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nations polies, et les peuples barbares. Les fausses divinités du Capitole avoient tremblé à la vue de la croix plantée dans Rome par un pauvre pêcheur du lac de Génésareth; et cette croix, portée en même temps à l'autre extrémité du monde, avoit fait tressaillir d'espérance et de joie les Scythes errans sur leurs chariots dans les déserts de la haute Asie. Il semble qu'il n'y ait eu ni distances, ni temps pour la parole évangélique : elle étoit partout à la fois.

Jésus-Christ avoit annoncé cette rapide propagation de sa doctrine, et c'étoit prédire un miracle; mais celui qui le prédisoit étoit tout-puissant pour l'opérer. Quand j'aurai été crucifié, j'attirerai tout à moi (1). Certes, on ne dira pas qu'il parloit ainsi sur des apparences humaines. Qu'au milieu du sénat romain, ous Auguste, un prophète eût raconté les changemens qui se préparoient, qu'eussent pensé ces graves magistrats? Ils auroient pris en pitié le prophète, et ils se seroient amusés entre eux de ses extravagantes rêveries.

Quand on réfléchit à ce qu'étoit alors la société

subdita et Sarmatarum, et Dacorum, et Germanorura, et Scylharum | et additarum multarum gentium, et provinciarum et insnlarum multarum nobis igootarum, et quae enumerarc minus possumus? In quibus omnibus loeis Chrisli nomen qui jam venit, rcgnat. Tertull. adv. Judœos, c. VII, p. 189, «J. Rigalt—Vid. et. Euseb., Prœpar. evang., lib. I, cap. III. S. Iren., lib. III, conlr. Hœres., cap. IV, p. 178.

(1) Nunc judicium est mundi: nunc princeps hujus mundi ejicielur foras. Et ego si cxaltatus fuero à terri, omnia traham ad meipsum. Hoc aulem dicebat sigoiQcans quâ morte esset morituras. Joan., XII, 31—33.

païenne, à l'esprit d'incrédulité et à toutes les erreurs introduites par une philosophie qui avoit érigé en système l'impiété, le doute, et le vice même, et qu'à ce désordre de l'intelligence, à cette profonde corruption du cœur, on voit succéder tout-à-coup une foi docile et simple, les mœurs les plus sévères, les plus pures vertus, on conçoit clairement que cette étonnante régénération de la nature humaine, n'a pu être l'ouvrage de l'homme, puisque tous les efTorts de sa raison dans les siècles les plus éclairés, toute sa science, toutes ses découvertes, ses arts, ses institutions, ses lois, n'avoient servi qu'à le plonger dans nne dépravation sans exemple. Il a fallu qu'il fut tout ensemble instruit et aidé surnaturellement, pour sortir de cet abtme de dissolution et de misère. Et afin qu'il ne put en aucun sens s'attribuer son propre salut, Dieu voulut que les instrumens de sa miséricorde, dénués de tout ce qui contribue au succès des desseins de l'homme, fussent évidemment par cela même les ministres d'une puissance au-dessus de la sienne. « Il a choisi ce qui étoit insensé selon le monde, pour confondre les sages, et ce qui étoit foible selon le monde, pour confondre les forts; ce qui étoit bas et méprisable selon le monde, et ce qui n'étoit point, pour détruire ce qui étoit, afin que nulle chair ne se glorifie en sa présence (1). »

0) Videte entai vocationcm vestram quia non multi sapienlessccondura carnem, non multf potentes, non mulU nubiles: sed que stulta sunt mondi elegit Deus, ut confundat sapientes; et infirma

Nous n'insisterons pas davantage sur l'établissement de la religion chrétienne. L'histoire de ces premiers temps, c'est Rousseau qui le dit, est un prodige continuel. Or un prodige continuel est-il dans l'ordre des événemens naturels? un prodige continuel est-il autre chose qu'une manifestation continuelle du pouvoir divin? Donc le christianisme a été divinement établi; donc sa divinité est aussi certaine que son existence.

Il est encore impossible de ne le pas reconnoître à ses effets pour l'œuvre de Dieu. Voyez ce qu'étoit l'homme sous le paganisme, et ce qu'il est devenu. A l'orgueil, à la haine, au mépris de l'humanité, à la licence la plus monstrueuse, succédèrent l'humilité, la charité, le respect et l'amour pour l'homme, l'esprit de dévouement, les prodiges de la pénitence et de la chasteté. Le dernier des chrétiens, fidèle aux devoirsque sa religion lui impose rigoureusement, surpasse de beaucoup en perfection tous les personnages dont la Grèce et Rome ont vanté les vertus. Une insupportable vanité étoit presque toujours la moindre de leurs foiblesses. Ils vouloient être loués, admirés. Montrez-nous parmi ces sages un homme doux et humble de cœur. On sait quelle étoit la continence d'Aristide et de Caton. Aucun vice n'étonnoit dans la corruption générale. Est-il un Romain qui se fit le plus léger scrupule d'assister aux spectacles du cirque? Trajan fit paroître à la fois dix mille gladiateurs dans l'arène (1) où Titus condamna les prisonniers juifs à s'entr'égorger.

mundi elegit Deus, ut confimdat fortia ; et ignobilia mundi, et contemptibilia elegit Deus, et ea qu.r non sunt, ut ea que sunt destrueret: ut non glorietur omnis caro in couspectu ejus Ep. I ad Corinth., I, J6—W.

