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vons de l'amour à nos prochains qui en usent bien avec nous ; mais moi, que je doive mon affection à cet homme qui la rejette, à cet homme qui a rompu le premier tous les liens qui nous uni ssoient, c'est ce qu'il m'est impossible d'entendre; ni que la charité lui soit due, puisqu'il en méprise toutes les lois. Vous ne pouvez pas le comprendre ? Et moi je vous dis qu'il le faut croire, et que la charité lui est due par une obligation (a) si étroite qu'il n'y a aucun homme vivant qui puisse jamais vous en dispenser, parce que cette dette est fondée sur un titre qui ne dépend pas de la puissance des hommes. Quel est ce titre ? Le voici, Messieurs, écrit de la main de l'Apôtre en la divine Epitre aux Romains : Multi unum corpus sumus in Christo, singuli autem alter alterius membra': « Quoique nous soyons plusieurs, nous sommes tous un même corps en Jésus-Christ, et nous sommes en particulier les membres les uns des autres. » De ce titre si bien écrit, je tire, Messieurs, cette conséquence. La liaison qui est entre nous vient de Jésus et de son Esprit ; ce principe de notre union est divin et surnaturel : donc toute la nature jointe ensemble ne doit pas être capable de la dissoudre. Si votre ennemi la rompt le premier, il entreprend contre Jésus-Christ; vous ne devez pas suivre ce mauvais exemple. Quoiqu'il rejette votre affection, vous ne laissez pas de la lui devoir, parce que cette dette n'est pas pour lui seul et dépend d'un plus haut principe. -- Mais il m'a fait déclarer qu'il m'en tenoit quitte. — Mais il n est pas en son pouvoir d'y renoncer, parce que vous lui devez cette affection cordiale, sincère et inébranlable, comme membre de Jésus-Christ. Or il ne peut pas renoncer à ce qui lui convient comme membre, parce que cette qualité regarde l'honneur de Jésus-Christ même. Il est dans l'usage des choses humaines que je ne puis renoncer à un droit au préjudice d'un tiers. Jésus, comme chef, est intéressé à cette sincère charité que nous devons à ses membres. Il ne nous est pas permis d'y renoncer, parce que l'injure en retomberoit sur tout le corps , elle retourneroit même contre le chef. (6) Si la dette de la charité étoit simplement des hommes à l'égard des hommes, quand nos frères manqueroient à leur devoir, nous serions quittes envers eux. