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Sans renoncer aux objections de détail sur les avantages pratiques des mesures qu'il adopta, on est forcé de reconnaître au premier abord que, pour composer ou pour coordonner le Pentateuque, il fallait un homme ou des hommes doués des facultés les plus hautes, surtout quand on considère le temps où ils écrivirent. Or il est impossible que ces hommes, qui prenaient pour base le droit du peuple; qui mettaient au-dessus de tout l'intelligence; qui présentaient enfin comme but essentiel de toutes les pensées humaines, la prolongation de la vie, l'accroissement de la population, l'abondance et la satisfaction de tous les besoins et sentimens naturels; il est impossible , dis-je, que ces hommes, en marchant de leur principe à leur but, n'aient pas rencontré les vérités les plus utiles, n'aient pas obtenu des résultats positifs. « L'utilité, dit Maimonide, a dicté le moindre précepte de la loi, et les personnes qui n'ont pas aperçu cela doivent surtout s'en prendre à elles-mêmes 3. » Supposons, pour un moment, que le législateur d'Israël apparût soudain au milieu de nous; il aurait le droit de dire : « Enfin ma parole s'est réalisée; ce que vous vous glorifiez d'exécuter aujourd'hui, je l'ai fait, autant qu'il dépendait de moi : j'ai brisé les portes de la Maison de servitude; j'ai substitué à des castes, une nation; à des réglemens imposés, une loi égale pour tous et universellement adoptée; j'ai préféré lapaix à la guerre, les choses utiles, aux vanités; j'ai ambitionné pour tous les citoyens la part la plus égale possible des travaux et des jouissances de la vie; pour tout le pays d'Israël, des terres bien cultivées, de bonnes habitations, de riches troupeaux , une population saine , nombreuse, et contente. Il est faux que j'aie proscrit toute industrie; il est faux que j'aie eu en horreur, à l'exemple de l'Egypte, les nations étrangères: hors les violences dans lesquelles m'entraînèrent la nécessité des circonstances et la nature des temps, il n'existe au monde aucun législateur qui ait montré à l'étranger autant de justice, autant de tendresse que moi. Ce n'est pas tout: j'ai rêvé l'égalité intellectuelle , et, loin d'être jaloux de la supériorité que Dieu et mes travaux m'avaient donnée, j'ai nourri dans mon cœur l'espoir que toutes les lumières que j'avais seraient communes un jour aux moindres citoyens. Marchez donc, marchez sans crainte dans la doctrine du Jéhovah, à laquelle vous êtes revenus après tant de siècles, et la prospérité qui s'échappera pour vous de sa main puissante, sera bien supérieure encore à celle où vous prétendez. »

Dans le langage ordinaire , on donne le nom de richesses à une certaine quantité d'objets, quels qu'ils soient, dont la réalisation en argent monnoyé produirait une somme plus ou moins grande. Dans un langage plus élevé, ce mot s'applique aux facultés comme aux choses. Sans métaphore, un Etat est riche de l'énergie, de l'industrie et de l'union des hommes qui l'habitent , autant que par son sol et par ses métaux: tel homme possède dans ses talens une richesse non moins positive que celle de tel autre qui consiste en billets.

D'un autre côté, les objets matériels qui peuvent être transformés en argent monnoyé , existent dans deux états différens : l'état brut ou imparfait dans lequel ils ne sont d'aucune utilité directe à l'homme, et l'état parfait qui les rend susceptibles d'être immédiatement consommés *.

La richesse, proprement dite, s'offre donc sous trois formes générales inextricablement liées : l'une est le fonds de terre et toutes les matières premières : l'autre est l'activité inhé * Il faut distinguer la consommation des choses, de leur emploi. La chose consommée perd de sa valeur, la chose employée gagne. Un ébéniste consomme ses outils et emploie le bois de ses meubles, un peintre consomme ses pinceaux, emploie ses couleurs et sa toile; un barbouilleur consomme sa toile, ses couleurs et ses pinccaii.v.

rente à l'homme; cette activité qui comprend les forces physiques qu'il tire de lui-même et celles que son intelligence sait mettre en mouvement : la troisième est la forme définitive ou le produit, c'est-à-dire tout ce qui sert d'une manière directe à nos consommations personnelles. Ces trois formes des richesses doivent se trouver réunies pour constituer la richesse absolue; leur développement ou leur détérioration marchent d'un pas égal : ainsi les produits se multiplient et se bonifient d'autantplus qu'on travaille sur un fonds meilleur, sur des matières plus exquises, et qu'on déploie plus d'activité ; ces produits vont en sens inverse , quand l'activité de l'homme et la valeur ou la quantité du fonds et des matières décroissent.

Pour qualifier d'un seul trait la situation financière des individus et des peuples, on pourrait donc appeler vrai riche celui qui possède une quantité de fonds ou de matières proportionnée à son activité, de sorte que ses produits compensent et surpassent ses besoins; appeler faux riche celui qui, possédant un fonds ou des matières premières, obtient avec eux des produits qu'il consomme sans rien produire lui-même; malheureux celui qui; ayant de l'activité , n'a ni fonds ni matières pour produire ; enfin misérable celui qui n'a ni fonds ni activité.

Mais puisque le produit, ou la forme des richesses, qui se consomme immédiatement pour la satisfaction de nos besoins, de nos désirs ou de nos caprices, est le résultat du travail de l'homme sur une matière quelconque, ne faudrat-ilpas, pour obtenir cette richesse définitive , cette richesse de consommation, qu'il vive dans un état social où son activité se développe sans obstacle, qu'il jouisse d'une entière liberté \ laquelle, comme le dit Montesquieu, et comme l'a prouvé l'expérience, procure plus de moyens pour satisfaire les besoins que la nature donne 4?

Bien plus; comme la terre est la source première des productions les plus nécessaires à la vie et de la plupart des matières sur lesquelles s'exerce l'activité humaine, n'accordera-t-on pas le plus grand honneur à l'agriculture, dont les efforts fournissent un aliment perpétuel à l'industrie et au commerce? Le peuple qui agirait autrement, qui oublierait ce qu'il doit à la mère commune, deviendrait tributaire pour ses besoins essentiels, d'autres peuples qu'il rendrait tributaires à leur tour, mais pour des besoins de second ordre. Dans cette catégorie, lorsque des circonstances naturelles rompraient les communications pour un temps plus ou moins prolongé ,

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