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DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE TOME PREMIER DES LIVRES SACRÉS

DE TOUTES LES RELIGIONS.

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Page 46

151

Le Chou-King ou le livre par excellence.
Le Sse-Chou ou les quatre livres moraux de Confucius et de ses disciples.
Les Lois de Manou, premier législateur de l'Inde.
Le Koran de Mahome

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Imprimerie de L. MOGNE, au Petit-Montrouge.

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Les études orientales commencent, depuis quel- au milieu du développement général de l'humanité; que temps, à inspirer un vif intérêt en Europe. Il monuments qui, comme la colonne de feu de y a là plus que de la curiosité, il y a un senti- Moïse, ont guidé cette humanité dans les divers timent vrai de la nécessité de connaître des popu- chemins de la civilisation. lations qui semblent aujourd'hui être appelées à De tous les problèmes que l'esprit humain s'est prendre une part active au mouvement général de jusqu'ici proposé de résoudre, il n'en est peut-être la vie des peuples, et en même temps de chercher pas de plus important et de plus difficile que celui de nouvelles solutions historiques à des faits mal de l'origine et du développement des sociétés hucondus ou inexpliqués jusqu'ici, en renouant les maines. Si l'on ne veut pas s'en tenir à la solution anneaux perdus de cette grande chaîne de l'huma- religieuse de ce problème, et que l'on cherche à nité qui se caehe dans la nuit des âges et dont satisfaire son esprit par une solution historique, vous ne connaissons bien encore que quelques frag- les grands monuments, qui ont servi de base aux ments détachés.

premières civilisations, doivent être les premiers L'Orient, avec ses immenses souvenirs, qui tou- éléments de cette dernière solution; mais comme chent au berceau du monde, comme lui touche au ces monuments étaient bien loin d'être accessibles berceau du soleil , avec ses mers de sable où sont à tous les esprits réfléchis qui s'occupent de ces couchées des nations, subsiste toujours. Il conserve sortes de problèmes, l'auteur de cette introdueencore vivantes dans son sein la première énigme tion, voué depuis de longues années à l'étude des et les premières traditions du genre humain. langues et des civilisations de l'Orient, avait

Dans l'histoire comme dans la poésie, dans les conçu, dès ses premiers pas dans cette carrière, manifestations religieuses comme dans les spécu- la pensée de faire connaître quelques - uns de lations philosophiques, l'Orient est l'antécédent de ces antiques monuments qui sont encore debout, l'Occident. Nous devons donc chercher à le non pas au milieu des solitudes du désert, comme connaitre pour nous bien connaître nous-mêmes. les pyramides d'Égypte ou les colonnes de Pal

On a compris, depuis quelque temps, que l'his- myre, mais au sein des populations qu'ils domitoire des Grecs et des Romains, ainsi que les notions nent depuis trois à quatre mille ans, et qu'ils qu'ils nous ont laissées sur les antiques civilisa- éclairent de leur sublime et merveilleuse clarté. tions de l'Orient, étaient tout à fait insuffisantes Il disait déjà , en 1831 : « A mesure que les conpour bien apprécier, non-seulement le développe- naissances sur l'Orient se développeront, on verra ment de l'humanité dans tous les lieux et dans tous se révéler comme un monde nouveau, une civililes åges , mais encore celui des nations grecque et sation merveilleuse que l'antiquité n'avait pas romaine, et, par conséquent, celui des nations même soupçonnée. On sera surpris de voir ce qu'emodernes, parce que, dans le grand mouvement taient les anciens en comparaison de ces vieux des civilisations orientales et occidentales, il ya, peuples de l'Orient, et on sera de plus en plus pour la science historique, des origines particu- frappé de la vérité de cette allocution d'un prêtre lières et complexes, des influences diverses à déter- d'Égypte à Solon ( conservée par Platon dans son miner, comme la science géologique détermine, Timée) «0 Athéniens, vous n'êtes que des endans les gisements et les formes des substances a fants! vous ne connaissez rien de ce qui est plus terrestres, les origines et les âges des terrains pri- « ancien que vous; remplis de votre propre excelmaires, secondaires et tertiaires. Si l'historien et a lence et de celle de votre nation, vous ignorez le philosophe se bornaient à étudier seulenient les « tout ce qui vous a précédés ; vous croyez que ce faits et les idées propres à un peuple, ils n'auraient n'est qu'avec vous et avec votre ville que le monde qu'une connaissance très-imparfaite du grand sys- « a commencé d'exister *. » tème et de la nature de l'humanité, comme le géo

Ce reproche d'ignorance vaniteuse, fait par un logue qui n'étudierait qu'une montagne , un bassin, prêtre de Saïs aux Athéniens, aurait pu recevoir n'aurait également qu'une connaissance très-im- encore depuis, de nombreuses applications; mais parfaite du système de la terre.

il faut convenir, cependant, que l'on s'est beaucoup Ce qui précède suffit pour faire sentir l'im- plus occupé de l'étude des langues et des civilisa. portance de connaître les grands monuments his- tions de l'Orient dans les temps modernes que dans toriques, philosophiques et religieux des anciens les temps anciens. Depuis environ deux siècles, peuples de l'Orient, dont l'existence a établi des

* Mémoire sur l'origine et la propagation de la doctrine du foyers particuliers de développement intellectuel Tao, en Chine , elo. Introduction, page viu.

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l'Orient a été , pour ainsi dire , révélé à l'Europe criptions cuneiformes de Babylone et de Persépo-
par quelques hommes laborieux et intelligents; lis *. Tel est celui des Pharaons, qui, avant de
mais c'est surtout depuis une quarantaine d'années s'ensevelir sous ses éternelles pyramides, avait jelė
que les études orientales, favorisées par les grands à la postérité, comme un défi , l'énigme de sa lan-
événements dont le monde a été le théâtre, ont gue figurative, dont le génie moderne, après deux
pris le plus de développement. Toutefois, ces études, mille ans de tentatives infructueuses, commence
et les connaissances nouvelles qu'elles révélaient enfin à soulever le voile. Mais d'autres nations,
l'Europe, étaient circonscrites dans un cercle très- contemporaines de ces grands empires, ont résisté,
restreint d'esprits laborieux, plus aptes à les cul- depuis pres de quarante siècles, à toutes les révo-
tiver avec succès, qu'à les populariser et à les faire lutions que la nature et l'homme leur ont fait subir.
passer du domaine de la spéculation dans celui de Restées seules debout et immuables quand tout
la vie pratique. Il fallait d'ailleurs, pour que l'Eu- s'écroulait ou se transformait autour d'elles, elles
rope s'intéressât à ce monde si nouveau pour elle, ressemblent à ces rochers escarpés que les flots des
quoique si ancien, qu'il sortît du long sommeil de mers battent depuis le jour de la création, sans
l'oubli dans lequel il était plongé depuis tant de pouvoir les ébranler, portant ainsi témoignage de
siècles, qu'il cherchất à secouer les chaînes l'impuissance du temps pour détruire ce qui n'est
dont on avait voulu le charger en silence, et qu'il pas une oeuvre de l'homme.
se montrat enfin résolu à prendre part à la vie gé- En effet, c'est un phénomène, on peut le dire,
nérale de l'humanité, selon sa nature et sa pro- extraordinaire que celui de la nation chinoise et de
pre destination. Singulière puissance des événe- la nation indienne, se conservant immobiles depuis
ments politiques ! Cet Orient, qui n'existait guère l'origine la plus reculée des sociétés humaines, sur
que pour des esprits studieux ou des négociants la scène si mobile et si changeante du monde! On
avides, est devenu tout à coup l'arbitre, pour dirait que leurs premiers législateurs, saisissant
ainsi dire, des destinées de l'Europe, de cette vieille de leur bras de fer ces nations à leur berceau, leur
Europe qui, engourdie d'épuisement et de lassi- ont imprimé une forme indélébile, et les ont cou-
tude, sent le besoin d'aller puiser de nouveau lées, pour ainsi dire, dans un moule d'airain, tant
la vie au soleil éclatant de l'Orient!

