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Clément d'Alexandrie n'en doutoit point, et ses paroles montrent même qu'il regardoit ce sentiment comme une tradition apostolique (1). 11 ne faut pas s'étonner de l'entendre nommer les Sibylles. Presque tous les anciens Pères (2), et saint Augustin luimême (3), les ont crues véritablement inspirées. On a tout lieu de croire que sous ce nom, qui ne désigne aucun personnage certainement connu, de vraies prophéties avoient cours chez les Grecs et chez les Romains. Quoiqu'on en ignorât les auteurs, elles ne laissoient pas de produire leur effet, en dirigeant la foi et l'espérance des justes vers le Sauveur attendu, et en préparant les peuples à le reconnoître. Il est possible qu'on ait attribué faussement plusieurs prophéties aux sibylles; cependant Laelance, après en avoir cité de très frappantes, assure que quiconque aluCicéron, Varron, e d'autres écrivains qui vivoient avant JésusChrist, ne pensera point qu'elles soient supposées (1). Au reste, nous prions de bien remarquer que nous ne nous autorisons d'aucune de ces prédictions incertaines. Si nous en parlons, c'est uniquement pour montrer que les Pères ont cru que l'esprit prophétique étoit répandu chez tous les peuples (2), quoique sans doute beaucoup moins que chez le peuple choisi de Dieu pour être le dépositaire des promesses.

impulsi sunt. De Civil. Dci, tom. XVIII, cap. XLVII, lom. VII, col. wm.

(1) Quod enim queiiiadmodimi Jnda.os Deus sahos esse voluil, dans eis proplietas, ità eliam Grarcorum speclatissimos proprito Suit linijnœ prophetas excilatos , pront poterant capere Dei benelireiitiani, à vuIgo secrevit, prœter l'ctri praedicalionem, declarahit l'aulus apostolus dicons: Libros quoquo sumile, agnoscile Sibjllam quomodo tmnm ncnni significat, et ea Ihi.t sunt fulura : et II v daspensumite cllegite, et invenietis Dei lilium multn clariiis elapertiùs esse scriptum, et quemadniodi'im advcrsùs Christum iimlti reges instruentaciem, qui euiii habent odio, et eos qui nomen cjus Restant, et ejus iiileles , et ejus tolerantiam et adventum. Cicm. j4lexandr. Slrom., lib. VI, p. C3(l.

(2) S. Juilin. Cohort. ail Crmc, p.3» et 36.—Laci. Divin. Intl., Iib. IV, cap. XV.

(3) Omniiio non est cui alteri pra?ler Dominum Clu islum, dicat geuus humanum:

Te ilure■ ri qua Minent tcrlerii Tritigi» noilri,
Irri>i fKT/>rtuJ ■oh»iit fomiidïiir Urrfj.

Quod ex Cnmro, id est, ex Syblllino carmine se lassos est transtulisse virgilius ; quoniam forlanta illa vates aiiquid de tinleo Salvatore in spirilu audieral- quod necesse hahuitconliteri. A..August. iipisl. CCLVIII Marlian.,n. 5, lom. Il, col. 811.

(I) Ilis teslimoniis quidam rcvicll solent eô confugere ut .liant, non esse illa carmina Sibyllina, sed a nostris conflcU, atquo roui posita : quod profeelô non putabit, qui C.iceronem, Varronemque legerit, aliosque veteres, qui Ervthra?am Sibyllam, caHerasquc commemorant, quarum ex lihris ista e\empla proferimus : qui auctores anle obierunt, quàmChrislus secundum carnem nasecretur.Laclanl: Divin. Ituttt., lib. IV, cap. XV.

(3) Saint Thomas le dit expressément. « Discendum, quod multis

> genlilium facta fuit revelatio de Chrislo : ut patet per ea, quas » pra-dixerunt. • 2. 2^ Quœst. II, art. 7.— C'est aussi ce que pensoient Sixte de Sienne cl le savant évoque d'Avrauches. Le premier s'exprime ainsi: « Gentilibus verô, si qui absque Mediatoris » nolitià salutem sunt asseculi, sat iuit habere fidem in unica Dei

> credulitate imiusam ; hoc est ut Dcitm esse crederent humani ge» neris servatorem, juxta ordinem in sud admirabili Providentia » occullum, cl aliqiiibus ipsorum vatibus, ac sibyllis peculiari » privilcgio rcvelatum. » Sixt. Scnens., JBibliolh. sancta, lib. VI, Annot. M,p. 490.—Voici maintenant les paroles de Huet, qui attribue une véritable inspiration à Confucius : ■ Quodquc multô magis » mit ère, scriptum rcliquit in libris suis magnusillc Mnita' doctrtna»

