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l'iniquité, et ses pauvres serviteurs gémissent accablés sous la violence ou la calomnie. Mais se vengeront-ils contre les hommes? A Dieu ne plaise , mes frères ! les hommes sont l'ouvrage du Dieu qu'ils adorent; ils sont ses images; ils sont nos frères et nos semblables : il faut aux enfans de Dieu une vengeance plus juste. Allons à la source du mal et à la source de l'injure que j'ai reçue : si cet ennemi me hait et me persécute, c'est le règne du péché qui en est la cause; si ce frénétique me frappe et me mord, c'est « la fièvre qui l'agite et qui le remue : » Febris animæ illius odit te , dit saint Augustin'. Ce n'est pas lui, dit-il, c'est sa fièvre, c'est sa maladie qui me persécute; c'est sur cette fièvre de l'ame que je veux exercer ma vengeance; c'est ce règne du péché que je veux détruire; c'est une telle vengeance que demandent à Dieu les martyrs : « Seigneur, disent-ils, vengez notre sang : » Vindica sanguinem nostrum . Sur quoi saint Augustin a dit ces beaux mots : Ipsa est sincera et plena justitiæ et misericordiæ vindicta martyrum , ut avertatur regnum peccati : « Cette vengeance des martyrs est pleine de miséricorde et de justice. Car ils ne la demandent pas contre les hommes, mais contre le règne du péché sous lequel ils ont tant souffert : » Non enim contra ipsos homines, sed contra regnum peccati.... petierunt, quo regnante tanta perpessi sunt ! Cette vengeance n'est ni cruelle, ni violente; au contraire, dit saint Augustin, «elle est pleine de miséricorde et de justice : » Plena justitiæ et misericordiæ : pleine de justice, parce qu'il n'est rien de plus juste que l'iniquité soit abattue; pleine de misericorde , parce que c'est sauver l'homme que de détruire en lui le péché.

Priez donc pour ceux qui vous persécutent, et demandez à Dieu une vengeance qui leur est si salutaire. Seigneur, vengezmoi de mon ennemi; vengez-moi du péché qui me persécute, de cette dureté de cour qui s'oppose à la charité fraternelle. Renversez ce superbe, mais que ce soit par la pénitence; rompez le coeur de cet endurci, mais que ce soit par la contrition; abaissez la tête de ce rebelle, mais que ce soit par l'humilité. O noble et

1 Tract. vui in Epist. Joan., n. 11.– 2 Apoc., VI, 10.— 8 S. August., De Serm. Domin. in monte, lib. I, n. 77.

glorieuse vengeance! plût à Dieu que nous fussions tous vengés de la sorte! Saul avoit persécuté saint Etienne; il l'avoit lapidé, dit saint Augustin', par les mains de tous ses bourreaux ; le sang de ce martyr n'avoit fait que l'exciter au carnage, il alloit rugissant et frémissant contre l’innocent troupeau du Fils de Dieu. Vive Dieu! dit le Seigneur : je vengerai mes serviteurs, et une telle violence ne demeurera pas impunie. Il arrête Saul dans son voyage; il le met à ses pieds tremblant et confus. Ne vous semble-t-il pas, chrétiens, que saint Etienne est bien vengé de cet ennemi (a)? Il est vengé comme il le vouloit : Domine , ne statuas illis hoc peccatum ?. C'est contre le péché qu'il veut se venger, et voilà le péché détruit et son règne renversé par terre. Saul devenu Paul ne songe plus qu'à achever cette vengeance, tous les jours il travaille à détruire en lui le péché et ses convoitises ; c'est pour cela qu'il châtie son corps et le réduit dans la servitude, et il venge par ce moyen, c'est saint Augustin qui le dit, et saint Etienne et les chrétiens qu'il avoit injustement persécutés : Nonne tibi videtur in seipso Stephanum martyrem vindicare? Il les venge, et de quelle sorte ? C'est qu'il combat, c'est qu'il affoiblit, c'est qu'il surmonte en lui-même ce péché régnant, cette tyrannie de ses convoitises qui l'avoit porté à ses violences : Nam hoc in se utique prosternebat, et debilitabat, et victum ordinabat , unde Stephanum cæterosque christianos fuerat persecutus :.

Chrétiens, prions persévéramment pour obtenir de Dieu cette vengeance qui sera le salut de nos ennemis. Si nous faisons bien cette prière, jamais nous ne pourrons vouloir du mal à ceux à qui nous désirons un si grand bien. Car le règne du péché ne pouvant être détruit en eux que le règne de Dieu ne leur advienne, pouvons-nous avoir de l'inimitié, si nous demandons pour eux un tel bonheur ? Quoi ! leur envierons-nous les biens de la terre en leur souhaitant ceux du ciel ? Si nous ne voulons pas être avec eux, nous leur souhaitons plus de bonheur qu'à nous-mêmes ; et si nous souhaitons d'en jouir en leur compagnie, pouvons-nous

Serm. cccxv, n. 7. – ? Act., VII, 59. — 3 S. August., De Serm. Domin. in monte, lib, 1, n. 77.

(6) Var.: Non-seulement Dieu le venge, mais il fait que son ennemi devient son vengeur.

avoir de la haine contre ceux que nous désirons avoir éternellement pour amis ? Vous ne pouvez donc pas prier pour eux sans les aimer sincèrement; et cependant Dieu vous oblige à prier pour eux. On ne considère pas jusqu'où va cette obligation. Quand vous dites : « Notre Père, délivrez-nous du mal, » vous demandez à Dieu qu'il détruise en nous ce règne du péché : vous ne parlez pas pour vous seul. Quoi ! excluez-vous votre ennemi ? Voulezvous qu'il soit damné? Loin de la douceur chrétienne une vengeance si enragée et digne d'un démon et non pas d'un homme! Si vous l'y comprenez, le demandez-vous sincèrement? C'est devant Dieu que vous parlez : donc en demandant que Dieu le délivre d’un si grand mal, pouvez-vous lui désirer aucun mal ? Il n'y a que la charité qui prie : si vous n'avez la charité, votre intention dément vos paroles; et quand la bouche les nomme, le cour les exclut.

