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FABLE X I I t.

Les Loups et les Brebis.

{Avant La Fontaine).Gnzcs. Esope, f. 71,337,24') 27O. Planiulc, Vie d'Esctpe,\p. 61, edit. deNevelet. Aphtonc, f. ai.Dcraosihenes, apiidPliilarcli. Apoplitcgre». ai, rt Vit. Demosthen. — Lat. Phèdre, Lib. I. fab. 3i. Anonyme, 52. Rimicius , L. III. f. i3. Herman, edit. Robert. Stephani, pag. i3o. Burman, Append. ait Phœdr., fab. ai. Romul. 3a , dans l'Append. du Phèdre de Barbou, pag. ia5.

Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les Loups firent la paix avecque les Brebis (1),
C'étoit apparemment le bien des deux partis:
Car si les Loups mangeoient mainte bète égarée ,
Les Bergers, de leur peau, sefaisoient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,

Ni d'autre part pour les carnages:
Ils ne pouvoient jouir qu'en tremblant de leurs biens.
La paix se conclut donc : on donne des otages;LesLoups,leurs Louveteaux, et les Brebis, leurs Chiens.
L'échange en étant fait aux formes ordinaires,

Et réglé par des Commissaires , Au boucle quelque temps quemessieurs les Louvats(s Se virent Loups parfaits, et friands de tuerie, Us vous prennent le temps que dans la Bergerie

Messieurs les Bergers n'étoient pas, Etranglent la moitié des Agneaux les plus gras, Les emportent aux dents (3), dans les bois se retirent.

Us

Ils avoient averti leurs gens secrètement.

Les Chiens qui, sur leur foi, reposoient sûrement,

Furent étranglés en dormant.
Cela fut sitôt fait, qu'à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux, un seul n'en échappa.

Nous pouvons conclure de-là
Qu'il faut faire aux médians guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi;
J'en conviens : mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi?

(Depuis La Fontaine). Latihs. Jaias, Bibl. Rhetor. T. II. pag. 745- Desbillons, Lib. III. fab. 9. — Français. Groselier, L. VI. fab. 17. Fables en chansons, L. II. fab. 3. Mérard S. Just, L. VII. fab. 18. Vitalis (les Loups, les Chiens et les Moutons), — Ital. Luig. Grillo , fav. 104.

OBSERVATIONS DIVERSES.

(1) Avecque ainsi écrit, n'est plus en usage qu'en poésie, oà même il a vieilli.

(2) Louvals. Louveteaux, jeunes Loups.

(3) Les emportent aux dents. Expression hardie que je n'oserois censurer qu'en la regrettant. Entre leurs dents seroit plus exact, mais foible.

Voici l'application que Déraosthène fit de cet apologue. « Alexan-» dre , au rapport de Plutarque, envoya sommer les Athéniens de lui remettre entre les mains dix de leurs orateurs. Démosthène conta au peuple d'Athène la fable des Brebis et des Loups , qui demandèrent une fois aux Brebis que pour avoir la paix avec eux, elles livrassent entre leurs mains les mâtins qui les gardoient : en comparant lui et ses compagnons, travaillant pour le bien du peuple, aux Chiens qui gardent les troupeaux de Moutons, et appelant Alexandre le Loup. (Trad. d'Amyot.) Lors de la seconde Assemblée législative en France (en 1791),les deux partis qui la dtvisoient s'étant réunis dans un moment d'enthousiasme, sous la promesse so* Tome I. M

lennelle d'abjurer leurs animosités et leurs haines, le roi Louis XVf s'y rendit le soir de ce jour-là même , accompagne de ses ministres ( pour signer ce nonveau traite de paix, et confondre ses sermens dans ceux de l'Assemblce, dont l'unanimité offrit en ce moment le plus bel exemple a la France, déebirée dès-lors par tant de factions. Le lendemain, les murs de la capitale se trouvèrent tapisses d'affiches qui portoient cette fable de La Fontaine. La paix des Loups avec les Brebis ne dura pas même un jour ; et la journée du 20 juin, qui suivit bientôt après, vit commencer la longue agonie du Berger,

F A-BLE XI-T.

Le Lion devenu vieux.

