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esj la nature de notre entendement, que dans ses créations les plus sublimes, il ne fait encore qu'imiter.

L'univers visible dont l'ordonnance est si régulière s'offrit auxplus ancienssages de l'Inde, de l'Egypte et peut-être de l'Ethiopie, comme le véritable modèle à étudier pour former le monde social : aussi la cosmogonie fut-elle toujours une partie fondamentale de leurs systèmes de lois: aussi dans l'exaltation primitive de leurs idées, et quelles que soient les erreurs où ils tombèrent, est-ce de bonne foi qu'ils se crurent d'une nature supérieure à la foule qui les entourait; et qu'ils furent conduits par les inductions les plus spécieuses, à imaginer une relation directe entre leur propre intelligence et l'intelligence une ou multiple à laquelle cette ordonnance était due.

Moïse les suivit, doué d'une capacité beaucoup plus haute. Le Monde, dit Philon le juif*, lui apparut comme une cité immense ' ; et dans l'explication de cette prière à l'Eternel : Fais passer tout ce qu'il y a de bon sous mes jeux ; fais-toi connaître à moi; montre-moi tes sentiers, le savant docteur que j'ai déjà cité, Maimonide, justement surnommé l'Aigle de la Synagogue *, s'exprime en ces termes : « Tout cela signifie que Moïse demanda à voir avec les yeux de l'esprit, tous les êtres créés, afin de juger leur nature, leur assemblage et leur union réciproque; afin d'apprécier la raison de leur ordre, soit en général soit en particulier ** car ayant à régir et à constituer un peuple, il voulait suivre le mode d'après lequel les choses sont régies et constituéesJ. L'antiquité elle-même s'était formé cette opinion sur son compte. Au dire de Lucien, Lycurgue aurait emprunté du ciel tout le plan d'administration et de distribution qu'il appliqua à sa République, et suivant Diodore, cité par Photius, Moïse aurait calqué sa ville ou son petit Etat sur le Monde 3.

* Philon le juif, né dans le premier siècle de l'ère vulgaire, estl'un des hommes les plus remarquables qu'ait produits l'école d'Alexandrie. Il combina dans ses écrits la doctrine de Moïse avec celle de Platon et avec les doctrines orientales; c'est pourquoi on l'appelait Philon platonisé, ou Platon philonisé. On lui doit les plus importantes notions sur l'école philosophique qui précéda le christianisme.

* Moïse Maimonide, ou fils de Maimon, médecin du Soudan .d'Egypte, et le plus savant des docteurs hébreux, naquit à Cordoue en Espagne, vers l'an ii3g, époque où les Juifs se livraient avec beaucoup d'ardeur aux sciences et aux lettres. Si l'on considère son siècle et sa position, auxquels il fut forcé, comme il nous l'apprend lui-même, de conformer ses travaux et son langage, on le reconnaîtra pour l'un des esprits les plus étendus et les plus philosophiques qui aient existé. Je le citerai d'autant plus souvent que dans son ladchazaka, main forte,ou abrégé du Talmud; dans son Moreneboukim, ou Guide des incertains, et dans ses préfaces, il a réuni les opinions les plus importantes des anciens docteurs. Il mourut, dit-on, l'an i209. Ses écrits, après avoir occasionné quarante ans de disputedans les synagogues, l'emportèrent complètement. Ce fut un pas immense chez les Hébreux vers les idées saines, un retour précieux vers le mosaïsme primitif. Mais les siècles n'étaient pas mûrs pour la reformation qu'il avait projetée. Ses disciples, dans leur enthousiasme, ont dit de lui : que depuis Moïse le prophète jusqu'à Moïse Maimonide il ne s'est pas élevé d'homme plus admirable que ce dernier Moïse.

** L'aigle de Meaux se rencontre avec l'aigle de la synagogue, quand il dit : « Pour bien penser, l'homme doit rendre sa pensée conforme aux choses qui sont hors de lui..... Alors il entend la vérité et quand il entend la vérité qu'il était capable d'entendre, que lui arrive-t-il? sinon d'être actuellement conforme à Dieu et rendu conforme à lui. (Connaissance de Dieu et de soimême, ch. iv, § 8.)

