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mœurs. Vous vous taisez : eh bien, Rousseau va parler pour vous.

« Je ne sais pourquoi l'on veut attribuer aux pro» grès de la philosophie la belle morale de nos livres. » Cette morale, tirée de l'Évangile, étoit chrétienne » avant d'être philosophique.. .Les préceptes de Platon » sont souvent très sublimes; mais combien n'erre» t-il pas quelquefois, et jusqu'où ne vont pas ses er» reurs !... L'Évangile seul est, quant à la morale, » toujours sûr, toujours vrai, toujours unique et tou» jours semblable à lui-même (1). »

Supposez la morale chrétienne abolie, à l'instant plus de société, plus de famille, plus de lois ; le crime seul régneroit, et la vie même tariroit dans sa source. Supposez au contraire une obéissance complète à ses commandemens, la terre, purifiée de tout désordre, seroit l'image du ciel, et, comme lui, le séjour de la paix, du bonheur, de l'innocence et de la sainteté (2).

Et remarquez encore dans le christianisme, dans sa morale et dans ses dogmes, un caractère de divinité

(1) Lettres écrites de la Montagne : III*Iet., p. 86,87; not. Paris, 1798.

(2) Bolingbroke lui-même n'a pu s'empêcher de le reconnoitre: « Il > ne parut jamais dans le monde, dît-il, de religion dont la tendance » naturlele ait été plus propre à augmenter la paix et le bonheur des » hommes, que ne l'est celle de la religion chrétienne. Le système » de religion renfermé dans l'Evangile est un système complet, » remplissant tout ce que se propose la religion naturelle ou révé* lée. L'Évangile de Jésus-Christ est une leçon continue de la 1110» raie la plus stricte, de la justice, de la bienveillance et de la cha» ritè universelle. » Analyse de Bolingbroke, sect. XII.

bien frappant. Quand Dieu se résolut à faire éclater sa gloire au dehors par la création, c'est-à-dire à manifester sa puissance, sa vérité, son amour, il voulut que nul être créé ne pût jamais s'attribuer aucun des dons qu'il tenoit de lui seul, et concourir, en quelque sorte, à se créer lui-même. Et c'est pourquoi la puissance de l'homme dispose des choses matérielles qui sont à sa portée, les combine, mais ne produit rien véritablement. De même aussi sa raison combine, rapproche, compare les vérités qu'elle a reçues, mais n'invente aucune vérité ; et dès-lors elle ne peut non plus découvrir aucun devoir, ou inventer aucune vertu. En effet, pendant quatre mille ans, on ne voit pas que l'esprit humain, quel que fût le degré de culture et de civilisation des peuples divers, ait ajouté aucun dogme, aucun précepte, à ceux qui avoient été révélés au commencement. Ils devoient cependant se développer, mais non par l'effort de l'homme. JésusChrist paroît au temps marqué : Il redit dans le monde ce qu'il a entendu de celui qui l'envoie (1 ). De nouveaux dogmes et de nouveaux préceptes sortent, pour ainsi parler, des préceptes et des dogmes anciens ; et depuis cette dernière révélation, annoncée dès l'origine et perpétuellement attendue, l'esprit humain, si avide de savoir, si orgueilleux de trouver, n'a pas fait un seul pas dans la connoissance de Dieu et de nos rapports avec lui. Il a douté, il a nié, il a dévasté le royaume de

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la vérité et de la vertu, mais jamais Une l'étendit par de nouvelles conquêtes.

Or puisque le premier homme connoissoit de la religion tout ce que les hommes en ont connu pendant quarante siècles, et que nous ne connoissons de plus que ce que Jésus-Christ nous en a appris, elle a donc été, dans toute sa durée, entièrement indépendante de la raison humaine, qui, avant et après la venue du Médiateur, ne put jamais découvrir d'elle-même ni un dogme, ni un devoir : donc le christianisme est évidemment divin, par cela même que son auteur a proclamé de nouveaux devoirs et manifesté de nouveaux dogmes.

