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70 ESSAI Sur L'indifférence

» hérer à ses propres sentimens et à ses lumières est » le grand chemin de l'impiété... Toutes vos pensées » et tous vos raisonnemens ne peuvent vous conduire » que dans les ténèbres de l'orgueil et de l'opiniâ» treté. Il faut donc quitter absolument cet allache» ment à ses propres lumières, qui est une impiété » manifeste et une idolâtrie de soi-même (1). »

L'immortalité de l'âme étoit un dogme non moins universel et non moins ancien que celui de l'existence de la Divinité.Comme l'observe M. de La Barre, « on ne commença à le révoquer en doute, qu'après » une longue suite de siècles, lorsque la philosophie » eut accoutumé à disputer de tout (2). » L'espérance s'en alloit avec la vérité, et la sagesse humaine ne laissoit à l'homme que le tombeau. Les païens mêmes avoient horreur de ces doctrines du néant. « Quand je viens à y penser, ainsi qu'il m'arrive sou» vent, dit Cicéron, j'admire l'insolence de ces phi» losophes qui, avec des transports do joie, rendent » grâces à leur chef, à l'inventeur de cette opinion, » et l'honorent comme un dieu, parce qu'il les a, » disent-ils, délivrés de deux maîtres très durs, d'une » erreur éternelle, et d'une crainte qui les poursui» voit le jour et la nuit (3). »

(1) D'Herbelot, Bibliolh. orient., art. Din.; tom. II, p. «15. Paris, 1783.

(2) Mémoir. de VAcad. des Inscripl., lom. XXIX, p. 39.

(3) Quae quidem cogitans, soleo saepè mirari nonnullorum insolentiam philosophorum, qui natina- cognitionem admirantur, ejusque inventori et principi gratias exsudantes agunt, eumque venerantnr, ut deum : liboratos enim se per eum dicunt pravissimis do

Cependant Cicéron lui-même, lorsqu'il ne consultoit que sa seule raison, ne pouvoit parvenir à s'assurer pleinement de l'immortalité pour laquelle il sentoit que son âme étoit faite (1). Pour dissiper ses inquiétudes, il ne falloit rien moins que le consentement de tous les peuples (2), et le témoignage de l'antiquité, qui, plus près de l'origine et de Dieu même, savoil mieux ce qui étoit vrai (3).

Aristote, cité par Plutarque, parle du bonheur de

minu, errore sempiterno, et diurno ac nocturno metu. Tuttul. Çuœst., lib. I, cap. XXI, n. 48.

(1) Niim eloquentiA Platonem superare possumus ? F.volve diligenter ejus eum librum qui est de aninio ; ampliùs quod desideres, nihil erit. — Feci meberculè, et quidem sœpius : sed nescio quo modo, dùm Icgo, assentior ; quuiu posul lihrum, et mecum ipse de immortalitate animorum cœpi cogitare, assensio omnis illa elabitur. lb., cap. XI, n. 25. — Ce que disoit Cicéron, les philosophes moderne* l'ont répété, et rien n'est plus curieux et plus instructif que ces rapprochemens, qui prouvent l'éternelle impuissance de la raison humaine abandonnée à elle-même. Suivant Gibbon, les plus sublimes efforts de la philosophie ne peuvent nous donner qu'un foible désir, une foible espérance, et tout au plus une foible probabilité d'un état fntur, dont l'existence ne peut être certaine que par une réTélation divine. • Since therefore tho most sublime efforts of philoso■ > phy canextend no farther than feebly to point outthe desire, tbe » hope, or, at most, the probability of a future state, there is no* Ihing, excepta divine revelation,that can ascertain the existence, » and describe the condition of the invisible country which 1s des» tined to reçoive the souls of men, after their separation from the » body. > The hist. of the decline and fait, etc., tom. II, chap. XV, p. 21 i. Ed. de Saste.

(2) Permanere animos arbitramur consensu nationum omnium. Tuscul. Quant., lib. I, cap. XVI, n. 36.

(3) Auetoribns quidem ad istam sententiam... uti optimis possumus; quôd in omnibus causis el debet et solet valere plurimùm: et primrim quidem omni antiquitate; quaj quô propiùs aberat ab ortu et divin;! progenie, hoc meliùs ea fortassè quae erant vera cernebat. ItHi., cap. XII, n. 29.