{Avant La Fontaine), Orientaux. Sanbadcr, f. 3. — Grf.cs. Esope (dans sa vie, e'dit. de Robert Etienne, 1S29, pag. 48 }. — Latins. Phèdre, Lib. I. f. ao. Anonyme

Le Lion , terreur des forêts (1) Chargé d'ans, et pleurant son antique prouesse(2), Fut enfin (3) attaqué par ses propres sujets,

Devenus forts par sa foiblesse. Le Cheval s'approchant lui donne un coup de pied. Le Loup un coup de dents, le Bœuf un coup de corne(4). Le malheureux Lion , languissant, triste et morne (5), Peut a peine rugir, par l'âge estropié. Il attend son destin sans faire aucune plainte, Quand voyant l'Ane même à son antre accourir: Ah! c'est trop, lui dit-il 5 je voulois bien mourir, Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.

(Depuis La Fontaine.) Fables en chansons, L. IV. fab, i3. — Ital. Luig. Grillo, fav. 19.

OBSERVATIONS DIVERSES..

(i) Terreur des forêts. Il le fut du moins autrefois; mais en l'environnant de ses titres antiques , le poète rend le contraste encore plus frappant.

(2) Chargé iïans, et pleurant son antique prouesse. Le sentiment est dans l'image; il est aussi dans l'expression. Prouesse est lui-même un mot antique; il semble, par sa vétusté, remonter aux jours de sa gloire passce. Ainsi dans la belle statue du repos d'Hercule, l'artiste sublime qui l'a faite, ramassant la vie toute entière du héros, asu donner à sa lassitude même une expression telle, que , dans la cessation de tout travail, l'œil étonné parcourt la carrière de ses immortels travaux.

(3) Fut enfin, au lieu de à la fin, pour comble de maux.

(4) Le loup un coup de dents, le bœuf un coup de corne. Ici l'attaque est simultance: dans Phèdre elle est successive; aussi l'image a-t-elle chez lui moins de précision. Ajoutez qu'il affbiblit l'intérêt dû à son heros, en faisant voir en lui un ennemi commun, hostile corpus, contre qui l'on exerce un droit de represailles; Et vindicavit ictu veterem injuriant. Dans la fable francaise, on remarquera encore combien la cesure du premier hcmistiche par un monosyllabe donne d'énergie et de vérité à la peinture: c'est le procombit humi bos de Virgile.

(5) Le malheureux Lion, languissant, triste et morne, Peut à peine rugir, par Page estropié. Que de beautés en si peu de mots! Le premier vers est un exemple de ce pathétique qui, suivant Longin , participe du sublime , antant que le sublime participe du beau et de l'agreable ( 7 eaite du Sublime, eh. 4-)' Peut à peine rugir. Sénèque le tragique a dit de même, d'après Eschile et Epicure: les grandes douleurs sont muettes. Par l'âge estropié. Analysez ce mot estropié; il pourra vous paroltie foible, a la suite d'un tableau dont le dernier trait doit l'achever d'une manière forte et terrible. Mais tous ces vers sont si beaux , la cadence de ce dernier est si heureuse, les images si imposantes, le rithme si majestueux, l'intérêt qui anime toute cette scène est si attachant, qu'on ne pense plus aux mots: je dis plus, La Fontaine a même eu le secret d'en faire une beauté.

M a

FABLE XV.

Philomèle et Progné, (vivant La Fontaine). Latins. Camerar. fab. 35.

Autrefois Progné l'Hirondelle De sa demeure s'écarta, Et loin des villes s'emporta Dans un bois où chantoit la pauvre Philomèle. Masœur, luiditProgne', comment vous portez-vous? Voici tantôt mille ans que l'on ne vous a vue: Je ne me souviens point que vous soyez venue, Depuis le temps de ïhrace , habiter parmi nous.

Dites-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?
Ah ! reprit Philomèle, en est-il de plus doux?
Progné lui répartit: Eh quoi! cette musique,
Pour ne chanter qu'aux animaux,
Tout au plus à quelque rustique (1)?
Le désert est-il fait (2) pour des talens si beaux?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles (3).

Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois

Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas.
Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage ,
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas:
En voyant les hommes, hélas!Il m'en souvient bien davantage.

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