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la sûreté du port, pendant que vous voguez au milieu des ondes. Eh quoi! ne voyez-vous pas ce navire qui, éloigné de son port, battu par les vents et par les flots, vogue dans une mer inconnue ? Si les tempêtes l'agitent, si les nuages couvrent le soleil, alors le sage pilote craignant d'être emporté contre des écueils, commande qu'on jette l'ancre; et cette ancre fait trouver à son vaisseau la consistance parmi les flots, la terre au milieu des ondes et une espèce de port assuré dans l'immensité et dans le tumulte de l'océan. Ainsi, dit le saint Apôtre, « jetez au ciel votre espérance, laquelle sert à votre ame comme d'une ancre ferme et assurée, » quam sicut anchoram habemus animæ tutam ac firmam'. Jetez cette ancre sacrée, dont les cordages ne rompent jamais, dans la bienheureuse terre des vivans; et croyez qu'ayant trouvé un fond si solide, elle servira de fondement assuré à votre vaisseau, jusqu'à ce qu'il arrive au port.

Mais, Messieurs, pour espérer, il faut croire. Et c'est ce qu'on nous dit tous les jours : Donnez-moi la foi, et je quitte tout; persuadez-moi de la vie future, et j'abandonne tout ce que j'aime pour une si belle espérance. — Eh quoi ! homme, pouvez-vous penser que tout soit corps et matière en vous ? Quoi! tout meurt, tout est enterré ? Le cercueil vous égale aux bêtes, et il n'y a rien en vous qui soit au-dessus ? Je le vois bien, votre esprit est infatué de tant de belles sentences, écrites si éloquemment en prose et en vers, qu’un Montaigne (je le nomme) vous a débitées; qui préfèrent les animaux à l'homme, leur instinct à notre raison, leur nature simple, innocente et sans fard, c'est ainsi qu'on parle, à nos raffinemens et à nos malices. Mais, dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez si finement (a) de l'homme qui s'imagine être quelque chose, compterez-vous encore pour rien de connoître Dieu? Connoître une première nature, adorer son éternité, admirer sa toutepuissance, louer sa sagesse, s'abandonner à sa providence, obéir à sa volonté, n'est-ce rien qui nous distingue des bêtes ? Tous les saints, dont nous honorons aujourd'hui la glorieuse mémoire, ontils vainement espéré en Dieu, et n'y a-t-il que les épicuriens bru1 Hebr., vi, 19. (a) Var. : Si éloquemment, ou : si galamment.

TOM. VIII.

taux et les sensuels qui aient bien connu les devoirs de l'homme? Plutôt ne voyez-vous pas que si une partie de nous-mêmes tient à la nature sensible, celle qui connoît et qui aime Dieu, qui en cela est semblable à lui, puisque lui-même se connoît et s’aime, dépend nécessairement de plus hauts principes (a) ? Et donc! que les élémens nous redemandent tout ce qu'ils nous prètent, pourvu que Dieu puisse aussi nous redemander cette ame qu'il a faite à sa ressemblance. Périssent toutes les pensées que nous avons données aux choses mortelles; mais que ce qui étoit né capable de Dieu soit immortel comme lui! Par conséquent, homme sensuel, qui ne renoncez à la vie future que parce que vous craignez les justes supplices, n'espérez plus au néant; non, non, n'y espérez plus; voulez-le, ne le voulez pas, votre éternité vous est assurée. Et certes il ne tient qu'à vous de la rendre heureuse; mais si vous refusez ce présent divin, une autre éternité vous attend; et vous vous rendrez digne d'un mal éternel, pour avoir perdu volontairement un bien qui le pouvoit être.