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l'autre vie comme d'une croyance si ancienne, que l'on n'en peut assigner ni le commencement ni l'auteur, et qui s'est perpétuée sans interruption depuis les âges les plus reculés (1). Plutarque insiste sur cette tradition , et s'en sert pour prouver qu'il existe un séjour où les hommes vertueux seront récompensés après la mort (2). La punition des médians formoit un autre point de la doctrine primitive; et voici ce qu'en dit Platon : « On doit certainement toujours croire à » l'antique et sacrée tradition qui nous enseigne que » l'âme est immortelle; et qu'après sa séparation » d'avec le corps, un juge inexorable lui inflige les » supplices qu'elle a mérités (3). »

Si maintenant nous passons aux extrémités de l'Orient, nous trouverons, dans un seul exemple, l'invincible preuve que le principe de perpétuité y fut toujours reconnu pour règle de foi (4), et que ce

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principe , appliqué par un esprit sincère et par une âme droite, conduit infailliblement au christianisme■, qui, dans sa constante unité, n'est que le développement prédit, et attendu pendant quarante siècles, de la religion primordiale. Nous avons parlé d'un prince de la famille impériale, qui, ayant embrassé la religion chrétienne à la Chine, publia, dans un écrit extrêmement remarquable, les motifs de sa conversion. Parmi ces motifs, Y antiquité paroît être celui qui le frappoit davantage, et celui qui avoit aussi le plus frappé tous les hommes de bonne foi, quand le christianisme fut annoncé dans ce vaste empire. Nous espérons qu'à cause de l'importance du sujet, on voudra bien nous pardonner une citation un peu longue peut-être.

« Vers la fin de la dynastie des Ming, plusieurs » savans d'Europe sont venus prêcher la religion » chrétienne : ils ont composé des livres. Ce sont eux » qui les premiers ont donné une vraie et juste idée » du suprême Empereur du ciel, dont il est tant » parlé dans les livres classiques, en nous éclairant

» sur sa nature Si on veut faire le parallèle de ce

» que nous enseignent ces savans étrangers, avec la » doctrine de nos anciens sages et philosophes, nous » y trouverons une grande ressemblance; de même » que cette doctrine, comparée avec les rêveries et » les mensonges de nos sectaires modernes, en est

• de «es jugemens. • Boulainvilliem, Vie de Mohamed, liv. Il, p. 190.

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» aussi éloignée que le ciel et la terre le sont entre

» eux(l)

» Il faut convenir que la religion du vrai Dieu » renferme quantité de mystères profonds et incom» préhensibles à l'esprit humain ; mais aussi tous ceux » qui en ont entendu parler, ont été extrêmement » contens des preuves qu'on en apportoit. Une seule » chose les arrêtoit, c'est que nos anciens sages et » nos lettrés ne s'en étoient point expliqués dans leurs » livres, et ne l'avoienl point suivie; aussi se sont-ils » contentés de lire ces livres et de les admirer, sans » se mettre en peine d'aller plus avant, et attendant » toujours que quelques personnes d'un savoir émi» nent leur fissent comme toucher au doigt la vérité, » afin de les déterminer à suivre cette religion, ou à » la rejeter. Hé! qui ne sait combien nous avons eu » de grands hommes qui ont reconnu que cette reli» gion est la véritable, et la seule qui doive être em» brassée? Dans certain livre composé par noire doc» teur Lieou-Yng, n'est-il pas prouvé commentées » grands hommes ont successivement mis au jour » avec beaucoup de clarté leurs pensées sur cet ar» ticle? Dès le commencement que cette loi a été » annoncée dans notre empire, le fameux ministre » Sin-Kouang-Ki démontra la vérité de la doctrine

» qu'on prêchoit Depuis, tous ceux qui ont écrit,

» et tous les lettrés ont puisé dans cette source, et se

(1) Motifs du prince Jean pour embrasser la religion chrétienne: Lettres édtf., tom. XX, p. 351, 352. Édil. de Toulouse, 1611.

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