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il n'est pas un de nous qui ne sente en soi cette triple corruption dont la nature humaine fut infectée dans sa source (1). Interrogez voire père, el il vous instruira; vos ancêtres, et ils vous diront (2). L'homme sait qu'il est tombé, qu'il porte la peine d'une faute antique, et toutes les générations répètent les plaintes du fils de Syrach. ■

« Un joug pesant accable les enfans d'Adam, depuis le jour où ils sortent du sein leur mère , jusqu'au jour de leur sépulture dans le sein de la mère de tous; les pensées de leur esprit, les appréhensions de leur cœur, l'attente de ce qui arrivera, et le jour qui finit tout : depuis celui qui est assis sur un trône de gloire, jusqu'à celui qui est couché sur la terre et dans la cendre; depuis celui qui est vêtu de pourpre et ceint du diadème, jusqu'à celui que recouvre un lin grossier, la fureur, la jalousie, l'inquiétude, l'agitation, les querelles, la colère opiniâtre, les transes du trépas, bouleversent son âme dans le lit même, pendant le sommeil de la nuit, au temps du repos. Il n'a que peu de repos, presque rien; et ensuite, dans le sommeil même, il est comme une sentinelle qui veille. Il se trouble dans les visions de son cœur, comme un homme qui échappe à l'ennemi au jour du combat. C'est là le sort de toute chair; et de plus la mort, le

(1) Omne quod est in munrio, concupiscenlia carnis est et concupiscenlia ocnlorum, et superbia vitae. Ep. I Joan., II, 10.

(?) Interroga patrem tmim, et annuntiahit tibi ; majores tuos, et dicent tibi. Dculeron., XXXII, 7.

sang, la guerre, l'épée, l'oppression, la famine, et la ruine, et tous les fléaux (t). »

Condition désolante ! et cependant l'effet le plus terrible du péché, ce ne sont pas ces calamités passagères, ces maux qui s'endorment dans la tombe : à peine sorti du temps, l'homme coupable se réveille . il se réveille dans l'éternité, loin de Dieu, loin de la lumière, loin de toute espérance. Une immobile douleur pèse sur lui sans fln. Il sait ce qu'il vouloit savoir, le bien el le mal; et cette science, qu'il n'épuisera jamais, c'est le secret du désespoir, etles mystères du remords.

Telle eût été, sans la Rédemption, l'inévitable destinée de tous les enfans d'Adam; et de là l'on peut comprendre quelle reconnoissance, quel amour est dû à celui qui les a rachetés. Une infinie miséricorde est venue au secours d'une misère infinie. « Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique; afin que quiconque croit en lui ne périsse point; mais

(i) Jugum grave super fllios Adam, à die exitûs de rentre matris eorum, usque in diem sepulture, in matrem omnium. Cogitationes forum, et timores cordis, adinventio exspeclationis, et dies fmitionis: à residente super eedeni gloriosani, usque ad humiliatum in terra et cinere : ab eo qui utitur hyacintbo, et portat coronam, usque ad eum qui operilur lino crudo; furor, zelus, tumultus, fluctuatio, et timor niortis, iracundia perseverans, et contentio, et in tempore refectionis, in cubili somnus noclis immutat scientiam ejns. Modicum tanquàm nihil in requie, et ab eo in somnis, quasi in die respectas. Conturbatus est in visu cordis sui, tanquàm qui evaserit in die belli... Cum omni carne, ab homine usque ad pecus, et super peccatores septuplum. Ad haec mors, sanguis, contentio, et romphœa, oppressiones, fames, et contritio, et flagella. Eccleiiast.. XL, 1 senq. TOME 4. 21

qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui (1). »

Substitué à l'humanité tout entière, Jésus-Christ, en s'immolant, a satisfait pour elle à la justice divine, qui exigeoit une victime d'un prix infini. H nous a délivrés de la mort, et de l'esclavage des principautés et des puissances de l'enfer, abolissant, dit saint Paul, le décret de notre condamnation, et Fattachant à la croix (2). Rédempteur de l'homme condamné, réparateur de l'homme dégradé , il est encore le modèle de l'homme parfait, et la source de toutes les grâces par lesquelles nous pouvons, en suivant ses préceptes, et en imitant ses exemples, rétablir en nous l'image de Dieu, que le péché avoit effacée (3). Voilà ce que le Christ a fait pour nous. Entrons dans les pensées de l'éternelle sagesse, et contemplons ses voies dans l'œuvre merveilleuse de notre régénération.