Que si quelqu'un contestoit cette preuve de la divinité de la religion chrétienne, nous lui opposerions Rousseau lui-même, dont voici les paroles: « Nous » reconnoissons l'autorité de Jésus-Christ, parce que » notre intelligence acquiesce à ses préceptes et nous » en découvre la sublimité. Elle nous dit qu'il convient » aux hommes de suivre ses préceptes, mais qu'il étoit » au-dessus d'eux de les trouver (1). »

Le culte n'étant que l'expression du dogme, il s'ensuit que le christianisme, saint dans ses dogmes et dans sa morale, est également saint dans son culte. L'adoration d'un seul Dieu par un seul Médiateur en est le fond, comme elle l'étoit du culte antique; mais le véritable sacrifice remplace les sacrifices figuratifs.

(1) Lettre* écrites de la Montagne, p. 30. Paris, 1793.

Accompli sur la croix, il se perpétue tous les jours sur l'autel. Depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, le nom du Seigneur est grand parmi les nations : on sacrifie en tout lieu, et l'on offre à son nom une oblation pure(i), l'hostie sainte qui devoit opérer la réconciliation du monde (2). Le pontife des biens futurs (3), dont le sacerdoce est éternel (4); celui qui est tout ensemble le sacrificateur et la victime; après avoir consommé, par l'effusion de son sang, la rédemption de l'homme coupable, continue de s'offrir pour lui, d'une manière non sanglante, dans le sacrifice eucharistique (5), et s'offrira éternellement à son Père dans le ciel (6).

(I) Ah ortu solis usque ad occasum, magnum est nomen meum in genlibus; et in omni loco sacrificatur , et ofTertur nomini nieo oblalio monda. Malach., I, 11.

(!) Ueus erat in Chrislo mundum rcconcilians sibi. Ep. II ad Corinlh., V, 19.

(3) Christus aulem assistons ponlifex futurorum bonorum... neque persanguinem hircorum aut vitulorum , sed per proprium sanguinem, introivit semel in sancta, œlernà redempliono inventa. Ep. ad Uebr., IX, II, 13.

(4) Hic autem, eo quôd mancat in aHcrnum, sempilcrnum habet ucerdolium undè et salvcre potest accedentes per semetipsum ad Dcum. Ibid., VII, 21, 25.

(à) Idipsum quod semel in crucc perfecit, non cessat mirabiliter operari, ipse offerens, ipse cl oblatio. Prœfat. de SS. Sacrant.

(G) Scrutamini scripluras, in quibus putatis vos baberc vitam rcternam. Et profeclo haberetis, si Christum in eis intelligerclis, et tenerclis. Sed perscrutamini eas : ipsœ testimonium perhibent de hoc Mcrificiomundo, quod ofTertur Dco Israël ; non abunà genie vestrâ, de cujus manibus non se acceplurum praedixit; sed ab omnibus genlibus, qua» dicunt: Venile ascendamus in monlem Domini. Nec in uno loco, sicut vobis praecepium crat in terrenà Jerusalem; sed

TOME 4. 8

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« Lorsque nous considérons ce qu'opère Jésus» Christ dans ce mystère, et que nous le voyons par » la foi présent actuellement sur la Sainte-Table avec » ces signes de mort, nous nous unissons à lui en cet » état, nous le présentons à Dieu comme notre unique » victime, et notre unique propitiateur par son sang, » protestant que nous n'avons rien à offrir à Dieu » que Jésus-Christ, et le mérite infini de sa mort. » Nous consacrons toutes nos prières par cette divine » offrande; et en présentant Jésus-Christ à Dieu, » nous apprenons en même temps à nous offrir à la » Majesté divine en lui et par lui comme des hosties » vivantes.

» Tel est le sacrifice des chrétiens, infiniment dif» férent de celui qui se pratiquoit dans la loi : sacri» fice spirituel et digne de la nouvelle alliance, où la » victime présente n'est aperçue que par la foi, où le » glaive est la parole qui sépare mystiquement le » corps et le sang, où ce sang par conséquent n'est » répandu qu'en mystère, et où la mort n'intervient » que par représentation; sacrifice néanmoins très » véritable, en ce que Jésus-Christ y est véritable» ment contenu et présenté à Dieu sous cette figure » de mort: mais sacrifice de commémoration, qui, » bien loin de nous détacher du sacrifice de la croix, » nous y attache par toutes ses circonstances, puisque

in omni Ioco, usque in ipsam Jerusalem... Aaron saccrdolium jam nullum est in aliquo templo, et Christi sacerdotiom in aeternum perseverat in cœlo. S. Awjust. Tract, adv. Judœos, cap. XIII; Oper. tom. VIII, col. 39.

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