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qu'au seul vrai Dieu. Ce culte primitif se conserva long-temps à la Chine (1), où le gouvernement, les lois, les mœurs, s'unissoient pour consacrer l'autorité de la tradition ; et Voltaire lui-même a remarqué le respect prodigieux que ces peuples ont pour ce qui leur a été transmis par leurs pères (2).

L'auteur (3) d'un commentaire (4)sur le TchoûngVoimg, l'un des quatre livres, parle ainsi: « Tssèu» ssê-tsêu (petit-fils de Confucius), affligé de voir que » la doctrine traditionnelle, base de la raison et de » toute instruction, commençoit à se perdre, ressaisit » et donna le fil de cette tradition en l'établissant » par ces paroles; il dit: Il n'y a pas sous le ciel » d'hommes qui ne sachent qu'il y a en eux quelque » chose de naturel, qu'il y a dans les choses une ma» nière d'être, et qu'il y a dans les saints un enseigne» ment. On sait aussi que ce naturel, cette raison, » cette instruction, tirent leur nom de leur origine. » C'est le TTiian ( ciel ou Dieu) qui nous les a confé» rés par l'entremise des deux principes et des cinq » élémens. C'est des hommes que les hommes les ont » reçus; ils en ont formé le courage, l'obéissance, et » les cinq vertus éternelles, et c'est là ce qu'on appelle » nature. Dans les hommes tout ce qui est conforme » à cette doctrine naturelle, tout ce qui, de soi-même » et dans l'usage journalier forme la voie ordinaire » des actions raisonnables, s'appelle loi (ou vertu). De » la part des saints, tout ce qui tend à disposer ou à » mesurer d'une manière conforme à la raison les ac» tions des autres hommes, de telle sorte qu'elles ne » péchent ni par excès] ni par défaut, ce qui forme » pour l'univers une règle ou une loi invariable, s'ap» pelle instruction. Cette instruction s'établit d'après » la raison ou la loi; la raison est conforme à la na» ture, la nature est un ordre du ciel. Ainsi Von peut )> regarder la première origine de la raison ou de la vertu » comme venant du cielmême (i). »

gine, corrompu dans son conrs... Le commerce des nations altéra le culte public des Indiens. Quoiqu'assez éloignés de l'Egypte, on ne peut cependant douter qu'ils n'aient eu connoissance de la religion de cette contrée. VEzour-Vcdam; Observai, prèlim. par M. de Sainte-Croix, lom. I, p. 13, 14.

(I) La religion de la Chine est toute renfermée dans les King. On y trouve, quant à la doctrine fondamentale, les principes de la loi naturelle que les anciens Chinois avoient reçus des enl■ans de Noé. Lettres édifiantes,lom. XXI, p. 177. Toulouse, 1811.

(ï) Essai sur l'hist. génér. et sur l'esprit et les mœurs desnal., lom. I, chap. I ,p. 19. Éd. de 175C.

(3) Téna-lhoùi-'ân.

(t) Le Kiàng-i-pi-tchi.

Un écrivain qui paroît avoir soigneusement étudié l'ancienne histoire de la Chine, assure « que les Clii» nois, depuis le commencement de leur origine jus» qu'au temps de Confucius, n'ontpoint été idolâtres; » qu'ils n'ont eu ni faux dieux ni statues; qu'ils n'ont » adoré que le Créateur de l'univers, qu'ils ont tou» jours appelé Xam-ti, et auquel leur troisième empe

» reur, nommé Hoam-ti, bâtit un temple Le nom

» de Xam-ti, qu'ils donnoient à Dieu, signifie sou» verain Maître ou Empereur. On remarque qu'il y » a bien eu des empereurs de la Chine qui ont pris as

(i) L'Invariable Milieu, etc., nol., p. 134,135.

» sez souvent le surnom de Ti, qui veut dire Maître, » Empereur, ou celui de Vam, qui signifie Roi; » qu'il y a eu même un prince de la quatrième race, » qui s'est fait appeler Xi hoam-ti, le grand ou Yau» guste Empereur; mais qu'il ne s'en est trouvé aucun » qui ait osé prendre le titre de Xam, c'est-à-dire de » Souverain, et qu'on l'a toujours laissé par respect » à l'Arbitre absolu de l'univers (1). »

Nous avons déjà cité l'écrit plein d'intérêt, sous divers rapports, dans lequel un prince de la famille impériale, converti au christianisme, et qui reçut au baptême le nom de Jean, expose les motifs de sa conversion; voici comment il s'exprime au commencement de cet écrit:

