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Comme les autres philosophes, il s'égare dans ses raisonnemens sur la nature du premier principe, et souvent il balbutie des paroles dénuées de sens ; mais, sortant des ténèbres de son esprit, vient-il à rappeler la doctrine antique, alors on croit entendre un chrétien.

« C'est une tradition ancienne (1 ), transmise partout » des pères aux enfans, que c'est Dieu qui a tout fait, » et que c'est lui qui conserve tout. Il n'est point d'être » dans le monde qui puisse se suffire à lui-même, et » qui ne périsse, s'il est abandonné de Dieu. C'est ce » qui a fait dire à quelques uns des anciens, que tout » est plein de dieux; qu'ils entrent en nous par les » yeux, par les oreilles, par tous nos sens : discours » qui convient à la puissance active de Dieu plutôt » qu'à sa nature. Oui, Dieu est véritablement le gé» nérateur et le conservateur de tous les êtres, quels » qu'ils soient, dans tous les lieux du monde. Mais il » ne l'est pas à la manière du foible artisan, dont » l'effort est pénible et douloureux; il l'est par sa puis» sance infinie, qui atteint, sans aucune peine, les » objets les plus éloignés de lui (2). Assis dans la pre» mière et la plus haute région de l'univers, au sont

Mundo; cap. Vil, Oper. tom. I, pag. 476. -In quo corrigit adolescenlior viam suam? iu custodiendo sermones tuos. Pi., CXVIII,

(I) Celte traduction est de l'abbé Le Battenx.

(2) Attingit ergo à fine usque ad finem fortiter. Sapient., VIII

TOME 4. R

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» met du monde, comme l'a dit le poète, il se nomme

»(1) le Très-Haut (2).» Comment pourroit-on maintenant ne pas convenir

que les anciens connoissoient également et les hautes vérités qui appartiennent à la première révélation, et le moyen de les distinguer des erreurs qu'on y ajouta dans la suite? Mais personne n'a mieux établi que Gicéron le principe de la perpétuité, et l'autorité de la tradition. Il faut l'entendre, l'admirer, et gémir de ce que sachant si bien comment on pouvoit discerner les véritables dogmes et le culte véritable, des opinions fausses et des superstitions qui les déGguroient, il ait lâchement cédé, sur tant de points essentiels, aux préjugés de son siècle, et n'ait pas osé attaquer de front le paganisme qu'il méprisoit (3).

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« Lorsque, levant nos regards au ciel, nous con

» sidérons ces grands corps qui roulent dans l'im

» mensité, qu'y a-t-il de plus clair, de plus évident,

» qu'ils sont régis par une intelligence divine? S'il

» n'en étoit pas ainsi, comment Ennius auroit-il pu

» dire avec l'assentiment universel: Contemplez

» cette sublime lumière, Jupiter que tous invoquent?

» Et ce Jupiter, qu'est-ce sinon le souverain maître

» de l'univers, qui gouverne tout par sa volonté, et,

» comme l'appelle le même Ennius, le Père des

» dieux et des hommes, le Dieu tout-puissant et présent

» partout? Celui qui douteroit de son existence, je

» ne comprends pas certes pourquoi il ne pourroit

» point douter aussi de l'existence du soleil; car l'un

» n'est pas plus évident que l'autre. Si cette connois

» sance n'étoit pas certaine, si cette croyance n'étoit

» pas inébranlablement affermie dans nos âmes, elle

» ne demeureroit pas toujours stable, elle ne serait pas

» confirmée par la longueur du temps, elle nauroit pu

» se fortifier avec les siècles et le cours des âges. Car

» nous voyons les opinions vaineset faussess'évanouir

» en vieillissant.... Mais le temps, qui efface les rêves

» de l'opinion, confirmelesjugemensdelanature(l).»

Ainsi la perpétuité est le caractère de ce qui est vrai; et quel autre moyen de reconnoître la perpétuité d'un dogme ou d'une loi, que la tradition des

soit par habitude, soit enfin par une crainte secrète de la vérité et des devoirs qu'elle impose.

