Oldalképek
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rience.. On sait avec quel art ils fécondèrent comme les Chinois leurs collines, en les coupant en étages, et en transportant des couches fertiles dans les terrains trop ingrats. La charrue traînée par des bœufs, le hoyau, la coignée, la fourche, la herse, les serpes, sont les principaux instrumens aratoires4'. Isaie indique avec quel soin on préparait les terres et on y jetait alternativement des semences diverses. Le laboureur ne labourera-t-il pas toujours afin de semer? n'ouvrira-t-il pas sa terre? ne casserat-il pas les mottes? Quand il en aura aplani la surface, n'y répandra-t-il pas l'aneth et le cumin? ne mettra-t-ilpas le blé en première ligne, l'orge choisie et l'épeautre dans leurs limites *? car il a reçu de son Dieu le discernement qui l'éclaire sur cela *2. .

Toutes les figures employées par les prophètes attestent le zèle des Hébreux à préparer la terre, à enlever les pierres, les mauvaises herbes, à entourer les champs et les vignes de

• L'aneth et le cumin sont des plantes ombellifères; leur semence est stomachique. On en mêlait dans le pain pour lui donner de la saveur. Je serais porté à croire qu'elles étaient jetées pour fournir un engrais. Ce passage a été diversement interprété: « N'y mettrait-il pas le froment au meilleur endroit, ou, selon une proportion convenable..., n'y mettra-t-il pas du blé, de l'orge, du millet, de la vesce, chacun en sa place et en son rang? » Mais toutes ces interprétations s'accordent pour exprimer les grands soins et le discernement exigés de l'agriculteur.

haies et de petites murailles43. Pour engrais ils se servaient des excrémens de l'homme et des animaux *, de la paille soumise à la putréfaction; le parcage leur était familier44. L'obligation imposée aux fermiers par les docteurs de ne pas changer sans la volonté du maître le genre de récolte convenu, et de se conformer à l'usage des provinces45, prouve avec le passage cité d'Isaïe qu'ils variaient les semences et qu'ils avaient des méthodes de culture différentes.

On a vu que leurs principales céréales étaient le froment, l'orge, l'épeautre. Les semailles se faisaient après l'équinoxe d'automne, quand la seconde pluie, qu'on appelait ainsi par opposition aux premières pluies de printemps, avait pénétré la terre. Moïse recommande de ne pas jeter des grains dans les vignes; de ne pas semer à la fois diverses sortes de grains dans le même champ : et cela non seulement pour obliger le cultivateur à trier avec grand soin sa semence, mais afin d'arrêter toutes les idées superstitieuses qu'on ajoutait alors à ces mélanges. « Il faut se représenter toutes les coutumes ridicules, impudiques, funestes, qui étaient en usage dans ces temps là, dit Maimonide, pour comprendre l'utilité de ces préceptes46. »

* Il est parlé, dans les Géoponiques, dit l'auteur d'un ouvrage sur l'Economie rurale des Arabes et des Juifs, de l'emploi des matières fécales comme d'un engrais usité chez les Arabes : il| ne peut être question que de ceux qui habitaient sur les confins de la Judée: mais ce qu'il y a de remarquable dans le procédé qu'on leur attribue, c'est qu'il était le même qui a été imaginé, depuis une trentaine d'années, pour en faciliter le commerce sous le nom dcpoudrelle (Reynier, pag. 4°9)

Vers les premiers jours de printemps, lesmoissonneurs suivis des glaneuses coupaient l'orge, ensuite le blé, et faisaient des javelles qu'ils mettaient en gerbes dans l'aire. Ils usaient pour se rafraîchir d'un petit vin ou piquette. Le grain était séparé de la paille par quatre procédés différens : de longues verges ou des bâtons; les pieds des animaux; un rouleau hérissé de fer et de pierres et traîné par les bœufs; enfin les roues d'un chariot approprié à cet usage, qui brisaient la paille afin qu'elle pût être donnée en nourriture aux bestiaux47. Un vent léger le nettoyait, un crible finissait de l'épurer, et on le transportait dans des greniers étayés de la manière la plus solide.

Mais quelle peinture plus fidèle de tous ces travaux que celle que nous offre le charmant épisode de Ruth!

Du temps que les juges jugeaient, une disette causée par la guerre se fit sentir en Juda. Un homme de Bethléem alla s'établir dans le pays de Moab avec sa femme et ses deux fils. Il y mourut, et ses enfans épousèrent deux sœurs moabites. Elles devinrent veuves. Leur bellemère songea à retourner dans sa patrie; Orpha et Ruth voulurent la suivre : «Non, mes filles, leur dit Nahomi, vous avez assez fait pour mes enfans et pour moi; ma fortune s'est évanouie; vous chargerai-je encore de toutes mes douleurs? Que l'Eternel m'acquitte envers vous!» Mais Ruth insista : « Je ne resterai point; ton peuple sera mon peuple, ton dieu sera mon dieu; où tu mourras je serai ensevelie; la mort seule peut nous séparer. »

Nahomi avait du côté de son mari un parent nommé Booz, homme fort et vaillant. Pour nourrir sa belle-mère, Ruth alla glaner. La loi hébraïque avait beaucoup étendu en faveur du pauvre, de l'étranger, de l'orphelin et de la veuve, ce droit de glanage et quelques autres droits que je rappellerai en parlant de ses préceptes de bienfaisance; ce fut peut-être un tort de sa part d'imposer ces obligations gênantes à la propriété; mais le motif qui l'inspira doit lui servir d'excuse. Sans le savoir, Ruth était entrée dans un champ de Booz lui-même qui arriva bientôt après, et qui salua les moissonneurs en ces termes : « Que l'Eternel soit avec vous! » A quoi ils répondirent : « Que l'Eternel aussi te bénisse ! » En même temps il s'informa du chef de la bande qui était cette étrangère. « Ecoute, mon enfant, ne va pas glaner en d'autres lieux; ne quitte pas mes jeunes filles; suis sans crainte les moissonneurs, j'ai recommandé qu'on ne se permît rien contre toi. Quand tu auras soif, tu iras là où sont les vases et tu prendras ta part de ce que les garçons auront puisé. J'ai appris tout ce que tu fais pour ta belle-mère, depuis la mort de ton mari; tu as abandonné le pays de ta naissance et as consenti à habiter chez un peuple qui n'était pas connu de toi. Que l'Eternel, le Dieu d'Israël te récompense lui-même, puisque tu es venu te réfugier sous ses ailes. »

A l'heure du repas il la fit approcher; elle s'assit à côté des moissonneurs, elle trempa du pain dans la piquette, elle mangea des grains rôtis et serra une partie de ce qu'on lui avait donné. Lorsqu'elle se fut levée pour retourner au travail, Booz commanda qu'on ne l'empêchât pas de glaner, même au milieu des javelles, et qu'on laissât tomber comme par mégarde des poignées d'épis. Le soir elle battit le produit de la journée; et elle porta une mesure d'orge à Nahomi avec les grains qu'elle avait réservés. Booz était le second parent qui eût droit de retrait-lignager sur les biens de son mari défunt, c'est-à-dire, comme on l'a déjà vu, le droit

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