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modestie, vous voulez du moins qu'elle plaise, et vous ajoutez quelque chose à cette simplicité qui vous paroît trop sauvage. Ah! cette voix intérieure du Saint-Esprit qui vous poussoit dans le désert avec Jésus-Christ, c'est-à-dire à la solitude et à la vie retirée, vous la laissez étourdir par le bruit du monde, par son tumulte, par ses embarras : vous n'êtes pas propre au royaume de Dieu. « Celui-là n'y est pas propre, dit le Fils de Dieu, qui ayant mis la main à la charrue regarde derrière '. » Il ne dit pas qui retourne, mais qui regarde en arrière. Ce ne sont pas seulement les pas, mais les regards mêmes qu'il veut retenir; tant il demande d'attention, d'exactitude, de persévérance. Songez à la femme de Lot et au châtiment terrible que Dieu exerça sur elle ?, pour avoir seulement retourné les yeux du côté de la corruption qu'elle avoit quittée. Vous faites injure au Saint-Esprit et à la vocation divine, à cet esprit généreux qui ne sait point se relâcher ni se ralentir; vous ramollissez sa force, vous retardez sa divine et impétueuse ardeur; et par une juste punition il vous abandonnera à votre foiblesse. Vous aviez si bien commencé! Vous vous repentez d'avoir bien fait, vous faites pénitence de vos bonnes auvres; pénitence qui réjouit non l'Eglise mais le monde, non les anges mais les démons.

Mais il y en a encore d'autres, ceux qui disent (a) : J'en ai assez fait, je n'ai qu'à m'entretenir dans ma manière de vie; je ne veux pas aspirer à une plus haute perfection, je la laisse aux religieux; pour moi, je me contente de ce qui est absolument nécessaire pour le salut éternel. Nouvelle espèce de fuite et de retraite. Car pour arriver à cette montagne, à cette sainte Sion dont le chemin est si roide et si droit, si l'on ne s'efforce pour monter toujours, la pente nous emporte, et notre propre poids nous précipite. Tellement que dans la voie du salut, si l'on ne court, on retombe; si on languit, on meurt bientôt; si on ne fait tout, on ne fait rien; enfin marcher lentement, c'est rendre la chute infaillible.

Ne menez pas une vie moitié sainte et moitié profane, moitié chrétienne et moitié mondaine, ou plutôt toute mondaine et toute profane, parce qu'elle n'est qu'à demi chrétienne et à demi sainte. Que je vois dans ce monde de ces vies mêlées! On fait profession de piété, et on aime encore les pompes du monde. On est des cuvres de charité, et on abandonne son cour à l'ambition. « La loi est déchirée, et le jugement ne vient pas à sa perfection :. » Lacerata est lex, et non pervenit ad finem judicium'. La loi est déchirée; l'Evangile, le christianisme n'est en nos meurs qu'à demi, et nous cousons à cette pourpre royale un vieux lambeau de mondanité. Nous réformons quelque chose dans notre vie, nous condamnons le monde dans une partie de sa cause; et il devoit la perdre en tout point, parce qu'il n'y en a jamais eu de plus déplorée. Ce peu que nous lui laissons marque la pente du cæur.

* Luc., Ix, 62. – 2 Gen., xix, 26. (a) Var.: Mais elle ne souffre pas même ceux qui s'arrêtent, ceux qui disent.....

Ecoutez donc l'Evangile : Contendite ? : « Efforcez-vous. » En quelque état..., contendite. Si pour avancer à la perfection, combien plus pour sortir du crime? Marchez par la voie des saints : ils ne sont pas tous au même degré, mais tous ont pratiqué le même Evangile. « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père :, » mais il n'y a qu'une même voie pour y parvenir, qui est la voie de la croix, c'est-à-dire la voie de la pénitence. Si cependant Dieu vous frappe, etc., ne vous laissez pas abattre. Il vous corrige, il vous châtie. Ce n'est pas là ce qu'il faut craindre. Ne craignez pas que votre Père ne vous châtie, craignez qu'il ne vous déshérite. En perdant votre héritage, vous perdrez tout; car vous le perdrez lui-même. Et ne vous plaignez pas qu'il vous refuse tant de biens qu'il accorde aux autres; si vous voulez qu'il vous exauce toujours, ne lui demandez rien de médiocre, rien moins que lui-même, à magno parva ", son trône, sa gloire, sa vérité, etc.