Entendez-vous ces vérités ? Qu'avez-vous à leur opposer? Les croyez-vous à l'épreuve de vos frivoles raisonnemens et de vos fausses railleries ? Murmurez et raillez tant qu'il vous plaira : le Tout-Puissant a ses règles qui ne changeront ni pour vos murmures ni pour vos bons mots; et il saura bien vous faire sentir, quand il lui plaira, ce que vous refusez maintenant de croire (b). Allez, courez-en les risques, montrez-vous brave et intrépide, en hasardant tous les jours votre éternité. Ah! plutôt, chrétiens, craignez de tomber en ses mains terribles (c). Remédiez aux désordres de cette conscience gangrenée. Pécheurs, il y a déjà trop longtemps que « l'enflure de vos plaies est sans ligature, que vos blessures invétérées n'ont été frottées d'aucun baume : » Vulnus, et livor, et plaga tumens; non est circumligata , nec curata medicamine, neque fota oleo'. Cherchez un médecin qui vous traite; cherchez (d) un confesseur qui vous lie par une discipline salutaire; que ses conseils soient votre huile, que la grace du sacrement soit un baume bénin sur vos plaies. Ou si vous vous êtes approchés de Dieu, si vous avez fait pénitence dans une si grande solennité : allez donc désormais et ne péchez plus. Quoi! ne voulez-vous rien espérer que dans cette vie? Ah! ce n'est point la raison, c'est le dépit et le désespoir qui inspirent de telles pensées. S'il étoit ainsi, chrétiens, si toutes nos espérances étoient renfermées dans ce siècle, on auroit quelque raison de penser que les animaux l'emportent sur nous. Nos maladies, nos inimitiés, nos chagrins, nos ambitieuses folies, nos tristes et malheureuses prévoyances qui avancent les maux, bien loin d'en empêcher le cours, mettroient nos misères dans le comble. Eveillez-vous donc, ô enfans d’Adam ; mais plutôt éveillez-vous, ô enfans de Dieu, et songez au lieu de votre origine.

1 Isa., 1, 6. (a) Var.: Doit avoir de plus hauts principes. — (6) Ce que vous ne voulez pas croire. - Puissantes. — (d) Pécheur, il y a déjà trop longtemps que l'enflure de tes plaies est sans ligature, que tes blessures..... Cherche un confesseur qui te traite, cherche un confesseur qui te lie, etc.

SIRE, celui-là seroit haï de Dieu et des hommes, qui ne souhaiteroit pas votre gloire même en cette vie (a), et qui refuseroit d'y concourir de toutes ses forces par ses fidèles services. Mais certes je trahirois Votre Majesté et je lui serois infidèle, si je bornois mes souhaits pour elle dans cette vie périssable. Vivez donc toujours heureux, toujours fortuné, victorieux de vos ennemis, père de vos peuples; mais vivez toujours bon, toujours juste, toujours humble et toujours pieux, toujours attaché à la religion et protecteur de l’Eglise. Ainsi nous vous verrons toujours roi, toujours auguste, toujours couronné, et en ce monde et en l'autre. Et c'est la félicité que je vous souhaite, avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

(a) Var.: Qui ne souhaiteroit pas de vous voir heureux même en cette vie.

TROISIÈME SERMON

POUR

LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS (a).

Ut sit Deus omnia in omnibus.

Dieu sera tout en tous. I Cor., xv, 28. Le Roi-Prophète fait une demande dans le psaume xxxIII°, à laquelle vous jugerez avec moi qu'il est aisé de répondre : « Qui est l'homme qui désire la vie et souhaite de voir des jours heureux ? » Quis est homo qui vult vitam, diligit dies videre bonos? A cela toute la nature, si elle étoit animée, répondroit d'une même voix que toutes les créatures voudroient être heureuses. Mais surtout les natures intelligentes n'ont de volonté ni de désir que pour leur félicité; et si je vous demande aujourd'hui si vous voulez être heureux, quoique vos bouches se taisent, j'entendrai le cri secret de vos cours, qui me diront d'un commun accord que sans doute vous le désirez, et ne désirez autre chose. Il est vrai que les hommes se représentent la félicité sous des formes différentes : les uns la recherchent et la poursuivent sous le nom de plaisir, d'autres sous celui d'abondance et de richesses, d'autres sous celui de repos, ou de liberté, ou de gloire, d'autres sous celui de vertu. Mais enfin tous la recherchent, et le Barbare et le Grec, et les nations sauvages et les nations polies et civilisées, et celui qui se repose dans sa maison, et celui qui travaille à la campagne, et celui qui traverse les mers, et celui qui demeure sur la terre. Nous voulons

* Psal. xxxIII, 13.