Qu'il n'en soit pas ainsi, chrétiens ; répandons devant notre Dieu des yeux sincères pour nos ennemis, et qu'il n'y ait personne en qui nous ne souhaitions que le règne du péché se détruise (a) : comprenons-y tous nos ennemis et tous les ennemis de l'Eglise. Si le péché n'eût régné en eux, ils ne se seroient pas séparés de notre unité. L'ambition, l'amour de soi-même et de ses propres opinions, c'est ce qui a causé ce schisme, c'est ce qui a fait naître cette division scandaleuse. Seigneur, vengez-nous de ces ennemis, et vengez votre Eglise à qui ils ont arraché tant de ses enfans. Dieu l'a déjà fait, chrétiens; ils se sont divisés, et il les divise : « Ils ont pris le glaive de division, » et ils ont déchiré l'Eglise de Dieu : Ipsi habent gladium divisionis. « Mais parce que le Fils de Dieu a dit véritablement que celui qui frapperoit par le glaive mourroit par le glaive, voyez ceux qui se sont retranchés de l'unité, en combien de morceaux ils sont partagés : ) Sed quia verum dixerat Dominus : Qui gladio percutit, gladio morietur, videte illos, fratres mei, qui se ab unitate præciderunt, in quot frusta præcisi sunt '. Luthériens, calvinistes, anabaptistes, sociniens , arminiens et tant d'autres; autant d'opinions que de 1 De Agon. Christ., n. 31. (a) Var.: Soit anéanti.

TOM. VIII.

530 SERMON POUR LE VENDREDI APRÈS LES CENDRES. têtes en Angleterre. Dieu a vengé son Eglise ; ils n'ont pas voulu l'unité, ils seront divisés même parmi eux. Seigneur, ce n'est pas là toute la vengeance : détruisez le règne du péché en eux, ramenez-les au règne de la charité : c'est ce que l'Eglise demande , c'est pourquoi elle gémit et elle soupire.

Vous voyez des fruits de ses prières en ces nouveaux enfans, qui sont venus chercher en son sein la vie qui ne se peut trouver dans une autre source. Mes frères , je les recommande à vos charités. Vous êtes las peut-être de les entendre si souvent recommander aux prédicateurs; et nous pouvons vous avouer devant ces autels que nous sommes las de le faire : non pas que nous nous lassions de demander du secours pour des misérables, car à quoi peuvent être mieux employées nos voix ? Nous ne rougissons pas de quêter pour elles, nous ne nous lassons pas de parler pour elles : mais nous rougissons pour vous-mêmes de ce qu'il faut encore vous le demander; de ce qu'après qu'on a crié depuis tant d'années au secours pour ces pauvres filles qui sont venues à l'Eglise et qui n'y peuvent trouver du pain, qui ont couru à nous et que notre lâcheté abandonne, on crie et l'on crie vainement; tant de prédicateurs vous l'ont dit, et le zèle ne s'échauffe pas, etc.

SERMON

POUR

LE SAMEDI APRÈS LES CENDRES,

SUR L'ÉGLISE (a).

Erat navis in medio mari.
Le navire étoit au milieu de la mer. Marc., vi, 47.

Le mystère de l'Evangile, c'est l'infirmité et la force unies, la grandeur et la bassesse assemblées. Ce grand mystère (b), Messieurs, a paru premièrement en notre Sauveur, où la puissance divine et la foiblesse humaine s'étant alliées, composent ensemble ce tout admirable que nous appelons Jésus-Christ; mais ce qui paroît en sa personne, il a voulu aussi le faire éclater dans l'Eglise qui est son corps, «où une partie triomphe par les miracles, l'autre succombe sous les outrages qu'elle reçoit : » Unum

(a) Premier point. — Dans l'homme, un esprit de contrariété à l'Evangile. Eglise victorieuse dans les persécutions. Sæpe expugnaverunt me (Psal. CVIII, 3).

Second point.-Curiosité. Ses tempêtes. Ascendunt usque ad cælos (Psal. cvi, 26). Ses bornes comme à la mer.

Autorité, infaillibilité de l'Eglise.

Troisième point. – Eglise diminuée en sa foi par la multiplication de ses enfans. Salvien. Multiplicati sunt super numerum (Psal. xxxix, 6).

Pourquoi les bons parmi les méchans ?
Nulle impatience de ce mélange.

Ce sermon a été préché le 21 février 1660, dans la maison des Nouveaux Catholiques.

La maison des Nouveaux Catholiques rendoit aux hommes qui embrassoient la foi, les mêmes services que la maison des Nouvelles Catholiques rendoit aux femmes dans la même circonstance. Ces deux établissemens avoient été dotés par le marquis de Morangis, et le premier se trouvoit rue de Seine-Saint-Victor. La liste des prédicateurs qui devoient prêcher le Carème de 1660, après avoir nommé Bossuet pour l'église des Minimes, ajoute : « Aux filles Nouvelles Catholiques, le premier vendredi de Carême, M. Bossuet; aux hommes Nouveaux Catholiques, le premier samedi, M. Bossuet. » Voir la note du sermon précédent.

(6) Var.: Ce mystère admirable.

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