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objets à portée de son bras; subir l'épreuve de tous les sentimens possibles; se mettre par la pensée en rapport avec tout ce qui existe. De là les chocs qu'il a soufferts', les illusions, les déceptions, les erreurs qui ne lui ont pas été épargnées. « Soumets la terre, lui avait dit l'Eternel, et domine sur elle, mais à la sueur de ton front. »

Bien plus, une véritable solidarité lie toute l'espèce. Un homme, une famille, un peuple ne peuvent être long-temps heureux, au milieu des pénibles agitations des autres : c'est pourquoi les plus grands efforts de civilisation sur un point donné ont toujours rencontré des obstacles invincibles; c'est pourquoi l'on a dit que les Etats parvenus à une certaine hauteur, passaient nécessairement à la décadence. Mais cette décadence partielle n'a jamais été un mal. Les fragmens d'une grandeur brisée sont devenus autant de germes qui, en se répandant au loin, ont produit des grandeurs nouvelles : et l'aspect des ruines, loin d'affliger profondément le cœur, doit au contraire inspirer cette pensée consolante, que l'homme, quand il a renversé ses propres œuvres, était comme poussé parle secret instinct qu'il avait de mieux faire.

L'état des peuples chasseurs les disposa bientôt à la guerre : aussi regardons-nous comme une sage idée, celle qui nous a présenté dans les premiers conquérans de l'Assyrie, de puissans chasseurs sur la terre. Les loisirs des pasteurs dirigèrent leurs âmes vers l'observation ide la nature et la contemplation. C'est dans certains coins de l'Arabie, dans la Chaldée et dans l'Ethiopie, dont le rôle paraît avoir été des plus importans, que cette impulsion fut donnée aux facultés humaines. Elle s'était déjà manifestée sur les rives du Gange, avec les. modifications produites par un climat plus relâchant et plus voluptueux; avec toutes les différences qui existent entre la vivacité de l'Arabe et la mollesse de l'Indien. Enfin, dans les pays agricoles, l'intelligence humaine se tourna • principalement vers les choses utiles. La pré- , voyance des saisons, les travaux réclamés par le sol, la nécessité de s'opposer aux ravages des eaux et de porter chez les uns le superflu des denrées des autres, conduisirent, dans l'Egypte et à la Chine, aux mêmes résultats. La carrière fut ouverte à l'industrie, aux arts et au commerce. Les Phéniciens franchirent les mers; l'Afrique, l'Europe furent visitées; le golfe Persique, la mer des Indes établirent des relations entre tous les peuples de l'Orient; et bientôt les sages de Memphis connurent nonseulement la richesse des produits de l'Asie

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méridionale, mais la philosophie de ces gymnosophites * indiens, dont ils honorèrent de tout temps le savoir et l'antiquité.

Malgré ce mélange des doctrines, les divers peuples ne cessèrent de recevoir de leur état physique et de leur première impulsion, une empreinte particulière qu'il me suffit d'indiquer, attendu que les faits desquels je dois tirer des conséquences en sont indépendans. Les sages qui s'adonnaient surtout aux spéculations, s'efforcèrent de soumettre la pratique de la vie aux idées avec lesquelles ils croyaient expliquer l'harmonie du Monde, et ils dirigèrent dans cet esprit les institutions sociales : toute leur politique découla de leur théologie. Ceux au con,traire chez qui les soins relatifs aux choses d'utilité physique avaient prévalu, accommodèrent plus directement les croyances, les institutions à ces besoins mêmes, et transformèrent en théologie une partie de leur politique. De là, deux religions principales, ou plutôt deux nuances de religion auxquelles se ralliaient toutes les autres : la religion contemplative de l'Inde et même de l'Ethiopie qui créa des pouvoirs sociaux correspondant aux pouvoirs occultes de

* Le mot gymnosnphites signifie sages nus. On a dit que ce nom leur avait été donné parce qu'ils allaient nus dans les bois : croyons plutôt que ce fut parce qu'ils aspiraient à voir la vérité toute nue.

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et que les hommes plus positifs qui se trompèrent sur les véritables besoins des peuples et de l'humanité, imaginèrent une mythologie incohérente qui donna la plus fâcheuse direction aux esprits.

En même temps les passions individuelles obtinrent une part immense dans ces combinaisons. Les hommes capables de se livrer aux idées spéculatives ou à la recherche des besoins privés et publics sont toujours en petit nombre. Ils se réunirent, ils firent corps, et bientôt songeant plus à leurs intérêts personnels qu'aux intérêts des masses, ils tirèrent des choses extérieures les conséquences les plus favorables à euxmêmes, ils réglèrent leur mythologie selon leurs propres désirs.* Voilà de quelle manière l'Inde et l'Egypte, sans marcher absolument dans le même sentier, atteignirent le même but, qui est le point de fait; savoir : l'établissement des castes privilégiées qui, se croyant d'une nature supérieure, s'approprièrent lespro* Jl est probable que cet ordre de choses fut préparé par l'établissement de quelques tribus victorieuses, au milieu des peuples qu'elles avaient subjugués, comme cela est arrivé dans le premier âge des Etats modernes. Tout porte à croire que les Ethiopiens furent les premiers dominateurs de l'Egypte. L'histoire des hommes offre toujours plusieurs causes qui les poussent vers le même but ou qui les en écartent. Je fais ici ressortir celle qui dépend du développement même de l'intelligence, et qui est la plus importante pour mon sujet.

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