l'empreinte a été forte, tant la forme a été dura-
Mais l'Orient n'est-il pas encore, pour la plupart ble! Assurément, il y a là quelques vestiges des
des esprits, même les plus cultives, un de ces mon- lois éternelles qui gouvernent le monde.
des lantastiques des Mille et une Nuits, qui ne Dans le volume que nous publions aujourd'hui
présentent pas même l'ombre de la réalité; une de sous le titre de Livres SACRÉS DE L'ORIENT,
ces terres inaudites où l'esclavage appesantit ses nous avons voulu réunir les principaux monu-
éternelles et lourdes chaînes, où la tyrannie conti- ments des principales civilisations encore vivantes
pue son âge d'or, où l'humanité pétrifiée a perdu de cette belle et grande partie du monde. Ces civi.
tout son caractère de noblesse et de dignité qui au- lisations sont la Civilisation chinoise, la Civilisa-
rait encore pu, même au sein de l'esclavage, la sau- tion indienne et la Civilisation musulmane. Les
ver de l'oubli dédaigneux de l'Europe prétendue monuments qui ont constitué ces trois grandes ci-
libre, et l'intéresser à ses destinées ? L'Orient, avec vilisations ont été, à des temps et en des lieux di-
ses races et ses civilisations si différentes, n'est-il vers, trois puissants foyers de lumière qui ont jeté
pas le plus souvent encore confondu dans une même au loin un grand éclat, et qui se sont assimilé suc-
personnification imaginaire qui n'a pas plus de réa- cessivement des races d'une civilisation inférieure,
lité que les rêveries du moyen âge? Il est temps sans que l'élément primitif en ait été altéré.
que la généralité des esprits remplace les notions On ne peut trop s'étonner de voir avec quelle
erronées que l'on s'est formées de l'Orient, par des imperturbable assurance de nombreux écrivains
jdées vraies , par l'étude des monuments qui ont ont traité des destinées de l'humanité, sans te-
constitué les civilisations différentes des nations nir plus de compte des civilisations indienne et
diverses qui le composent. C'est le seul moyen d'a- chinoise que si elles n'avaient jamais eu une place
voir l'intelligence des faits dont cette grande et au soleil ! Toute l'humanité pour eux, ou plutôt,
belle partie du monde est et deviendra le théâtre. toutes les civilisations anciennes étaient, pour ainsi

En Orient, comme dans la plupart des contrées dire, circonscrites dans les murs d'Athènes et de de la terre, mais en Orient surtout, le sol a été sil- Rome; tout le reste était barbare et compléte. lonné par de nombreuses révolutions, par des bou- ment indigne d'un regard civilisé. Et cependant leversements qui ont changé la face des empires. de grands empires, de brillantes civilisations exisDe grandes nations, depuis quatre mille ans, ont taient déjà en Asie , lorsque l'Égyptien Cécrops paru avec éclat sur cette vaste scène du monde. alla, avec quelques-uns de ses compatriotes civili. La plupart sont descendues dans la tombe avec les sés, fonder la ville d'Athènes, et que le nourrisson inonuments de leur civilisation, ou n'ont laissé d'une louve posa les premiers fondements de la que de faibles traces de leur passage : tel est l'an- ville de Rome. A cette dernière époque, une civia cien empire de Darius, dont l'antique législation Jisation éclipsée, ou plutôt anéantie par Rome, nous a été en partie conservée dans les écrits de brillait dans le Latium. Les Ombriens les LiguZoroastre, et dont on cherche maintenant à retrou

• Voir à ce sujet un savant Mémoire de V. E. BurTx»01, sur ver les curieux et importants vestiges dans les ins. rrux inscriptions cuneiformes trouvers presc'tumutundin-4".