> antistes Confucius, Vcrbum aliquandô carnem futurum ; armnm

> que quod id facturum esset, eum nempé ipsum quo Chris» tus Dominus natus est, anima prmvidit. » Alnelan. Qwest., ib. II, cap. Mil, p. 23Ô-. — Les numilmaus croient que Dieu a me

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Il y avoit encore entre les Juifs et les autres nations une différence importante. Celles-ci n'avoient point d'Écriture sacrée, parce qu'il n'existoit point parmi elles de tribunal souverain divinement établi pour en être l'infaillible interprète. La connoissance des dogmes et des devoirs se conservoit, comme les prophéties , par la tradition. Les Juifs seuls possédoienl la parole de Dieu consignée dans des monumens authentiques; de sorte que la doctrine du genre humain, avant la venue du Messie , doit être cherchée et ne peut être trouvée que dans la tradition universelle, et cette tradition atteste l'existence du don prophétique dans le monde entier. Sans cela, on ne pourroit pas même concevoir la religion ; puisqu'elle est entièrement fondée sur un Rédempteur attendu, et par conséquent prédit.

Les prophéties nombreuses que renferme l'Écriture peuvent être divisées en trois classes:

1° Celles qui ont eu leur accomplissement avant Jésus-Christ.

2° Celles que Jésus-Christ lui-même a accomplies.

3° Les prophéties de Jésus-Christ et des apôtres, parmi lesquelles il en est plusieurs qui ont eu déjà leur accomplissement, et d'autres qui uc l'auront qu'à la fin des temps.

Les premières servoienl à fortifier la foi des secondes; elles étoient comme la preuve de leur accomplissement futur pour ceux qui n'en dévoient pas être témoins. Qu'elles se soient vérifiées exactement, qui pourroit en douter, après le témoignage unanime de ceux qui en étoient les dépositaires, l'objet, et qui dès-lors ont pu mieux que personne et les entendre, et en faire l'application aux événemens? Nier l'existence de ces prophéties, ce seroit nier l'existence de l'Écriture; nier leur accomplissement, ce seroit nier l'histoire des Juifs.

cessivement envoyé dans le monde un grand nombre de prophètes, et Sale présume qu'ils tiennent celle tradition des Juifs cl des chrétiens. Prclim. Discoursc ondtc Korau, sect. IV, vol. !, p. 00.

H y a plus : ce seroit nier encore l'histoire des nations voisines, et celle même des puissantes monarchies de l'Orient, que Dieu faisoit servir à l'exécution de ses desseins sur son peuple, et dont, par ce motif, les destinées furent souvent prédites. Ainsi la prise de Babylone par Cyrus est annoncée dans Isaïe et Jérémie(l), avec ses plus légères circonstances. Le prophète a tout vu, jusqu'au moyen que le vainqueur emploieroit pour se rendre maître de cette ville superbe (2). Cyrus lui-même, qu' Isaïe avoit appelé par son nom deux cents ans avant qu'il fût né (3), reconnoît le manifeste accomplissement de la parole divine; et « ravi des oracles qui avoient prédit ses

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» victoires, 0 avoue qu'il doit son empire au Dieu du

» ciel(i) que les Juifs servoient (2). »

Si quelques-unes des prophéties qui les concernent particulièrement, nous paroissent obscures aujourd'hui, nous ne devons pas nous en étonner, puisqu'elles n'ont point été faites pour nous. Les prophètes, selon la remarque d'Origène, « n'annonçoient pas seule» ment de grands événemens qui intéressoient toutes » les nations de la terre, ou tout le corps des Juifs, » comme ce qui regarde le Messie, les empires, la » conversion des Gentils ; mais aussi des faits particu» liers : c'est de quoi il y a plusieurs exemples dans » les livres des Juifs (3). »

Quand ce peuple n'attesteroit pas que les prophéties de ce genre se sont accomplies, ou quand on refuseroit de croire son témoignage; s'il est certain d'ailleurs que ceux qui les ont faites étoient réellement prophètes, cela suffit pour être assuré que tout ce qu'ils ont prédit s'est vérifié. Or l'accomplissement incontestable d'une seule prophétie avérée, prouve l'inspiration de son auteur; et l'Écriture offre un grand nombre de semblables prophéties: sans même y comprendre celles qui ont le Messie pour objet, et dont nous parlerons tout-à-1'heure. C'est dans l'Écriture-Sainte que Porphyre et Julien, ces ardens ennemis du Christ, vont chercher des exemples de prophéties véritables (4).

i (1) // ParaUp., XXXVI, 23. / Esdr., 1 et 2.

(2) Bossuet, loc. cit.

(3) Orig. contr. Cels., Iib. II, n. 37. Traduct de Gourey.

(i) Porphyr. de Abstin. Iib. IV, cap. 13. — Id. Porph. et Jutian■ «p. Cyrill., Iib. V et VI inJulian.

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