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Les exemples en contradiction avec ceux-ci sont rares dans Amyot. :

Henri Étienne exagéra ce principe en établissant indistinctement l'accord du participe avec tout complément placé ayant lui :

Pour exaller la beauté d'une dame, il ne faudroit alléguer qu'elle approcheroit plus que toute à la beauté d'Hélène, sinon à ceux qui l'auroyent vue (je dis qui auroyent vu Hélène.) (De la précellence du langage françois.)

L'éloquence d'un roy est trouvée plus éloquente que celle de toute autre personne Que Dieu n'a EXALTÉE jusques à ce degré. ( Idem.)

Ils (les Italiens ) ont pareillement pris leur troppo de notre trop, et en ce trop se sont DONNEZ trop de licence : car ils ne se sont pas CONTENTEZ d'en faire ce troppo, mais en ont faict aussi un nom adjectif. (Idem.)

Pour Montaigne, il écrivit le participe passé tantôt variable et tantôt invariable. Il semble dédaigner l'accord quand le complément qui précède est du genre masculin et du nombre pluriel; mais s'il est féminin, l'euphonie l’avertit alors, et il tient presque toujours compte du nombre aussi bien que du genre :

Touts les dangiers QUE j'ai veu, ça esté les yeux ouverts, la veue libre, şaine et entière. (Essais.)

Qui auroit faict perdre pied à mon âme, ne la remettroit jamais droict en su place..., et pourtant ne lairrois jamais ressoudre et consolider la plaie qui l'auroit PERCÉE. Il m'a bien prins qu'aucune maladie ne me l'ayt encores DESMISE.

(Idem.) Quant aux poëtes, ils tenaient très-peu compte du rang qu’occupait le complément, et ils faisaient le participe variable ou invariable selon que la mesure ou la rime le leur permettait; ainsi l'on trouve dans le Séjour d'honneur, de Saint-Gelais :

Mais qui bien eust leurs travauls comparez
Trouvez les eust d’esgale consonnance.
Tous deux dançoient dessoubz Vaine Espérance,
Et maintz autres de leur prospérité
Que Fol Abuz si a déshérité.

Et dans des vers contre un médisant :

Et s'il est si homme de bien,
Comme il veui partout être veu,
Qu'il parle de son bec au mien,

Car j'ai ma réponse préveu.
Marot lui-même se permit plusieurs fois ces licences :

C'est une lourde et longue maladie
. De trois bons mois qui m'a tout étourdie

La pauvre teste. ........... (Épître à François ler.). . Mais il revint bientôt aux principes qu'avait établis ou plutôt à l'orthographe qu'avait adoptée Amyot, et comme quelques-uns de ses

amis l’en blâmèrent, il leur répondit par cette épigramme qu'il adressa à ses disciples :

Enfans, oyez une leçon :
Nostre langue a ceste facon,
Que le terme qui va devant,
Volontiers régit le suivant.
Les vieulx exemples je suivray
Pour le mieulx : car, à dire vray,
La chanson fut bien ordonnée,
Qui dit : M'amour vous ay donnée,
Et du bateau est estonné
Qui dit : M'amour vous ay donné.
Voilà la force que possede
Le féminin, quand il précede.
Or prouveray par bons tesmoings
Que tous pluriers n'en font pas moins ;
Il fault dire en termes parfaicts :
Dieu en ce monde nous a faicts;
Fault dire en parolles parfaictes :
Dieu en ce monde les a faictes;
Et ne fault point dire en effaict :
Dieu en ce monde les a fait,
Ne, nous a fait, pareillement,
Mais nous a faits, tout rondement.
L'Italien, dont la faconde
Passe le vulgaire du monde,
Son langaige a ainsi basty
En disant: Dio noi a fatti.