Les volontés de Dieu, toujours conformes à la

(I) Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret: ut omnis qui credit in eum non percat, sed habeat vitam aetcrnaui. Non enim misit Deus Filium suum in mundum ut judicet mundum > sed ut salvetur mundus per ipsum. Juan., II, 16,17.

(S) Et vos cùm mortui essetis in delictis..., conviviiicavit eum illo, donans vobis omnia delicta: delens quod advenùs nos erat chirographum decreli, quod erat contrarium nohis, et ipsum tulit de medio, aûlgeng illud cruci ; et exspolians principatus, et potestates, Iraduvit confldenter, pal um Iriumphans illos in semelipso. Ep.ad Col. II, 13, 15.

(3) Exspoliantes vos veterem hominem eum actibas suis, et induenles novum, eum qui rénovait»- in agnilionem, secundum imaginem ejus qui creavit illum. /*., III, 9, 16,

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souveraine raison, constituent l'ordre; et le désordre ou le péché n'est dès-lors, nous le répétons, que la désobéissance à ce que Dieu commande, ou l'opposition de la volonté libre de la créature à la volonté de Dieu. Mais la volonté de Dieu étant Dieu même, s'opposer à sa volonté c'est non seulement se séparer de de lui, non seulement s'élever au-dessus de lui, c'est encore, autant qu'il se peut, attenter à son être (1); et le péché seroit impossible, si l'ordre qu'il trouble n'étoit rétabli par le châtiment. Ainsi la créature demeure à la fois libre et soumise à l'empire du souverain Etre. Quiconque résiste à sa bonté, plie sous sa justice : et soit qu'on envisage le péché en luimême , soit qu'on en considère les suites, ou reconnoît la vérité de ce que dit Bossuet, « qu'il n'est pas en la puissance même de Dieu qu'il y ait une misère plus grande (2). »

Afin donc d'expier le péché de l'homme, le Verbe divin, uni à notre nature, a offert pour nous une obéissance infinie. « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé (1). Je fais toujours ce qui lui plaît (2). » C'est ainsi qu'il nous a réconciliés avec son Père; c'est ainsi qu'il a effacé, par une volonté parfaite, le crime de notre volonté rebelle. « En entrant dans le monde, il a dit : Vous n'avez voulu ni d'hostie ni d'oblation; mais vous m'avez formé un corps : vous n'avez point accepté les holocaustes pour le péché. Alors j'ai dit : Me voici! Il est écrit de moi à la tête du livre, que je ferai, ô Dieu, votre volonté. Et nous avons été, ajoute l'apôtre, sanctifiés dans cette volonté, par l'oblation faite une seule fois du corps de Jésus-Christ. (3). »

'(1) Tel sera, comme saint Paul nous l'apprend, le caractère de l'homme de péché, dont la venue annoncera la dernière apostasie, après laquelle «7 n'y aura plus de temps, mais l'éternité de l'enfer et l'éternité du ciel. « Le fils de perdition s'opposera a Dieu, et » s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est » adoré, jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui> même passer pour Dieu. » Ne quis vos seducat ullo modo : quoniam (non veniet dies Domini ) nisi venerit discessio primùm, et revelatus fuerit homopeccati, filius perditionis qui adversatur, et extollitur supra omne quod dicitur Dtus, aut quoi eolitur, ità ut in lemplo Dei sedeat, ostendens se tanquam sit Dtus. Ep. ad Thessal., II, 3, 4. (3) I" sermon pour le II* dimanche de VAw.nl.

Dansla soumission de l'homme-Dieu, dans son sacrifice , tout est au-dessus de nos pensées. Lorsqu'on médite ce profond mystère, et que, de la volonté humaine de Jésus-Christ, s'élevant jusqu'à sa vo/onlé divine, on découvre dans le sein de l'Etre éternel une souveraineté et tout ensemble une obéissance infinie; lorsqu'on le voit, si on l'ose dire, commander selon

(1) Descend! de cœlo, non ut faciam volunUtem meam, sed Toluntatem ejus, qui misit me. Joan., VI, 38. (3) Quas placita suntei, facio semper. /i*., VIII, 29. Vxà. et. IV,

fît) îngrediens mundum dicit : Hostiam et oblationem noluisti, corpus autem aptasti mini ; nolocaustomata pro peccato non tibi placuerunt. Tune dixi : Ecce venio ; in capite libri scnplum est de me : Ut faciam, Deus, voluntatem tuam... In quà voluntate sanctifleati sumus per oblationem corporis Jesu Cbristi semcl. Ep. ad Hcbr., X, 5, 6, 7, 10.

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