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cette faveur, disentCalmet ,Grotius, Basnage, du tempérament, de l'étude, et de diverses causes extérieures. D'après eux, il faut pour former un prophète qu'il ait une imagination vive, un raisonnement solide et éclairé par l'étude, un tempérament assez vigoureux pour soutenir de longues méditations. Il doit cultiver ce tempérament et ces dispositions naturelles par des études sérieuses, vivre dans la pureté, renoncer aux plaisirs excessifs des sens, éviter les émotions fortes et irrégulières de l'âme ".

Mais écoutons à ce sujet le prince des rabbins, lui-même, qui s'exprime tantôt en savant tantôt en moraliste.

« Si chez un homme la substance du cerveau se trouve dans un état convenable de perfection, sous le rapport de la masse, du tempérament, de la proportion et de la disposition; si des circonstances naissant de la manière d'être de tout autre organe, ne détruisent pas ou n'enchaînent pas les effets de cette disposition du cerveau; si cet homme se livre en même temps avec zèle à l'étude des sciences et des lettres, de manière à mettre en acte tout ce qu'il a en puissance; s'il a des mœurs pures, des pensées tendant toujours vers un but louable et grand, nul

doute qu'il ne devienne prophète, qu'il ne saisisse toutes les questions les plus élevées, et qu'il ne s'adonne exclusivement à la recherche de la vérité et de toutes les choses d'une utilité générale 98.

» Sachez, ajoute-t-il, que nul n'est prophète, à moins qu'il ne soit constitué pour toutes les qualités intellectuelles et pour la majeure partie des qualités morales: ainsi, d'après nos Sages, la prophétie n'habite que chez l'homme sage, satisfait de son sort, qui sait vaincre ses passions et soumettre toutes les actions de sa vie aux règles de l'intelligence et de la saine raison. Toutefois on peut encore être prophète sans posséder toutes les qualités morales : Salomon fut prophète malgré son intempérance et son luxe; David fut prophète, quoiqu'on l'ait vu déployer envers plusieurs peuplades une barbarie si grande, que Jéhovah lui commanda de ne point bâtir le temple, parce qu'il avait versé trop de sang 99. »

Le mot prophète obtenait donc la plus vaste extension. En général, il s'appliquait à tous les hommes éclairés; à tous ceux qui, selon l'expression de l'Ecriture, avaient Y œil ouvert; et c'est dans ce sens que Moïse s'écriait: « Plût à Dieu que tout le peuple fût prophète, qu'ils vissent tous les choses qui leur sont utiles pour vivre long-temps et bien sur la terre. » En particulier, il s'appliquait aux soixante-dix anciens d'Israël qui étaient censés pénétrés toujours du même esprit, des mêmes vues que le législateur : il s'appliquait à tous les hommes d'une imagination vive et bouillante, aux musiciens, aux poètes; c'est pourquoi les enfans d'Asaph furent chargés de prophétiser dans le temple au son des instrumens IO° : à tous les hommes qu'une exaltation excessive jetait dans l'espèce de délire * connu et célébré pas tous les peuples anciens : enfin, on a vu qu'Aaron fut appelé le prophète de son frère, pour dire Xinterprète, à cause de l'embarras de la langue, dont Moïse se plaignait. Mais c'est aux orateurs publics que ce nom convenait spécialement; et c'est la nature et les conditions de leur existence politique que je vais examiner.

Tout homme d'un esprit assez élevé, et d'un caractère assez ferme pour défendre le droit public et la loi, peut le faire en Israël; tout homme, quelles que soient sa naissance, sa tribu, sa fortune, peut s'écrier : « Je suis prophète »! représenter au peuple les conséquences de ses démarches, censurer sa conduite, celle des magistrats, des chefs, des sacerdotes, des rois, du sénat, de tous. Orateur populaire dans sont avides et pervers, que vos rois sont infidèles à la loi, les prophètes sages ne prononcent pas ce nom pour abuser leurs auditeurs; ils l'invoquent, parce que le droit public l'exige, parce que cette formule consacre un principe, et signifie : moi simple citoyen, moi votre égal, votre frère, je ne puis rien sur vous; la justice, la raison, l'intérêt d'Israël souffrent de votre conduite et font ma force.

* Ce mot même était pris quelquefois en mauvaise port, comme cela arrive en parlant de l'accès de frénésie de Sauf, où il faisais le prophète. (l. Samuel, Xviii, Io.

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La question de la théocratie se dévoile donc ici tout entière. Peu importent la nature de l'impulsion qui réveillait la pensée dans le cerveau du prophète, et les phénomènes plus ou moins singuliers qu'une tension constante de l'esprit est susceptible de produire * : mais la

* Daniel, qui fut transporté dès sa première jeunesse à Babylone et dans la Perse, et dont la tête n'était pas moins remplie des doctrines mystiques de l'Orient que de la philosophie de Moïse, nous retrace avec une exactitude remarquable les effets physiologiques qui accompagnaient ses visions. « Les pensées de mon esprit m'agitaient, je tombais en défaillance;... mon extérieur était tout changé, mes jointures semblaient relâchées; je me sentais sans vigueur; le sommeil m'accablait. Après cela, moi Daniel, je fus ou défait et malade pendant quelques jours, puis je me levai et je recommençai à travailler aux affaires du Roi » (vu, i5, 28; vin , 18, 27 ; x, 8, 16.). Des onze degrés que Maimonide indique dans la prophétie, le premier et le second sont pour la grandeur d'âme et le génie; tous les autres ne forment que des variétés de l'exaltation de la faculté Imaginative, qui, sans un état maladif appréciable, et sans faire sortir l'individu d'un cercle raisonnable d'idées, pouvait créer dans son esprit une foule d'objets et de combinaisons d'objets différens ( More Neboukim , pars H „ . cap. xiiv.)

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