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riens, les Volsques, .es Étrusques surtout, ne mé- les publications qui nous feront connaître avec nilaient pas le nom de barbares et l'oubli dans le- exactitude les monuments qui ont le plus contribué quel les historiens romains , et presque tous les au développement des diverses civilisations de l'Uécrivains modernes qui les ont suivis, les ont lais- rient, ce sera de mettre les esprits studieux et résés. Les monuments que l'on a découverts dans fléchis en garde contre la facilité avec laquelle ces derniers temps de cet ancien peuple prouvent beaucoup d'écrivains , d'ailleurs très-recommanqu'il était déjà arrivé à un haut degré de civilisa- dables, résolvent les plus hautes et les plus diftition et de richesse longtemps avant la naissance ciles questions de l'histoire et de la philosophie, le de Rome *. Le premier empire d’Assyrie tombait plus souvent à priori ou d'après une connaissance lorsque Rome sortait à peine de son berceau. L'O- très-superficielle des faits, s'appuyant sur des dorient était déjà vieux; il avait déjà de vieilles mo- cuments quelquefois très-suspects, le plus souvent narchies en décadence, il avait déjà parcouru tou- recueillis au hasard et sans autorité aucune aux tes les phases de la civilisation, lorsque l'Occident, yeux d'une saine critique; car rien n'est plus danoù arrivaient ses colonies, était encore plongé dans gereux et plus difficile à détruire que les erreurs la plus épaisse barbarie. Et l'on veut faire tout dater ou les faits faux propagés par des noms illustres, d'Athènes et de Rome, langues, religions, arts, en un dont la parole fait autorité, et même par des écrimot, tout ce qui constitue la civilisation ! On veut vains qui, sous le grand nom de philosophie de plus, on veut que l'idée morale qui domine la so- l'histoire, et d'après quelques vagues données, vous ciété moderne n'ait été apportée dans le monde formulent imperturbablement les lois qui ont préqu'à une époque encore plus récente, et que toute sidé aux événements de l'histoire et au développecette grande portion de l'humanité qui a été et est ment des civilisations orientales dont ils savent à encore représentée en Orient par de si grands et de peine le premier mot. si nombreux empires, en ait été déshéritée! La rai- N'est-il pas pénible, par exemple, de voir des son se refuse à admettre une pareille doctrine, qui, historiens de la philosophie comme Hegel et H. Ritquand même les faits ne la démentiraient pas com- ter, dont les habitudes d'esprit sérieuses devaient pletement, serait, à notre sens, la plus forte in- étre exemptes, sinon d'une pareille ignorance, au jure que l'on put faire à la Divinité.

moins d'une pareille légèreté, écrire, le premier : La publication du volume que nous offrons au- « Nous avons des entretiens de Confucius avec ses jourd'hui au public, n'eût-elle d'autre résultat que disciples, dans lesquels est exprimée une morale de rectifier une foule de préjugés et d'idées fausses, a populaire; cette morale se trouve partout, chez admis presque universellement, et d'après lesquels a tous les peuples, et meilleure; elle n'a rien que on construit péniblement tous les jours des livres « de vulgaire. Confucius est un philosophe pratiet des systèmes, nous croirions avoir rendu un ser- « que; la philosophie speculative ne se rencontre vice assez grand. Nous ne craignons pas d'affirmer « pas dans ses écrits ; ses doctrines morales ne sont que l'étude des civilisations de l'Orient est désor. « que bonnes, usuelles, mais on n'y peut rien apmais d'une nécessité absolue pour quiconque veut

prendre de spécial. L'ouvrage moral de Cicéron, écrire sur les origines et la filiation des peuples, a De Officiis , nous en apprend plus et mieux que des langues, des arts, des religions, de la morale, a tous les ouvrages de Confucius; et, d'après ses de la philosophie, en un mot, sur l'histoire tout en- « ouvrages originaux, on peut émettre l'opinion tière de l'humanité. Nous ne craindrons pas d'af- « qu'il vaudrait mieux pour la réputation de Confirmer encore que la plus grande partie des livres « fucius qu'ils n'eussent jamais été traduits *. » publiés depuis la découverte de l'imprimerie (et ils Et le second : « Quant aux écrits attribués à Consont nombreux), dont les sujets se rapportent plus fucius, et qui sont pour ses compatriotes comme ou moins directement à ceux qui sont énumérés ci

« les sources de la sagesse, on peut remarquer que dessus, sont à refaire, parce qu'ils partent tous de « les Chinois réputent quelquefois sagesse tout données plus ou moins inexactes, de bases plus ou « autre chose que ce que nous regardons comme moins fragiles, de systèmes plus ou moins faux, philosophie; car ces règles de conduite et ces parce qu'ils n'ont tenu aucun compte de ces impor- a sentences morales répétées jusqu'à satiété, qu'on tantes civilisations qui ont eu et ont encore une « rencontre dans les écrits de ce sage, ces formes grande influence sur le développement general de de pratiques extérieures qui s'y trouvent presl'humanité. C'est comme si tous ceux qui ont créé crites, et tout cela sans le moindre ensemble, ne des systèmes d'astronomie avaient négligé ou dé- « mérite de nous qu'un sourire sur le sérieux plein daigné de tenir compte des astres les plus rayon- « de roideur qui voudrait faire passer ces maximes nants du système du monde! Ces systèmes seraient « pour quelque chose d'important **. » assurément à refaire. Un autre avantage qui résultera peut-être de la * Vorlesungen über die Geschichte der Philosophie. Erster

