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faculté de parler au nom de Jéhovah appartenait-elle à la classe sacerdotale, ou à une caste quelconque privilégiée par la constitution de l'Etat? voilà à quoi il faut répondre. S'il en était ainsi, sans doute on devrait appeler théocratique le gouvernement de Moïse : mais si tous les citoyens sans distinction ont le droit, en se conformant à la loi, de proclamer la parole de Dieu, dès qu'ils se sentent capables de la comprendre; mais si cette parole appartenait à la nation tout entière et était l'expression de ses besoins positifs; si le prophète ne dépendait ni du sacerdote ni de qui que ce soit, mais de sa conscience seule et de la loi, il n'existe absolument aucune différence entre cet état et la république : tout roule sur quelques locutions plusgou moins métaphysiques adaptées au génie particulier de la constitution des Hébreux. •

Mais les prophètes, dira-t-on, n'avaient-ils pas un privilége réel, puisqu'ils faisaient des miracles? à cela deux réponses, l'une pour ceux qui croient aux miracles, et l'autre pour les incrédules. Le don des miracles est aux yeux des premiers une faculté particulière du temps : la liberté consiste à développer toutes les facultés qui ne nuisent en rien à l'état social : or tout homme en Israël qui voulait recourir à des miracles dans l'intérêt de la constitution publique, n'avait besoin de l'autorisation de personne; tout homme au contraire qui faisait des miracles dans des vues subversives de la constitution, était arrêté et puni.

Ce privilége rentre donc en entier dans les priviléges naturels, et il conduit à cette conséquence : que dans les siècles modernes oà la faculté desmiracles a vieilli, et où, pouratteindre le but que se proposaient les vrais prophètes, c'est-à-dire le bien-être positif des nations, Dieu se borne à accorder à certains hommes de hautes facultés intellectuelles, il faut que ceux qui en sont pourvus, dans quelque classe qu'ils se trouvent, puissent les utiliser librement.

Aux yeux des seconds, puisque les prestiges servaient alors de moyen pour agir sur l'esprit des hommes, n'était-il pas naturel que* les citoyens qui se croyaient appelés à parler au peuple fussent capables de les produire, quoique la loi ne l'exige point.

Que ce prétendu privilége fut une faculté supérieure ou un moyen politique, dès qu'il pouvait retomber sur tous sans distinction, ou qu'il était dans les mains de tous, l'égalité républicaine restait parfaite.

On concevra donc maintenant toute la force de ces expressions du Pentateuque : « Conservez soigneusement vos lois; elles seront la preuve de votre sagesse et de votre intelligence aux yeux des nations; car quelle est la nation, quelque grande qu'elle soit, qui ait ses dieux aussi près d'elle que vous avez l'Eternel votre Dieu ""! Aucune entrave ne vous est imposée; aucun intermédiaire ne s'élève comme un mur entre vous et lui; vos lois vous sont représentées chaque jour, et c'est pour chacun de vous un devoir de rechercher ce Dieu et de répéter sa parole, dès que vous l'aurez comprise; car l'effet de cette parole sera votre indépendance nationale, la paix, votre félicité. » Les livres sacies prouvent que le nomhre des prophètes dont les écrits se sont perdus *, ou dont les discours n'ont jamais été écrits, est des plus considérables : chaque ville avait les siens. Ils suivaient d'abord quelque prophète en réputation, et les séances du conseil; même ils formaient des espèces de colléges, dans lesquels on s'efforçait, dès les premiers siècles, d'exciter par la musique des cerveaux encore inertes, et où on les initiait à toutes les connaissances de l'époque et à l'esprit des lois. Elisée, qui de l'avis des docteurs a présidé le grand-conseil, parlait à cent disciples: de là , le nom de disciples ou enfans des prophètes. Ils rentraient ensuite dans le sein de la cité qu'ils avaientchoisie, etlà, ils haranguaient le peuple, et contre-balancaient l'influence des sacerdotes, des magistrats, du sénat même qui ne manquait jamais dans les occasions importantes de réclamer l'avis d'un des orateurs les plus renommésIo3.

* De ce nombre sont Gad, Nathan, sous le règne de David; Hiddo, Ahija, etc. , sous Salomon; Semeïas, Hanani, Azarias Jehu fils d'Hanani, qui avaient c. rit des livres, des chroniques et mémoires. (II. Chroniq. ix, agj xn , i5, etc. )

Mais on juge d'avance que parmi tous ces prêcheurs populaires il n'y eut qu'une faible minorité généreusement inspirée; la foule parla sans discernement, sans raison, sans enthousiasme , et, sacrifiant la voix de Dieu ou les intérêts du peuple à ses intérêts propres, vendit avec ignominie et sa conscience et ses discours. « Vos prophètes vous ont perdus, s'écriait Jérémie dans son affliction : ils vous ont, amusés par des choses frivoles et vaines, ils n'ont parlé que pour de l'argent, et n'ont pas mis le doigt sur votre iniquité, afin de détourner les malheurs Io4. »

« C'est dans les assemblées publiques , aux jours du sabbath, aux premiers jours du mois lunaire et dans les convocations solennelles que les prophètes, dit Galmet, haranguaient le peuple et reprenaient les désordres et les divers abus qui se glissaient dans la nation 105. » Mais Ezéchiel signale d'une manière autrement élé— gante et poétique leurs devoirs. Alors la parole de l'Eternel me fut adressée : « Quand l'ennemi s'avance vers un pays où le peuple a établi un des siens en sentinelle ; si cette sentinelle sonne du cor, et si le peuple, quoiqu'il ait bien entendu, ne se défend point, son sang retombe sur lui seul; mais si la sentinelle ne sonne pas du cor et laisse surprendre le peuple, je lui demande compte à elle-même du sang versé. Je t'ai établi, ô prophète , pour sentinelle d'Israël; tu écouteras ma parole et tu les harangueras de ma part : alors tes devoirs seront remplis; mais si tu gardes le silence et qu'ils périssent, à toimême je tiendrai compte de leur malheur1°6. » Ainsi, quelle nouvelle différence entre Israël et l'Egypte ! Chez celle-ci la masse des citoyens n'oserait, sans encourir les plus terribles peines, prononcer quelques mots des affaires de l'Etat: c'est Harpocrate ayant le doigt sur la bouche; c'est le silence qui est Dieu: en Israël, c'est la parole. Qu'importent certains abus! mieux vaut laisser leur libre cours à des torrens de paroles vaines, qu'en arrêter une seule qui viendrait de par l'Eternel *.

* Lorsqu'un prétendu prophète ■ nommé Semaïa, proposa à un pontife de prendre autorité sur les orateurs que la vue des injustices agitait, de les réprimer, de leur fermer la bouche , Jérémie le traita de misérable et de factieux, et le voua à la vengean.ee céleste. (Jérém. , xxix, 26, 27 , 3a. )

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