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(6) Que lui-même il sonna la charge. Voilà les apprêts du combat. On voit les adversaires en presence: un nain contre un geant ! N'importe, le contraste en est plus piquant. Le poète profite avec adresse du bourdonnement de l'insecte, pour en faire l'accent de la trompette, et le prelude de l'attaque.

(7) 27 se met au large. Comme ces expressions agrandissent fc foible adversaire du Lion ! C'est un athlète qui a franchi la barrière pour entrer dans l'arène. Puis prend son temps. Tout est gradué. Le poète fut spectateur du combat avant d'en être l'historien. Prend son temps. Rien n'est donne au hasard, ni à la précipitation. Ces mouvemens si bien concertés, justifient d'avance la victoire de la prudence sur la force. Fond. Ce simple monosyllabe exprime la rapidité de l'attaque. Rend presque fou. La colère, disent les philosophes , est une courte démence: elle désarme, elle enchaîne le courage, elle le livre sans défense aux coups de l'ennemi.

(8) Le quadrupède. Le mot animal n'auroit point cette pompe. Ecume, et son œil étincelle, il rugit. Ce sont là les caractères de la fureur. La précision de ces vers n'en est encore que le moindre mérite. Quel feu! quelle vérité dans ces images: on se cache, on tremble à l'environ .' Ainsi dans la Phèdre de Racine r

Tout fuit, et saus s'anner J'un courage inutile, Dans le temple voisin chacun cherche un asile.

Mais là, cette terreur est l'ouvrage d'un monstre furieux, vomi des abîmes de la mer. Elle est ici l'ouvrage, de qui ? d'un Moucheron. Bien que le lecteur ne l'ignore plus, sa surprise n'en est pas moins une jouissance.

(g) Un avorton de Mouche ajoute encore à la force du contraste. Ce n'est pas tout: l'invisible ennemi, un avorton s'apperçoit; mais lui, il est si petit, si subtil, qu'il se dérobe à la plus perçante vue. Et rit de voir qu'il n'est griffe ni dent. Il a réussi à armer son ennemi contre lui-même. Les vers qui suivent sont de la plus grande force. Toute cette tirade est parfaite.

(to) Bat l'air qui n'en peut mais. Expression commune dans les anciens auteurs. Est-cequej'en puis mais. (Molière, dans l'Ecole des Femmes. Acte V. se. 40 Des écrivains en prose , d'ailleurs irèscstiinables, l'ont employée. «On brise des chars de triomphe qui n'en peuvent mais , » a dit l'abbé Batteux, ( Cours de SellesLettres. T. III. page i440

(n) Le voilà sur les dents. Enfin il n'y a plus de doute sur l'issue du combat. Le plus fort des animaux a succombe sons l'aiguillon d'un insecte. Il est sur les dents. Rien ne manque a l'ignoîninie de la défaite.

Voyez dans Florian (Liv. II. fab.M4), une description de la colère du Lion.

(ta) Comme il sonna la charge, il sonne la victoire. Quelle importance ce vers donne au redoutable ennemi T Seul il suffit a tout; la répétition du mot sonne, le fait voir en tête comme au terme du combat. M. l'abbé de Lille a imité ce vers d'une manière admirable.

Que j'observe de près ces clairons, ces tambours,
Signal de vos fureurs, signal de vos amours,
Qui guidoient vos héros dans les»champs de la gloire,
Et sonnoient le danger, la charge et la victoire.

( Géorgiques franc. Chant III. ) (i3) Et rencontre en.chemin

L'embuscade d'une Araignée. La fable change d'action, et devient un second apologue soumis à sa morale particulière : ce qui est contre le précepte de l'unité. Du leste cette fable est si hclle, l'intérêt est si animé, si soutenu, la morale résultant de cette duplicité d'action si philosophique, qu'il faut reprocher non à La Fontaine d'avoir manqué h l'art, mais à l'art d'être si sévère. Pour achever l'éloge de'ce chef-d'œuvre , qu'on le compare à la fable de Dorat, intitulée: l'Aigle et le Moucheron. C'est la lutte du bel esprit contre le génie.

Allant, venant, sifflant, l'écervelé s'en donne;
Agé d'une minute, il est déjà barbon:

Il brave le qu'en dira-t-on,
Et près de son altesse à tue-tête il fredonne.
Qui ne vit qu'un moment ne peut nuire à personne,
Et doit vivre du moins comme il lui semble bon:
Aussi fait-il. Il caracole
Sur le bec du roi des oiseaux,
Le pique à l'œil, et gaiment le désole,
Puis orgueilleusement se perche sur son dos.