« J'ai bien examiné nos livres, et j'ai remarqué » que Yao-Chun, Ya-Tang, Ouen-Vou, Kong-Tze, » Mong-Tze, tous ces sages philosophes et ces anciens » empereurs, ne servoient que le suprême Monarque » du ciel; qu'ils regardoient ce culte comme la pre» mière et la plus essentielle affaire, comme la base de » leur gouvernement. »

Après avoir rapporté différentes preuves de ce fait, tirées des anciennes annales de la Chine, il ajoute:

« Le philosophe Confucius dit: Les cérémonies » qu'on pratique pour honorer la terre, doivent se » rapporter toutes au culte du Maître du ciel. Mon» goze, autre philosophe célèbre, dit : Veillezsur votre » cœur, veillez sur votre esprit, parce que vous servez

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(0 Morale de Confucius; AvertisseTM., p■ 15.

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28 Essai Sur L'indifférence

» le souverain Monarque du ciel. En un il paroî t que ces » princes et ces philosophes n'avoient en tout d'autre » but, et d'autre fin, que de faire respecter et honorer » le Seigneur suprême. Tous les sages de ces premiers » siècles ont enseigné la même doctrine ; ils l'ont con» servée très pure et sans mélange de fausseté (1). »

Li-Lao-Kiun établit moins un culte nouveau, qu'il ne détourna du vrai culte, en formant une espèce d'école philosophique, où à des opinions dangereuses on mêloit les rêveries absurdes dela magie.

Ce ne fut que l'an 65 de notre ère, sous le règne de Mim-Ti, jque la secte de Fô s'introduisit à la Chine (2); et quoiqu'elle n'y soit que tolérée (3), et que les grands la méprisent (4), elle a précipité dans l'idolâtrie presque tout le peuple de ce vaste empire (5).

(I) Motifs du prince Jean pour embrasser la religion chrétienne: Lettres édif., toi». XX, p. 34!), 3S0.

(î) La plupart des historiens chinois conviennent que le culte do n'a été introduit à la Chine que du temps des Hans. « La doc» trine de Fô, dit un de ces écrivains, n'est dans le fond qu'une » vile secte de quelques peuples barbares; ce n'est que sous les » derniers Hans qu'elle s'est glissée dans notre empire , du moins » est-il très certain qu'anciennement elle n'y étoit point connue. > De Guignes; Mémoir. de l'Acad. des Inscript.,'iom. XLV, p. 583.

(3) Le P. Premare; Lettres édif., tom. XXI, p. 177.

(4) « Un homme entêté des contes qu'on fait sur les divinités des » sectes de et de Tao, fût-il un bel-esprit, il ne se préservera a pas d'un grain de folie qui paroilra. » Mœurs de la Chine, ouvrage chinois, (rad. par le P. d'Enlrecolles, p. 44 duMss.

(5) Cette même secte pénétra, l'an de J.-C. 333, dans l'Ile de c oy la H; et à Bornco, vers l'an 430. De Guignes; Uist. des Huns, part. II.

Quand on vient à considérer ces grandes catastrophes du monde moral, ces nations qui s'éloignent de Dieu, et qui tombent comme les anges rebelles, une pitié profonde et une secrète terreur s'emparent de l'âme. Qu'est-ce que l'homme? Qu'est-ce que ses lumières? Qu'est-ce que sa raison? Quelle est cette force qui le pousse au crime? et que gagne-t-il à se perdre? Prodigieux aveuglement! Mais il est ainsi; le mal lui plaît. Né pour le ciel, il cherche l'enfer, comme un voyageur égaré cherche sa patrie. El, chose étrange, la vérité qu'il fuit, la loi qu'il viole, se présentent de tous côtés à ses regards; il ne peut les ignorer, il ne peut les nier; tous les siècles et tous les peuples, même les plus dégradés, rendent témoignage à cette loi, à cette vérité, à la religion une, universelle, perpétuelle, et la rejeter c'est apostasier la raison humaine.

Partout le culte d'un seul Dieu a précédé l'idolâtrie, comme l'innocence précède le vice, comme l'ordre précède sa transgression. La foi blesse de l'esprit et la corruption du cœur donnent naissance à des pratiques superstitieuses; elles se répandent , elles se multiplient, elles deviennent enfin générales; et, ce qu'on ne sauroit trop faire observer, la tradition qui les condamne, la perpétuité ou l'antiquité, n'en demeure pas moins la règle universellement reconnue de la véritable foi et du culte légitime. Mais on abuse de cette règle, on la fausse; les passions et les préjugés, c'est-à-dire une volonté pervertie et une raison rebelle, empêchent qu'on en fasse une juste et

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