Oldalképek
PDF
ePub

Nulle autre nation n'offre l'exemple d'un pacte si savant et si sublime. Il est la cause essentielle de la force de cohésion qu'a développée l'association des Hébreux : ilinspira à desprophètes pleins de génie, cette pensée : que tant que les règlemens du Monde dureraient, Israël et sa loi ne passeraient point48. Enfin, sa seule imperfection fut de ne pas embrasser l'humanité tout entière.

Quant à l'action exercée sur tous les membres du corps public par la parole de vérité transformée en loi, elle constitue la Souveraineté Politique. Il ne peut en exister d'autre : d'où l'apophthegme : Lex major omnibus, la loi est supérieure à qui que ce soit 49. D'elle seule émane tout acte vraiment légitime; car ce mot légitimité, d'après sa composition même , suppose une loi antérieure formée régulièrement. « La liberté des Hébreux, dit un des auteurs religieux déjà cités, dont l'assemblée constituante n'a fait que répéter les propres paroles *, consistait àfaire tout ce que la loi ne défend pas, à n'être obligé à faire que ce qu'elle commande, sans être sujet à la volonté d'aucun homme en particulier5°. » C'est pourquoi, lorsque les ordres d'un chef quelconque se trouvaient en concur* Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché; et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas. (Declaration des Droits, art. v.)

rence, sans être en opposition avec les ordres de la loi, il fallait négliger ceux-là pour ceux-ci, attendu, disaient les anciens, que le commandement du serviteur doit passer après celui du maître : il n'est pas besoin d'observer qu'il ne faut pas obéir quand l'ordre est contraire à la loi : Dicere nil opus est si quid contra legem decerneret; prorsus enim non paretur 5l. « A qui s'adressaient surtout les discours et les censures des prophètes? s'écrie don Calmet, à ces Israélites faibles et relâchés, à ces Israélites mitoyens qui, n'ayant pas assez de résolution pour résister aux ordres et à l'autorité du roi, conservaient d'ailleurs un fond de crainte de Dieu et de respect pour ses lois 52. »

Enfin, la pompe religieuse environnera cette loi même : elle sera invoquée chaque jourcomme le plus excellent protecteur, le plus fidèle souverain; et la formule politique et sacrée de l'Etat, à laquelle nous sommes arrivés par une méthode presque mathématique, sera à jamais : Jéhovah, Israël, Tora; Dieu, la nation, la loi.

La théorie précédente mérite que le lecteur y réfléchisse. Elle montre dans la science politique l'unité nationale pour base, l'égalité politique pour moyen, la liberté pour but; et une espèce de trinité de principes, sous ce rapport, que l'unité est toute dans l'égalité , l'égalité dans la liberté, et réciproquement. Or ces principes, dans l'art politique, changent de nom sans changer de nature; l'unité devient l'utilité publique; la volonté générale forme le moyen: enfin le bonheur commun, sans aucune exception , est la dernière pensée de tout homme d'Etat doué d'une grande âme.

[ocr errors]
[merged small][merged small][ocr errors]

Dans le désert, la privation des choses les plus utiles à la vie, les illusions déçues, les ambitions particulières auraient bientôt armé les Hébreux les uns contre les autres et occasionné leur entière destruction, si Moïse n'eût développé toute l'énergie de sa volonté, s'il n'eût introduit dans son camp militaire une discipline que la nature des temps rendit souvent impitoyable, s'il n'eût eu recours enfin à tous les moyens susceptibles de frapper les imaginations et de soutenir la confiance. Déjà toute cette armée avait provisoirement reçu une organisation générale qui en rendait les mouvemens plus faciles, et dont je parlerai dans la suite.

Dès qu'il eut proclamé le Décalogue et fait sanctionner par le peuple un certain nombre de lois, dans lequel est celle-ci : « L'homme qui sacrifiera désormais aux idoles sera puni de mort ', » le législateur remonta sur le Sinaï pour écrire les dix préceptes dans le lieu même où ils avaient été dictés, et pour les revêtir du plus imposant caractère. Quarante jours s'étajenj «coulés, lorsqu'une partie des Hébreux, déjà fatiguée des rudes épreuves auxquelles elle se voyait soumise, fit entendre à Aaron ces paroles, qui dénotent l'état des esprits et le genre d'action que leur chef était forcé d'exercer sur eux : « Lève-toi et fais-nous des dieux qui marchent à notre tête; car nous ignorons ce qu'est devenu Moïse, l'homme qui nous a retirés du pays d'Egypte2.» Aaron ne put leur résister. Mais que d'objections n'a-t-on pas élevées au sujet de ce veau d'or, dont les dimensions ne sont pas précisées par le texte, et avec lequel la sédition fut apaisée *! Cependant tous

* Otez les anneaux d'or qui sont aux oreilles de vos femmes; de

vos fils et de vos filles, leur dit Aaron , et apportez-les-moi Et il travailla cet or avec un instrument, ou bien il prépara pour cet or un moule, et il en fit un veau de fonte ( Exoil. xxxir, a. ), sur

« ElőzőTovább »