On peut voir dansTertullien(2), dans saint Cyprien (3), dans Lactance (4), l'horreur que ces meurtres abominables inspiroient aux premiers chrétiens. Les femmes mêmes et jusqu'aux Vestales s'amusoient du crime et de la mort. Un solitaire (5) vint de l'Orient à Rome pour essayer d'abolir ces jeux, car c'est ainsi qu'on les nommoit. Le peuple furieux le massacra. Constantin les défendit en montant sur le trône (6), et ils cessèrent entièrement sous le règne de Justin (7).

Les lois de la religion devenant peu à peu les lois de l'État, les mœurs se purifièrent: on eut une plus

(1) Dion. Cass., lib. LXVI, cap. LXVIII. (i) Tertull., de Spectaculis.

(3) S. Cypr., Epist. ad Donatum.

(4) Instit. Divin., lib. VI, cap. X. (à) Il se nommoit Télémaque.

(5) Cod. Thcodos., lib. XV. lit. XII, p. 395. Edit. Gothofredi. (7) Baron. Annal, tom. VIII, pag. 18.—Catsiodor., lib. X,cap. II.

—L'Église , guidée par le même esprit, défendit les tournois sotu différentes,' peines. Concil. Bemens. ann. 1157, op. JUarten., t. VII, pag. 76. Parie., 1733.—Concil. Lateran. ann. 1177, Canon. 30, Gu. INewbrig. tom. I, p. 859. — Ducange Glossar., Voc. Jousta, Tornamenta, Hastiludium. Voyez dans le même auteur, et dans Spelman et Lindenbrog, les efforts des princes chrétiens et de l'auto rite ecclésiastique pour abolir le duel, Toc. Duellum, Monomachia, Campio, Pugna. Vid. et. Saxo grammat., lib. X. Ericus Upsaliensis, lib. I. fie senti Jus antiquum Danicum, p. 643 et 643. Baron. Annal, tom. XI,'p. 113 seqq. Concil. Trident. Sert. XXV, cap. XIX.

haute idée de la sainteté du mariage ; la v de l'en* fant (1) et son innocence furent protégées (2); l'esclavage, adouci d'abord (3), disparut enfin tout-àfait (4); un nouveau droit de la guerre s'établit; les gouvernemens s'affermirent (5); les princes purent laisser vivre leurs frères (6) : ils ne craignirent plus les révolutions si fréquentes cbez les anciens.

(I ) Tacite regardoit comme extraordinaire que les Germains ne fissent périr aucun de leurs enfans. De morib. germon., cap. XIX.

— Dans l'ouvrago d'Apulée, qui vivoit sous les Antonins , un homme partant pour un voyage, ordonne froidement à sa femme de tuer l'enfant dont elle est enceinte, si c'est une fille. Metamorph., lib. X, p. 227-—H y a un trait à peu près semblable dans Térence: « Un homme, quoique pauvre, dit Fosidippe, ne veut pas exposer » son fils; mais à peine le riche même voudra-t-il conserver sa » fille. > Gnomic. Poet.—Vid. et. Philo Jud., De legib. spteialtb., p. 794 : Paris., 1640 ; Bynkershok, De jure occidendi et expoaendi liberes ap. veter. Roman.; et Noodt, De partûs expositione et nece apud veteres.

(2) Cod. Theodos., lib. X, lit. XXVII, p. 188. Edit. Gothofredi. —Lindenbrog., Lex Wisigoth., lib. VI, tlt. 3.

(3) Laetant. Divin. Jnstit., lib. V, cap. V.—Lindenbrog., Lex Wisigoth., lib. IV, lit. 5; et lib. VI, eap. XIV. —Ina, qui régnoit dans le septième siècle en Angleterre, affranchit un esclave que son maître avoit forcé de travailler le dimanche. Wilkins. LegesAngloSaxonicœ, p. 14.

(4) Thamassin, Discipline, etc., t. II, p. 222,223 et 833.— Wilkins, loe. cit., p. 120.—F.admer JSovorum, etc., lib. III, p. 64.

Stiernhook de Jure Suenonum, p. 226. — Enfin, en 1167, le pape Alexandre III déclare au nom d'un concile, que tous les chrétiens dévoient être exempts de la servitude. Cette loi seule, dit Voltaire, doit rendre sa mémoire chère à tous les peuples. Essai sur l'hist. génér., ete, chap. LXX, tow. II, p. 188. Édit de 1756.

(5) Voyez à ce sujet des rapprochemens curieux dans fiozius, de Signis Ecclesiœ, lom. II, p. 3fi8 et suiv.

(6) Il n'y a, dit Plutarque, qu'un seul exemple de meurtre domestique parmi les descendant d'Antigone, savoir, celui de Philippe, qui tua son propre fils. Mais presque toutes les autres familles pré

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