(I) Quiil enim potest esse tarn aperlum, Unique perspicuum, cùm cœlum suspeximus, cœlesliaque contemplati suiuus, quàm esse ali

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ancêtres? Aussi est-ce cette tradition que Cicéron propose pour règle des croyances; le raisonnement, comme il le dit, n'étant propre qu'à ébranler les vérités les plus certaines.

« J'ai toujours défendu, je défendrai toujours les » croyances que nous avons reçues de nos pères, » touchant les dieux immortels et le culte qui leur est » dû; et les discours d'aucun homme, savant ou » ignorant, n'ébranleront jamais en moi ces croyan» ces. Voilà quels sont, Balbus, les sentimens de Cotta, » les sentimens du pontife. Expliquez-moi mainte» nant les vôtres: car je dois apprendre de vous, qui » êtes philosophe, la raison de la religion; et je dois » croire nos ancêtres, lors même qu'ils n'apportent au» cune raison de ce qu'ils nous enseignent (1). »

quod Numen prœstantissima' mentis, quo htrc regantur ? Quod ni ila esset, qui potnisset assensu omnium dicere Ennius:

Aipïee hoc sublime eind»m , rjucm ïinorant onines Joteiu,

illum vero et Jovem, et dominatorem rerum, et omnia nutu regentem, et, ut idem Ennius,

P»trem diiumque honiinumque,

et prassentem, ac prapotentem Deum ? Quod qui dubilet, haud sané intelligo cur non idem sol sit, an nullus sit, dubitare possit. Quid enim est hoc illo evidrntiùs? Quod nisi cognitum comprehensumque animis baberemus , non tam stabilis opinio permanerel, nee conflrmarelur diulwnitalc temporit, nec unà cum sœculis, œlalibusque hominum invclerare poluisset. Etenim videmus eaeteras

opiniones fictas atque vanas diuturnitate extabuisse Opinionum

enim commenta delet dies; naturae judicia confirmat. Cirer, de
nat. Dcor., lib. II. cap. II, n. 4 et 5.
(1) Opiniones, quas à majoribus accepimus de dits immorlallbiu,

sacra, caeremonias, religionesque Ego eas defendam semper,

•emperque defendi : nec me ex eà opinioue, quam à majoribus accepi de cultu dcorum immoi taliuiu , ullius unquàm oratio aut docli,

Balbus, qui venoit de faire un long discours sur la nature des dieux, répond qu'il est inutile d'y rien ajouter, puisque Cotta est convaincu de leur existence. Oui, reprend Cotta, j'y crois sur le témoignage de nos pères, mais non pas sur les preuves que vous avez données. « Ne trouvant pas ce dogme aussi évi» dent que vous désireriez qu'il le fût, vous avez » voulu prouver par des argumens l'existence des » dieux. Pour moi, il me suffisoit que ce fût la tradi» lion de nos ancêtres; mais vous, méprisant l'auto» rité, vous cherchez l'appui de la raison. Souffrez » donc que ma raison combatte la vôtre. Vous em» ployez toute sorte d'argumens pour démontrer qu'il » existe des dieux; et, en argumentant, vous rendez » douteuse une vérité qui, à mon avis, est au-dessus » du plus léger doute (1). >,

C'est ainsi que le raisonnement ébranloit peu à peu les croyances publiques, en affoiblissant dans les esprits l'autorité de la tradition. 11 n'a jamais eu d'autre effet; et, comme le remarque un auteur persan, « ad

mit indocli movebit... Habes, Balbe, quid Cotta, quid pontifex senti» t. Fac mme ergo intelligam tu quid seotias : à te enim philosopho rationom acccipore debeo religionis: majoribus autem nostris, eliaiu nullà ratione reddilâ, credere. De nal. Deor., lib. III, c. II, n. 5 et 6.

(I) Quia non confidebas, lam esse id perspicuum , quant tu relis: proptereà mullis argumentis deos esse docere voluisti. Mihi imum satis erat, ilà nobis majores nostros tradidisse. Sed tu aucloritates contemnis, ratione pugnas. Patere igitur, rationem meam cum tuâ ratione contendere. A Hors ha.c omnia argumenta, cur dii sint ;remque meâ sententià minimè dubiam , argumentando duhiam facis. Ibii■, cap. IV, n. 9, 10.

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