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Le cheval s'aperçut qu'il avoit fait folie :
Mais il n'étoit plus temps: déjà son écurie
Etoit prête et toute bâtie.

Il y mourut en traînant son lien :
Sage s'il eût remis uue légère offense.

Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,
C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien (3).
Sans qui les autres ne sont rien.

(3) La liberté.

XIV. Le Renard et le Buste (1)..

LES grands, pour la plupart, sont masques de théâtre ;;
Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.
L'âne n'en sait juger que par ce qu'il en voit:
Le renard, au contraire, à fond les examine,
Les tourne de tout sens; et quand il s'aperçoit
Que leur fait n'est que bonne mine,
Il leur applique un mot qu'un buste de héros
Lui fit dire fort à propos..

C'étoit un buste creux, et plus grand que nature.
Le renard, en louant l'effort de la sculpture :.
"Belle tête, dit-il; mais de cervelle point."

Combien de grands seigneurs sont bustes en ce point."

(1) Figure humaine qui n'a que la tête, et la partie supé rieure du corps.

XV. Le Loup, la Chèvre, et le Chevreau.

LA bique (1) allant remplir sa traînante mamelle,
Et paître l'herbe nouvelle,
Ferma sa porte au loquet,

Non sans dire à son biquet (2):
Gardez vous sur votre vie,
D'ouvrir, que l'on ne vous die,
Pour enseigne et mot de guet (3),
Foin (4) du loup et de sa race!
Comme elle disoit ces mots,
Le loup, de fortune, passe ;
Il les recueille à propos,
Et les garde en sa mémoire.
La bique, comme on peut croire,
N'avoit pas vu le glouton.

Dès qu'il la voit partie, il contrefait son ton,
Et, d'une voix papelarde (5),

Il demande qu'on ouvre, en disant, Foin du loup
Et croyant entrer tout d'un coup.
Le biquet, soupçonneux, par la fente regarde:
Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point,
S'écria-t-il d'abord. Patte blanche est un point
Chez les loups, comme on sait, rarement en usage.
Celui-ci fort surpris d'entendre ce langage,
Comme il étoit venu s'en retourna chez soi.
Où seroit le biquet s'il eût ajouté foi

Au mot du guet, que, de fortune,
Notre loup avoit entendu ?

Deux sûretés valent mieux qu'une;
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.

(1) Chèvre. Bique est du style familier.

(2) Chevreau. Biquet est aussi du style familier.

(3) Mot qu'on donne à ceux

qui font le guet, afin que ceux du même parti se puissent reconnoître.

(4) Maudit soit le loup. (5) Douce et contrefaite.

XVI. Le Loup, la Mère, et l'Enfant.

CE loup me remet en mémoire

Un de ses compagnons qui fut encore mieux pris:
Il y périt. Voici l'histoire.

Un villageois avoit à l'écart son logis.
Messer loup attendoit chape-chûte (1) à la porte;
Il avoit vu sortir gibier de toute sorte,
Veaux de lait, agneaux et brebis,

Régiment de dindons, enfin bonne provende (2).
Le larron commençoit pourtant à s'ennuyer.
Il entend un enfant crier.

La mère aussitôt le gourmande,

Le menace, s'il ne se tait,

De le donner au loup. L'animal se tient prêt,
Remerciant les dieux d'une telle aventure:
Quand la mère appaisant sa chère géniture (3),
Lui dit: Ne criez point; s'il vient, nous le tuerons,
Qu'est-ce ci? s'écria le mangeur de mouton ;

Dire d'un, puis d'un autre! Est-ce ainsi que l'on traite
Les gens faits comme moi? me prend-on pour un sot?
Que quelque jour ce beau marmot (4)
Vienne au bois cueillir la noisette...

Comme il disoit ces mots, on sort de la maison:
Un chien de cour l'arrête; épieux et fourches fières
L'ajustent de toutes manières.

Que veniez-vous chercher en ce lieu ? lui dit-ou.
Aussitôt il conta l'affaire.

Merci de moi! lui dit la mère,

(1) Quelque heureuse occasion de profiter de la négli gence.

(3) Son enfant.

On appelle ainsi familiè rement par mépris, un petit (2) Provision de vivres. Il garçon.. est famillier et ne se dit guère plus.

Tu mangeras mon fils! L'ai-je fait à dessein
Qu'il assouvisse un jour ta fain?

On assomma la pauvre bête.

Un manant lui coupa le pied droit et la tête:
Le seigneur du village à sa porte les mit;
Et ce dicton picard à l'entour fut écrit :

"Biaux chires leups, n'écoutez mie

"Mère tenchent chen fieux qui crie (5)”

(5) Beaux sires loups, n'écoutez pas mère qui réprimande son Als qui crie.

XVII. Parole de Socrate.

SOCRATE (1) un jour faisant bâtir,
Chacun censuroit son ouvrage :

L'un trouvoit les dedans, pour ne lui point mentir,
Indignes d'un tel personnage:

L'autre blâmoit la face, et tous étoient d'avis
Que les appartements en étoient trop petits.
Que la maison pour lui! l'on y tournoit à peine.
Plût au ciel que de vrais amis,

Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine!

Le bon Socrate avoit raison

De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
Chacun se dit ami; mais fou qui s'y repose:
Rien n'est plus commun que ce nom,
Rien n'est plus rare que la chose.

(1) Fameux philosophe grec, counu par sa sagesse, sa vertu et sa mort tragique.

XVIII. Le Vieillard et ses Enfants.

TOUTE puissance est foible, à moins que d'être unie. Ecoutez là-dessus l'esclave de Phrygie (1).

Si j'ajoute du mien à son invention,

C'est pour peindre nos mœurs, et non point par envie ;
Je suis trop au-dessous de cette ambition.

Phèdre (2) enchérit souvent par un motif de gloire:
Pour moi, de tels peusers me seroient malséants.
Mais venons à la fable, ou plutôt à l'histoire
De celui qui tâcha d'unir tous ses enfants.

Un vieillard près d'aller où la mort l'appeloit,
Mes chers enfants, dit-il (à ses fils il parloit),
Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble:
Je vous expliquerai le nœud qui les assemble:
L'aîné les ayant pris, et fait tous ses efforts,
Les rendit, en disant: Je le donne aux plus forts.
Un second lui succède, et se met en posture;
Mais en vain. Un cadet tente aussi l'aventure.
Tous perdirent leur temps, le faisceau résista:
De ces dards joints ensemble un seul ne s'éclata.
Foibles gens! dit le père: il faut que je vous montre
Ce que ma force peut en semblable rencontre.
On crut qu'il se moquoit, on sourit, mais à tort:
Il sépare les dards, et les rompt sans effort.
Vous voyez, reprit-il, l'effet de la concorde :
Soyez joints, mes enfants, que l'amour vous accorde..
Tant que dura son mal,, il n'eut autre discours.
Enfin, se sentant près de terminer ses jours,
Mes chers enfants, dit-il, je vais où sont nos pères ;,
Adieu promettez-moi de vivre comme frères;
Que j'obtienne de vous cette grâce en mourant.
Chacun de ces trois fils l'en assure en pleurant.
Il prend à tous les mains, il meurt. Et les trois frères

(1) Esope.

(2) Fameux fabuliste latin.

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