Toutefois l'orthographe du participe passé précédé d'un complément direct fut traitée, jusqu'au milieu du dix-septième, d'une façon si arbitraire que Vaugelas, avant d'aborder cette question, déclare « qu'en toute la grammaire françoise il n'y a rien de plus important » et de plus ignoré. Je dis de plus important, ajoute-t-il, à cause du » frequent usage des participes dans les prétérits (passés indéfinis), » et de plus ignoré, parce qu'une infinité de gens y manquent. »

Et, comme pour prouver la vérité de son assertion, ce grammairien, résumant les différentes constructions ou peut être employé le participe passé joint à l'auxiliaire avoir dans les verbes transitifs, et à l'auxiliaire être dans les verbes pronominaux, établit au moyen des exemples suivants les règles qui, selon lui, devaient prévaloir :

1 J'AI REÇU vos lettres.
2 Les lettres que j'AI REÇUES.
3 Les habitants nous ONT RENDU maitres de la ville,
4 Le commerce lA RENDU puissante.
5 Je l'AI FAIT peindre.
6 C'est une fortification que j'AI APPRIS à faire.
7 Nous nous somMES RENDUS maîtres.
8 Nous nous soMMES RENDUS puissants.
9 La désobéissance s'EST TROUVÉ méritée.
10 Elle s'EST FAIT peindre ; ils se SONT FAIT peindre.

L'invariabilité du participe dans le troisième, le quatrième et le

Les exemples en contradiction avec ceux-ci sont rares dans Amyot. :

Henri Étienne exagéra ce principe en établissant indistinctement l'accord du participe avec tout complément placé ayant lui :

Pour exalter la beauté d'une dame, il ne faudroit alléguer qu'elle approcheroit plus que toute à la beauté d'Hélène, sinon à ceux qui l'auroyent vue (je dis qui auroyent vu Hélène.) (De la précellence du langage françois.)

L'éloquence d'un roy est trouvée plus éloquente que celle de toute autre personne Que Dieu n'a EXALTÉE jusques à ce degré. (Idem.)

Ils (les Italiens) ont pareillement pris leur troppo de notre trop, et en ce trop se sont DONNEZ trop de licence : car ils ne se sont pas CONTENTEZ d'en faire ce troppo, mais en ont faict aussi un nom adjectif. (Idem.)

Pour Montaigne, il écrivit le participe passé tantôt variable et tantot invariable. Il semble dédaigner l'accord quand le complément qui précède est du genre masculin et du nombre pluriel; mais s'il est féminin, l'euphonie l’avertit alors, et il tient presque toujours compte du nombre aussi bien que du genre :

Touts les dangiers QUE j'ai veu, ça esté les yeux ouverts, la veue libre, saine el entière. (Essais.)

Qui auroit faict perdre pied à mon âme, ne la remettroit jamais droict en sa place..., et pourtant ne lairrois jamais ressoudre et consolider la plaie qui l'auroit PERCÉE. Il m'a bien prins qu'aucune maladie ne me L'ayt encores DESMISE.

(Idem.)

Quant aux poëtes, ils tenaient très-peu compte du rang qu’occupait le complément, et ils faisaient le participe variable ou invariable selon que la mesure ou la rime le leur permettait; ainsi l'on trouve dans le Séjour d'honneur, de Saint-Gelais :

Mais qui bien eust leurs travaulx comparez
Trouvez les eust d'esgale consonnance.
Tous deux dançoient dessoubz Vaine Espérance,
Et maintz autres de leur prospérité
Que Fol Abuz si a déshérité.

Et dans des vers contre un médisant :

Et s'il est si homme de bien,
Comme il veui partout être veu,
Qu'il parle de son bec au mien,
Car j'ai ma réponse préveu.

Marot lui-même se permit plusieurs fois ces licences :

C'est une lourde et longue maladie
De trois bons mois qui m'a tout étourdie
La pauvre teste. ........... (Épître à François ler.).

Mais il revint bientôt aux principes qu'avait établis ou plutôt à l'orthographe qu'avait adoptée Amyot, et comme quelques-uns de ses amis l'en blâmèrent, il leur répondit par cette épigramme qu'il adressa à ses disciples :

Enfans, oyez une leçon :
Nostre langue a ceste facon,
Que le terme qui va devant,
Volontiers régit le suivant,
Les vieulx exemples je suivray
Pour le mieulx : car, à dire vray,
La chanson fut bien ordonnée,
Qui dit : M'amour vous ay donnée,
Et du bateau est estonné
Qui dit : M'amour vous ay donné.
Voilà la force que possede
Le féminin, quand il précede.
Or prouveray par bons tesmoings
Que tous pluriers n'en font pas moins;
Il fault dire en termes parfaicts :
Dieu en ce monde nous a faicts;
Fault dire en parolles parfaictes :
Dieu en ce monde les a faictes;
Et ne fault point dire en effaict :
Dieu en ce monde les a fait,
Ne, nous a fait, pareillement,
Mais nous a faits, tout rondement.
L'Italien, dont la faconde
Passe le vulgaire du monde,
Son langaige a ainsi basty
En disant : Dio noi a fatti.

