Semper tibi ignis fidei et lucerna scientiæ accensa sit (Hom. iv in Levit.). — (d) Invituris per hoc (per ritum precandi ad orientem) ut orientem semper aspicias, unde tibi oritur sol justitia, unde semper lumen (fidei) tibi nascitur..... ut semper in scientiæ luce verseris, semper habeas diem fidei (Hom. ix in Levit.).

dans la lumière, comme étant toujours éclairés, comme étant vus de Dieu.

Non in comessationibus et ebrietatibus '. Si on déteste l'enivrement du vin, qui prend le cerveau par des fumées grossières; combien celui qui prend le cœur par une attache délicate et intime, l'enivrement des passions !

Non in cubilibus et impudicitiis 2. On a horreur de ce mot d'impudicité; il faut donc le détester avec toutes ses suites, tous ses préparatifs, tout son appareil, ces empressemens, ces commerces secrets, ces intelligences, etc. Ne pas laisser prendre son cour, etc.

Induimini Dominum Jesum Christum ?. Mesdames, en vérité, ètes-vous revêtues de Jésus-Christ, de sa modestie dans votre luxe, de sa sincérité dans vos artifices, par lesquels vous détruisez et falsifiez tout, jusqu'à votre visage, jusqu'à vous-mêmes?

SECOND SERMON

POUR

LE PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT (a).

Tunc videbunt Filium hominis venientem in nube, cum potestate magna et majestate.

Alors ils verront venir le fils de l'homme sur une nuée, avec une grande puissance et une grande majesté. Luc., XXI, 27.

Encore que dans le moment que notre ame sortira du corps elle doive être jugée en dernier ressort, et l'affaire de notre salut immuablement décidée, toutefois il a plu à Dieu que nonobstant ce premier arrêt, nous ayons encore à craindre un autre examen et une terrible révision de notre procès au jugement dernier et uni

1 Rom., XIII, 13. — * Ibid. 3 Ibid., 14.

(a) On verra dans la péroraison que ce serion a été prêché devant le roi, et le manuscrit porte la date de 1669.

Les deux derniers points sont réunis en un seul.
Presque tout le premier point est emprunté au même point du sermon précédent.

versel. Car comme l'ame a péché conjointement avec le corps, il est juste qu'elle soit jugée aussi bien que punie avec son complice, et que le Fils de Dieu qui a pris la nature humaine tout entière, soumette aussi l'homme tout entier à l'autorité de son tribunal. C'est pourquoi nous sommes tous ajournés après la résurrection générale pour comparoître de nouveau devant ce tribunal redoutable, afin que tous les pécheurs étant appelés et représentés en corps et en ame, c'est-à-dire dans l'intégrité de leur nature, ils reçoivent aussi la mesure entière et le comble de leur supplice. Et c'est ce qui donne lieu à ce dernier jugement qui nous est proposé dans notre évangile.

Mais pourquoi ces grandes assises, pourquoi cette solennelle convocation et cette assemblée générale du genre humain ? Pourquoi, pensez-vous, Messieurs, si ce n'est que ce dernier jour, qui est appelé dans les saintes Lettres « un jour d'obscurité et de nuage, un jour de tourbillon et de tempête, un jour de calamité et d'angoisse, » y est aussi appelé « un jour de confusion et d'ignominie ?? » Voici une vérité éternelle : il est juste et très-juste que celui qui fait mal soit couvert de honte; que quiconque a trop osé soit confondu; et que le pécheur soit déshonoré, non-seulement par les autres, mais par lui-même, c'est-à-dire par la rougeur de son front, par la confusion de sa face, par le reproche public de sa conscience.

Cependant nous voyons que ces pécheurs, qui ont si bien mérité la honte, trouvent souvent le moyen de l'éviter en cette vie. Car ou ils cachent leurs crimes, ou ils les excusent, ou enfin bien loin d'en rougir, ils les font éclater scandaleusement à la face du ciel et de la terre, et encore ils s'en glorifient. C'est ainsi qu'ils tâchent d'éviter la honte, les premiers par l'obscurité de leurs actions, les seconds par les artifices de leurs excuses, et enfin les derniers par leur impudence. C'est pour cela que Dieu les appelle au grand jour de son jugement. Là ceux qui se sont cachés seront découverts, là ceux qui se sont excusés seront convaincus, là ceux qui étoient si fiers et si insolens dans leurs crimes seront abattus et atterrés; et ainsi sera rendue à tous ces pécheurs, à ceux qui trom• 1 Soph., I, 15.

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