1 Habac., I, 4. – 2 Luc., XII, 24.— 3 Joan., xiv, 2. - S. Greg. Nazianz., Epist. cvi.

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Beati misericordes, quoniam ipsi misericordiam consequentur. Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde. Matth., v, 7.

La solennité de ce jour et la charge particulière qui m'est imposée, m'obligent à partager mon esprit en deux pensées bien contraires, et à vous faire arrêter les yeux sur deux objets bien différens. Et premièrement, chrétiens, c'est l'intention de la sainte Eglise que l'on prêche dans toutes ses chaires la gloire des esprits immortels qu'elle honore tous aujourd'hui par une même célébrité. Et pour suivre ses volontés, il faut que par cette clef admirable de la parole divine à laquelle rien n'est fermé, je vous ouvre les portes sacrées de la céleste Jérusalem, et que je vous fasse entrer dans ce sanctuaire adorable où tous ces esprits bienheureux se reposant de tous leurs travaux, sont rendus dignes de porter leur bouche à la source toujours féconde de félicité et de vie. C'est le premier objet que l'on me propose ; mais voici que d'un autre côté on me charge de recommander à vos charités de prendre soin

(a) ANALYSE, PAR BOSSUET. Liaison entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée. Salut est une grace. Comparaison : une pierre dans l'édifice. Adorer la miséricorde en l'imitant. Deux sacrifices : à la justice, sacrifice de destruction; à la miséricorde, sacrifice de conservation. Les pauvres : Talibus hostiis promeretur (Hebr., XIII, 16).

Prêché le 1er novembre 1657, à Metz, devant une société de charité qui faisoit distribuer chez les pauvres des remèdes et des alimens, à la nouvelle inauguration de l'OEuvre des bouillons.

Plusieurs indices révèlent l'époque indiquée : l'écriture négligée, bien qu'elle commence à se former; la description de la misère publique qui sévissoit alors; le grand nombre des textes scripturaires; enfin les expressions plus imagées que justes. Nous lisons, par exemple : « Il faut que je vous fasse entendre... la ravissante musique par laquelle les saints expriment leur joie, et l'on m'oblige en meme temps de faire résonner à vos oreilles les gémissemens des infirmes..... Comment sera-t-il possible de marcher dans le même moment en des lieux si différens et sur des chemins si contraires ? »