Band. S. 140-141. publication du présent volume, comme de toutes

** Histoire de la philosophie ancienne. Traduction françaisa

de M. Tissot , t. I, p. 52. Nous nous proposons de démon"Cest ce qui a été reconnu d'ailleurs par quelques histo- trer un jour, dans une Histoire speciale de la philosophie Tiens romains : Tuscorum ante Romanum imperium late chinoise, que ces jugements des deux historiens allemands Intra marique opes paluere, Liv. V, 33; et Denys d'Halicar- sur Confucius et la philosophie chinoise, soot aussi injustes Rasse fait venir de l'Etrurie la plupart des rites religicux des que mal fondés ; que la philosophie en Chine a été cultivée Bomains.

des la plus haute antiquité par un très-grand nombre de

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Ce n'est pas ainsi que s'exprimaient autrefois en D'ailleurs, pour les sinologues, le style de ces derAllemagne, au sujet de Confucius, les Leibnitz, les cuments, qui diffère autant du style moderne que Wolff, les Brucker, qui s'occupèrent aussi de le style des douze Tables diffère de celui de Cice. .. l'histoire de la philosophie ; mais cette science ron, est une preuve suffisante de leur ancienneté. n'était pas encore arrivée à la hauteur où MM. He- Ce qui doit profondément étonner à la lecture de gel et Ritter l'ont portée. Il est douteux, cepen- ce beau monument de l'antiquité, c'est la haute dant, que les hautes doctrines spéculatives de ces raison, le sens éminemment moral qui y respiderniers philosophes aient jamais une influence rent. Les auteurs de ce livre, et les personnages civilisatrice aussi étendue et aussi durable que les dans la bouche desquels sont placés les discours doctrines morales si vulgaires du philosophe chi- qu'il contient, devaient, à une époque si reculée, , inois.

posséder une grande culture morale qu'il serait dif. I. CIVILISATION CHINOISE.

ficile de surpasser, même de nos jours. Cette grande La civilisation chinoise est sans aucun doute la culture morale, dégagée de tout autre mélange

impur que celui de la croyance aux indices des plus ancienne civilisation du monde existante. Elle remonte authentiquement, c'est-à-dire, par les preu- l'humanité; car, ou cette grande culture morale

sorts, est un fait très-important pour l'histoire de ves de l'histoire chinoise *, jusqu'à deux mille six cents ans avant notre ère. Les documents recueil- était le fruit d'une civilisation déjà avancée , ou lis dans le Chou-king ou Livre par excellence ment droite et réfléchie; dans l'un et l'autre cas,

c'était le produit spontané d'une nature éminemqui ouvre ce volume, surtout dans les premiers le fait n'en est pas moins digne des méditations chapitres , sont les documents les plus anciens de du philosophe et de l'historien. l'histoire du monde. Il est vrai que le Chou-king fut coordonné par KHOUNG · FOU-TSEU (CONFU

Les idées contenues dans le Cho:e-king sur la CIUS) dans la seconde moitié du sixième siècle. Divinité, sur l'influence bienfaisante qu'elle exerce

constamment dans les événements du monde, sont

, qui avait un si profond respect pour l'antiquité, n'al- très-pures et dignes en tout point de la plus saine

philosophie. On y remarquera surtout l'interventéra point les documents qu'il mit en ordre ***

tion constante du Ciel ou de la Raison suprême,

dans les relations des princes avec les populations, philosophes, et que leurs immenses écrits ne méritent pas l'inconcevable Jédain des historiens de l'Europe qui n'en ont ou des gouvernants avec les gouvernés, et cette inaucune idée.