L'Aigle, au lieu de battre de l'aile
Et de prendre son vol vers la voûte eternelle,

Se courrouce mal-a-propos:
Il attaque l'insecte, il daigne le poursuivre,
Ouvre «a large serre, et perdant la raison,

A toute sa rage il se livre, etc.

FABLE X.

L'Ane chargé d'éponges et l'Ane chargé de sel.

{AvantLa Fontaine). Grecs. Esope, fab. 2S8. Gabrias, fab. 33. •—latins, Faerne, fab. 6.

,un Anîer, son sceptre à la main (1),,

Menoit en Empereur romain ,

Deux coursiers à longues oreilles. L'un, d'éponges chargé, marchoit comme un couricr:

Et l'autre se faisant prier ,

Portoit, comme on dit, les bouteilles (a). Sa charge étoit de sel. Nos gaillards pèlerins (3)

Par monts, par vaux (4) et par chemins,
Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent,

Et fort empêchés se trouvèrent.
L'Anier, qui tous les jours traversoit ce gué-là,

Sur l'Ane à l'éponge monta,

Chassant devant lui l'autre bête,

Qui, voulant en faire à sa tête,

Dans un trou se précipita,

Revint sur l'eau, puis échappa:

Car au bout de quelques nagées

Tout son sel se fondit si bien,

Que le Baudet ne sentit rien

Sur ses épaules soulagées.
Camarade épongier (5) prit exemple sur lui,
Comme un mouton qui va dessus la foi d'autrui1 (6),
Voilà mon Ane à l'eau ; jusqu'au col il se plonge %

Lui, le conducteur et l'éponge.
Tous trois burent d'autant : l'Anier et le Grisou

Firent à l'éponge raison.

Celle-ci devint si pesante,

Et de tant d'eau s'emplit d'abord,
Que l'Ane succombant ne put gagner le bord.

L'Anier l'embrassoit, dans l'attente

D'une prompte et certaine mort. Quelqu'un vint au secours: qui ce fut, il n'importe-j C'est assez qu'on ait vu par-là qu'il ne faut point

Agir chacun de même sorte.

J'en voulois venir à ce point.

(Depuis La Fontaine). Français. Benserade, fab. 179. Fables en chansons, L. II. fab. 35. Ant. Vitallis, L. IV. f. ai.—Latins., Deshillons, L. V. fab. 3%,

OBSERVATIONS DIVERSES,

(i) Un Anier, son sceptre a la main, etc. On a dit que la perfection de la poe'sic c'toit d'être une peinture auirute. Ul pictura poesis : mais la poésie n'a-t-ello pas encore un autre secret que celui de représenter la nature? Oui; celui de l'ennoblir. Un Ane ne sera toujours qu'un Ane sous les pinceaux de Raphaël ou sous les crayons d'Oudry. Tout le génie de Greuze on de Paul Poter ne tauroit nous faire voir dans son conducteur qu'un villageois bien rustre, bien épais, armé d'un bâton. Ici un Anier est une espèce d'empereur romain qui, le sceptre en main, conduit deux coufv siers à longues oreilles. .

(a) Portoit, comme on dit, les bouteilles. Marchoitgravement, avec précaution, comme quelqu'un qui porte des choses fragiles.

(3) JYos gaillards pèlerins. Cette ephhète se trouve frcquemment dans La Fontaine, qui l'a empruntée de Rabelais. Elle veut dire vif, fringant, et tire son étymologie de l'anglo-saxon , gala, salex, petulens, en latin, d'où galois , gale, galer dans les vieux auteurs, et enfin gaillard.

(4) Par vaux, pluriel de val, vallée, n'est usité que dans ce nombre: aller par vaux.

(5) Camarade Epongier. Le même qu'il vient d'appeler l'Ane à l'Eponge. Ce mot est de la création du poète.

(6) Comme un Mouton qui va dessus la foi d'autrui. Comparaison tirée de Rabelais. (Liv. IV. enap. 8.) Cette fable a quelques vers heureux; on y sent, comme par-tout, le:génie de La Fontaine; mais elle est du petit nombre de celles dont il a moins soigné le style.

FABLE XI.

Le Lion et le Rat. *

(Avant La Fontaine). Grecs.Esope, fab. 22i.—Latins. Anonyme , fab. 18. Abstemius, fab. 5o. Gudius (Append.ad fab. Phedri), fab. 4, p- 97 , édit. Barbou, 1754. — Français. Clément Marot, fable du Lion et du Rat, dans Vépttre a son ami Lto N .

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde.
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi,

Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un Lion,
Un Rat (1) sortit de terre assez à l'étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il étoit (2), et lui donna la vie.

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