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connaître à moi; montre-moi les sentiers, le savant docteur que j'ai déjà cité, Maimonide, justement surnommé l'Aigle de la Synagogue *, s'exprime en ces termes : « Tout cela signifie que Moïse demanda à voir avec les yeux de l'esprit, tous les êtres créés, afin de juger leur nature, leur assemblage et leur union réciproque; afin d'apprécier la raison de leur ordre, soit en général soit en particulier ** car ayant à régir et à constituer un peuple, il voulait suivre le mode d'après lequel les choses sont régies et constituéesJ. L'antiquité elle-même s'était formé cette opinion sur son compte. Au dire de Lucien, Lycurgue aurait emprunté du ciel tout le plan d'administration et de distribution qu'il appliqua à sa République, et suivant Diodore, cité par Pliotius, Moïse aurait calqué sa ville ou son petit Etat sur le Monde 3.

* Moïse Maimonide, ou fils de Maimon, médecin du Soudan d'Egypte, et le plus savant des docteurs hébreux, naquit à Cordoue en Espagne, vers l'an n3o,, époque où les Juifs se livraient avec beaucoup d'ardeur aux sciences et aux lettres. Si l'on considère son siècle et sa position, auxquels il fut forcé, comme il nous l'apprend lui-même, de conformer ses travaux et son langage, on le reconnaîtra pour l'un des esprits les plus étendus et les plus philosophiques qui aient existé. Je le citerai d'autant plus souvent que dans son lad chazaka, main forte, ou abrégé du Talmud; dans son More nebouhim, ou Guide des incertains, et dans ses préfaces , il a réuni les opinions les plus importantes des anciens docteurs. Il mourut, dit-on, l'an 1209. Ses écrits, après avoir occasionné quarante ans de dispute<lans les synagogues, l'emportèrent complètement. Ce fut un pas immense chez les Hébreux vers les idées saines, un retour précieux vers le mosaïsme primitif. Mais les siècles n'étaient pas mûrs pour la reformation qu'il avait projetée. Ses disciples, dans leur enthousiasme, ont dit de lui : que depuis Moïse le ptophète jusqu'à Moïse Maimonide il ne s'est pas élevé d'homme plus admirable que ce dernier Moïse.

** L'aigle de Meaux se rencontre avec l'aigle de la synagogue, quand il dit : « Pour bien penser, l'homme doit rendre sa pensée conforme aux cfwses qui sont hors de lui..... Alors il entend la •vérité et quand il entend la vérité qu'il était capable d'entendre, que lui arrive-t-il? sinon d'être actuellement conforme a. Dieu et rendu conforme à lui. (Connaissance de Dieu et de soimême, ch. iv, § 8. )

Mais après avoir découvert l'analogie qui existe entre l'ordre du monde et l'ordre social, il fallait déterminer sa nature et transporter dans la constitution publique le plus grand principe de la constitution de* l'univers.

Les prêtres égyptiens avaient regardé l'universalité des choses, comme composée de deux natures, ou de deux êtres absolument distincts; l'un intellectuel et actif, l'autre matériel et . passif : ils admirent deux natures ou deux êtres absolument distincts dans la société : un être intellectuel et actif représenté par l'aristocratie sacerdotale qui tint long-temps les rois et les guerriers dans sa dépendance immédiate; un être matériel et passif représenté par le peuple. Moïse, rejetant ce principe de dualité ou dualisme*, ne vit dans l'univers qu'une seule nature, une seule personne, à la fois active et passive, qui est Jéhovah; nom sacré pour les Hébreux, qui signifie Y être, l'existence générale, l'unité universelle, comme on le verra mieux dans celui de mes livres intitulé Théologie rationnelle. Dès lors la société dont il allait être le législateur se présenta à son esprit comme devant former une personne unique, un seul et même peuple qui recut le nom d'JsRAEL; c'est-à-dire, celui qui prune sur les forts; celui en qui réside la suprême puissance *.

* Je suis loin de prétendre que les Egyptiens n'aient pas envisagé les choses sous des points de vue très-différens ; mais je m'ar

Tel est le nœud qui existe entre sa politique et sa théologie : tel est le magnifique pi'incipe de I'unité qui diffère en toute chose de cette autre unité , en vertu de laquelle des politiques modernes livreraient des masses d'hommes au caprice d'un seul. Il se confond dans la pratique avec le principe de l'utilité générale; son développement naturel produit toute la loi : enfin il est le but définitif de cette loi, en même temps que son point de départ; « attendu, comme le disait Socrate, que le plus grand bien qui puisse arriver à un Etat, c'est l'unité parfaite 4. »

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Ainsi, point d'équivoque : pour Moïse, l'Etat, c'est Israël, c'est le peuple; bien différent en cela de l'illustre monarque qui disait : l'Etat, c'est moi! Le peuple est la combinaison d'un certain nombre d'individus formant un ensemble parfait, un être vivant et heureux. Les règles nécessaires pour obtenir ce résultat ont de tout temps été gravées dans la nature des choses. Mais les unes s'établissent par le développement physique de l'homme, les autres sont dévoilées d'avance aux intelligences supérieures, qui, réagissant sur toute l'espèce, précipitent sa marche et l'accomplissement de ses destinées.

Et voyez aussitôt la force que ce principe porte en lui-même. Les Egyptiens, ayant fait plusieurs peuples distincts dans un seul Etat, tombèrent presque sans résistance. Les âges modernes constituèrent aussi dans une même société , trois sociétés distinctes, sacerdoce, noblesse, peuple. Qu'en est-il résulté? une lutte entre les deux premières, jusqu'à l'heure où la troisième, les absorbant l'une etl'autre, aramené sans retour au principe de Moïse, à l'unité de la personne publique. Aussi M. deBonald a-t-il

rencontré la vérité, quand il a dit que les sectes qui veulent changer l'ordre des sociétés existantes et ramener à la religion naturelle, repassaient par le judaïsme 5.

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