(9) Préché le 1er novembre 1662, à la célèbre abbaye de Jouarre, qui vit se retirer dans son enceinte Madeleine d'Orléans, Jeanne de Bourbon, Charlotte de Bourbon, Louise de Bourbon, Marguerite de la Trémouille, Jeanne de Lorraine, etc. Un demi-siècle plus tard on parloit encore avec enthousiasme, dans l'illustre monastère, de l'Amen alleluia de Bossuet, deux mots de l'Apocalypse qu'il avoit commentés d'après saint Augustin. Nous n'avons pas ce commentaire; celui qu'on a publié jusqu'à ce jour est de Déforis.

Le sermon n'a pas été rédigé complétement; des pages qui le composent, les unes reproduisent des pensées du discours précédent, d'autres renferment des textes latins, plusieurs sont seulement esquissées. Au reste, de sublimes considérations.

tous être heureux, et il n'y a rien en nous ni de plus intime ni de plus fort, ni de plus naturel (a) que ce désir.

Ajoutons-y, s'il vous plaît, Messieurs, qu'il n'y a rien aussi de plus raisonnable. Car qu'y a-t-il de meilleur que de souhaiter le bien, c'est-à-dire la félicité? Vous donc, ô mortels qui la recherchez, vous recherchez une bonne chose; prenez garde seulement que vous ne la recherchiez où elle n'est pas. Vous la cherchez sur la terre, et ce n'est pas là qu'elle est établie, ni que l'on trouve ces jours heureux dont nous a parlé le divin Psalmiste. En effet ces beaux jours, ces jours heureux, ou les hommes toujours inquiets les imaginent du temps de leurs pères, ou ils les espèrent pour leurs descendans; jamais ils ne pensent les avoir trouvés ou les goûter pour eux-mêmes. Vanité, erreur et inquiétude de l'esprit humain! Mais peut-être que nos neveux regretteront la félicité de nos jours avec la même erreur qui nous fait regretter le temps de nos devanciers; et je veux dire en un mot, Messieurs, que nous pouvons ou imaginer des jours heureux, ou les espérer, ou les feindre, mais que nous ne pouvons jamais les posséder sur la terre.

Songez, Ô enfans d’Adam, au paradis de délices d'où vous avez été bannis par votre désobéissance; là se passoient les jours heureux. Mais songez, Ô enfans de Jésus-Christ, à ce nouveau paradis dont son sang nous a ouvert le passage; c'est là que vous verrez les beaux jours (6). Ce sont ici les jours de misères, les jours de sueurs et de travaux, les jours de gémissemens et de pénitence, auxquels nous pouvons appliquer ces paroles du prophète Isaïe : « Mon peuple, ceux qui te disent heureux, l'abusent (c) et renversent toute ta conduite'. » Et encore : « Ceux qui font croire à ce peuple qu'il est heureux, sont des trompeurs; et ceux dont on vous vante la félicité sont précipités dans l'erreur (d) :) Et erunt qui beatificant populum istum seducentes , et qui beatificantur præcipitati?.

Ne croyez pas que j'entreprenne, etc. Car écoutez l'apôtre saint 1 Isa., 111, 12. ? Ibid., ix, 16.

(a) Var.: Constant. - (b) Que vous goûterez la félicité véritable. - (c) Te trompent. — (d) Dans l'abime.

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