Toutefois l'orthographe du participe passé précédé d'un complément direct fut traitée, jusqu'au milieu du dix-septième, d'une façon si arbitraire que Vaugelas, avant d'aborder cette question, déclare « qu'en toute la grammaire françoise il n'y a rien de plus important » et de plus ignoré. Je dis de plus important, ajoute-t-il, à cause du » fréquent usage des participes dans les pretérits (passés indéfinis), » et de plus ignoré, parce qu'une infinité de gens y manquent. »

Et, comme pour prouver la vérité de son assertion, ce grammairien, résumant les différentes constructions ou peut être employé le participe passé joint à l'auxiliaire avoir dans les verbes transitifs, et à l'auxiliaire être dans les verbes pronominaux, établit au moyen des exemples suivants les règles qui, selon lui, devaient prévaloir :

1 J'AI REÇU vos lettres.
2 Les lettres que j'AI REÇUES.
3 Les habitants nous ONT RENDU maitres de la ville,
4 Le commerce l'A RENDU puissante.
5 Je l'ai fait peindre.
6 C'est une fortification que j'AI APPRIS à faire.
7 Nous nous SOMMES RENDUS maîtres.
8 Nous nous SOMMES RENDUS puissants,
9 La désobéissance s'est TROUVÉ méritée.
10 Elle s'EST FAIT peindre; ils se sonT Pait peindre.

L'invariabilité du participe dans le troisième, le quatrième et le

neuvième exemple prouve que le véritable rapport du participe passé n'était pas alors nettement défini, et que l'on donnait dans ces constructions à un terme purement accessoire une importance qu'on ne peut attribuer qu'au complément essentiel.

Enfin, Lancelot, l'auteur de la Grammaire générale, publiée par M. Arnauld, posa des principes fondés sur le rapport logique du participe passé avec son complément, et les formula ainsi :

« L'accusatif qui régit le prétérit ne cause point de changement » dans le participe, lorsqu'il le suit, comme c'est le plus ordinaire ; » c'est pourquoi il faut dire : Il a aimé Dieu ; il a aimé l'Église; il a » AIMÉ les livres; il a AIMÉ les sciences; et non point il a AIMÉE » l'Église, ou AIMÉS les livres, ou AIMÉES les sciences. Mais quand un » accusatif précède le verbe auxiliaire (ce qui n'arrive guère en prose » que dans l'accusatif du relatif ou du pronom), ou même quand il » est après le verbe auxiliaire, mais avant le participe (ce qui n'ar» rive guère qu'en vers), alors le participe se doit accorder en genre niet en nombre avec cet accusatif; ainsi il faut dire : La lettre que » j'ay ESCRITE ; les livres que j'ay LEUS; les sciences que j'ay APPRISES; » car que est pour laquelle dans le premier exemple, pour lesquels » dans le second, et pour lesquelles dans le troisième. On dit de » même en vers :

» La valeur d’Alexandre a la terre conquise ; » non pas conquis, parce que l'accusatif la terre précède le participe » quoiqu'il suive le verbe auxiliaire. »

La théorie du participe passé se trouve ici tout entière, clairement quoique sommairement déduite.

Ce sont là les principes fondamentaux qui ont définitivement prévalu.

Ainsi, il a fallu plus d'un siècle pour rallier tout le monde aux doctrines grammaticales d'Amyot, quoique Marot s'en fùt fait le défenseur, et qu'elles eussent été sanctionnées dès la première moitié du seizième siècle, dans une foule de vers charmants qu'alors chacun savait par cour.

Nous en citerons comme preuve ces stances de Pernette du Guillet, contemporaine de Louise Labbé, dans lesquelles se trouve l'application des deux principes de variabilité et d'invariabilité du participe précédé et suivi de son complément direct :

Sans congnoissance aulcune en mon printemps j'estois,
Alors aulcun soupir encor poinct ne gectois,
Libre sans liberté ; car rien ne regrettois

En ma vague pensee,
De molz et vains desirs follement dispensée.
Mais Amour, tout jaloux du commun bien des dieux,
Se voulant rendre à moi, comme a maintz, odicux,

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