tervention est toujours en faveur de ces derniers , * On peut consulter à ce sujet notre Description historique, gengraphique et littéraire de la Chine, t.1, p. 32 et suiv. c'est-à-dire , du peuple. L'exercice de la souveraiF. Didot frères, 1837.

neté, qui dans nos sociétés modernes n'est le plus ** Voy. la Préface du P. Gaubil, p. I et suiv.

souvent que l'exploitation du plus grand nombre *** Il s'est élevé depuis quelque temps en France une école qui, appréciant les hommes et les choses de son point

au profit de quelques-uns, n'est, dans le Chou-king, de vue philosophique, est souvent très-injuste dans ses que l'accomplissement religieux d'un mandat cejugements

. Les noms les plus vénérés, ceux que l'éloi- leste au profit de tous , qu'une noble et grande gnement des lieux et des temps, aussi bien que l'igno- mission confiée au plus dévoué et au plus digne, rance des faits, devraient mettre à l'abri d'une critique inconsidérée, sont l'objet de ses accusations. Ainsi elle et qui était retirée dès l'instant que le mandataire reproche à KHOUNG-TSEU ( Confucius ) d'avoir altéré les manquait à son mandat. Nulle part peut-être les doctrines religieuses qui l'avaient précédé; d'avoir « fait sur droits et les devoirs respectifs des rois et des peu. « les King et les livres de l'antiquité chinoise, un travail « analogue à celui de Platon , analogue à celui d'Aristote sur ples, des gouvernants et des gouvernés, n'ont été « les dogmes religieux des grandes sociétés auxquelles la enseignés d'une manière aussi élevée, aussi digne. « Grèce était redevable de sa civilisation, c'est-à-dire, que ce aussi conforme à la raison. C'est bien là qu'es a philosophe élagua de ces livres toute la partie religieuse constamment mise en « qu'il ne comprenait pas très - bien , tout ce qui se rappor

pratique cette grand « tait à l'explication ou au développement des dogmes tradi

maxime de la démocratie moderne : vox populi a tionnels ; en un mot, tout ce qui devait lui paraitre dé- vox Dei, « la voix du peuple est la voix de Dieu. « pourvu d'intérêt. » (Appendice de M. Bazin à la Chine , de

Cette maxime se manifeste partout, mais on I M. Davis, t. II, p. 346). « Il est malheureusement vrai ( dit aussi M. Ott, Manuel

trouve ainsi formulée à la fin du chapitre Kai a d'histoire ancienne , p. 220) qu'un esprit de scepticisme yao-mo, S 7 (p. 56): « et de critique étroite présida à son travail sur la théologie, « Ce que le ciel voit et entend n'est que ce a « et que c'est à lui et à ses disciples que l'on doit reprocher

« le peuple voit et entend. Ce que le peuple ju; a la perte de tant de monuments antiques dont la Chine « était encore riche de son temps. »

digne de récompense et de punition est ce qi Voilà assurément des accusations graves si elles étaient « le ciel veut punir et récompenser. Il y a u fondées ; mais on ne fournit aucune preuve à l'appui. Quand a communication intime entre le ciel et le peup! il s'agit de faits semblables, les preuves à priori ne peuvent etre admises, quelle que soit la profondeur des formules.

« que ceux qui gouvernent les peuples soient do Le dernier écrivain cité dit encore : « Confucius ne dit pas

a attentifs et réservés. » On la trouve aussi form « un mot des peuples étrangers, et cela devait etre. Suivant « les principes chinois, en effet, les étrangers n'ont d'autre religieux de son pays , aurait, au contraire, composé de a valeur que les animaux, et doivent être gouvernés comme ouvrages, formant ensemble quatre-vingt et un livres , di « des animaux. » (Id., p. 228). Que répondre à de pareilles lesquels il traitait des choses passées et futures, des espri assertions!

des choses visibles et invisibles ; mais ces livres furent liv S'il fallait s'en rapporter à ce qui est dit dans les Annales aux Namies par ordre de Yang-ti , second empereur de de la dynastie des Soui, k. 27, le philosophe chinois que dynastie des Soui ( 605 de notre ère), parce qu'ils fur 'on accuse si positivement d'avoir détruit les monuments considérés comme apocryphes.

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