des pauvres malades et de vous animer, si je puis, à vous joindre d'un zèle fervent à cette sainte société, qui ayant formé depuis quelques années le dessein de les soulager dans leur extrême misère, s'est liée et dévouée depuis peu à cette cuvre salutaire avec une ferveur nouvelle et un saint accroissement de dévotion. Que ferai-je ici, chrétiens, partagé entre deux matières qui paroissent si opposées ? D'un côté il faut que je vous fasse entendre les cantiques harmonieux et la ravissante musique par laquelle les saints expriment leur joie, et l'on m'oblige dans le même temps de faire résonner à vos oreilles les gémissemens des infirmes et les plaintes des languissans. Il faut élever nos esprits à cette cité bienheureuse et brillante d'une lumière immortelle, et en même temps il nous faut descendre dans les demeures tristes et obscures où sont gisans les pauvres malades. Et comment sera-t-il possible de marcher dans le même moment en des lieux si différens et sur des chemins si contraires ? Toutefois nous nous trompons; chrétiens, ce n'est qu'une fausse apparence, et si nous savons pénétrer les mystères du christianisme et la doctrine de notre évangile, nous demeurerons convaincus que ces deux objets que l'on nous présente, quoiqu'ils semblent fort opposés, sont unis nécessairement d'une liaison très-étroite. Car, dites-moi, je vous prie, mes frères, qu'est-ce que le ciel? qu'est-ce que ce séjour glorieux ? C'est le lieu que Dieu nous prépare pour y recevoir la miséricorde. Et les chambres des pauvres infirmes, les lits non de repos et de sommeil, mais d'inquiétudes et de veilles laborieuses où nous les voyons attachés ? C'est le lieu que Dieu nous destine pour y faire la miséricorde. Et maintenant ne voyez-vous pas quelle liaison il y a entre la miséricorde reçue et la miséricorde exercée? « Bienheureux les miséricordieux : ) voilà ceux qui exercent la miséricorde; parce qu'ils obtiendront la miséricorde : » et voilà ceux qui la reçoivent. Ne croyez donc pas, chrétiens, que ce soient deux choses fort éloignées de regarder en un seul discours les heureux et les miserables. Vous voyez que notre Sauveur met ensemble les uns et les autres, et cela pour quelle raison ? C'est qu'en nous montrant le lieu bienheureux où il répand sur nous la miséricorde, il nous fait voir où il nous faut tendre ; et en nous parlant du lieu où nous la pouvons exercer, il nous montre le droit chemin par lequel nous y pouvons arriver. Ouvrez vos mains, dit notre Sauveur; ouvrezles du côté de Dieu, ouvrez-les du côté des pauvres : ouvrez pour recevoir, ouvrez pour donner. Si vous fermez vos entrailles sur les nécessités de vos frères, la source de la miséricorde divine se tarira aussitôt sur vous; ouvrez-leur et votre coeur et vos mains, elle coulera avec abondance. C'est, mes frères, cette liaison et cette concorde admirable entre la miséricorde que nous espérons et la miséricorde que nous exerçons, que j'espère traiter en deux points avec le secours de la grace. Je vous représenterai avant toutes choses avec quelle libéralité Dieu exerce sur nous sa miséricorde, lorsqu'il nous reçoit dans son paradis ; et après je tâcherai de vous faire voir combien cette abondance de miséricorde que le Père céleste témoigne envers nous, en nous appelant à sa gloire, nous oblige d'avoir de tendresse pour nos frères qui sont ses enfans et les membres de son Fils unique. C'est le sujet de tout ce discours.

PREMIER POINT. Commencons avec allégresse à publier les miséricordes que notre bon Père exerce sur nous, lorsqu'il daigne nous appeler à la gloire de son royaume. Disons, confessons, publions, que nous n'y pouvons entrer que par grace, par un pur effet de bonté, par un sentiment de miséricorde. Et le Sauveur nous le dit dans notre Evangile : Misericordiam consequentur'. Quelle est cette miséricorde que le Fils de Dieu leur promet? Je soutiens que c'est la vie éternelle : Regnum cælorum ?. Deum videbunt'; possidebunt terram; terram viventium'; saturabuntur 6 ; inebriabuntur?; satiabor cùm apparuerit gloria tua 8; consolabuntur'; absterget Deus omnem lacrymam ''. Ainsi, misericordiam consequentur.

En effet, que pouvons-nous espérer, misérables bannis, enfans d'Eve, c'est-à-dire enfans de colère, enfans de malédiction, naturellement ennemis, chassés du paradis de délices ? Si l'on nous rappelle à notre patrie, si l'on nous tire de l'abîme, que devons

1 Matth., v, 7. — ° Ibid., 3. — 3 Ibid., 8. — * Ibid., 4. — 3 Psal. xxvi, 13. — • Matth., v, 6.— 7 Psal. xxX, 9.- 8 Ibid., xvi, 15. — 9 Matth., v, 5. — 10 A poc., XXI, 4.

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