Mais après avoir découvert l'analogie qui existe entre l'ordre du monde et l'ordre social, il fallait déterminer sa nature et transporter dans la constitution publique le plus grand principe de la constitution de l'univers.

Les prêtres égyptiens avaient regardé l'universalité des choses, comme composée de deux natures, ou de deux êtres absolument distincts; l'un intellectuel et actif, l'autre matériel et passif: ils admirent deux natures ou deux êtres absolument distincts dans la société : un être intellectuel et actif représenté par l'aristocratie sacerdotale qui tint long-temps les rois et les guerriers dans sa dépendance immédiate; un être matériel et passif représenté par le peuple. Moïse, rejetant ce principe de dualité ou dualisme*, ne vit dans l'univers qu'une seule nature, une seule personne, à la fois active et passive, qui est Jéhovah; nom sacré pour les Hébreux, qui signifie Y être, l'existence générale, l'unité universelle, comme on le verra mieux dans celui de mes livres intitulé Théologie rationnelle. Dès lors la société dont il allait être le législateur se présenta à son esprit comme devant former une personne unique, un seul et même peuple qui reçut le nom d'IsRAEL; c'est-à-dire, celui qui prime sur les forts; celui en qui réside la suprême puissance *.

* Je suis loin de prétendre que les Égyptiens n'aient pas envisagé les choses sous des points de vue très-différens ; mais je m'arrête à l'idée dominante de leur système, à celle dont les principaux faits politiques sont l'expression.

Tel est le nœud qui existe entre sa politique et sa théologie : tel est le magnifique principe de I'unité qui diffère en toute chose de cette autre unité , en vertu de laquelle des politiques modernes livreraient des masses d'hommes au caprice d'un seul. Il se confond dans la pratique avec le principe de l'utilité générale; son développement naturel produit toute la loi : enfin il est le but définitif de cette loi, en même temps que son point de départ; « attendu, comme le disait Socrate, que le plus grand bien qui puisse arriver à un Etat, c'est l'unité parfaite 4. »

* Philon fait dériver le mot Israël des racines raa, cl, voyant Dieu, c'est-à-dire, comme Maimonide et Bossuet l'ont déjà expliqué, voyant les choses selon la vérité elle-même. Mais l'origine donnée à ce nom par la Genèse, la lutte symbolique de Jacob, dans laquelle il triomphe non-seulement des hommes mais des puissances supérieures, ne permettent pas d'adopter cette interprétation. Il se compose plutôt des mots iachar et el, juste et fort, ou mieux, de la racine Sarah, il a obtenu la principauté, la souveraineté, et de èl, le dieu fort, et il signifie celui qui a obtenu la souveraineté de Dieu même. {Pojr. les Leiciq. ffebr. sur ces mots.)

Ainsi, point d'équivoque : pourMoïse, l'Etat, c'est Israël, c'est le peuple; bien diffèrent en cela de l'illustre monarque qui disait : VEtat, c'est mail Le peuple est la combinaison d'un certain nombre d'individus formant un ensemble parfait, un être vivant et heureux. Les règles nécessaires pour obtenir ce résultat ont de tout temps été gravées dans la nature des choses. Mais les unes s'établissent par le développement physique de l'homme, les autres sont dévoilées d'avance aux intelligences supérieures, qui, réagissant sur toute l'espèce, précipitent sa marche et l'accomplissement de ses destinées.

Et voyez aussitôt la force que ce principe porte en lui-même. Les Egyptiens, ayant fait plusieurs peuples distincts dans un seul Etat, tombèrent presque sans résistance. Les âges modernes constituèrent aussi dans une même société, trois sociétés distinctes, sacerdoce, noblesse, peuple. Qu'en est-il résulté? une lutte entre les deux premières, jusqu'à l'heure où la troisième, les absorbant l'une et l'autre, a ramené sans retour au principe de Moïse, à l'unité de la personne publique. Aussi M. deBonald a-t-il

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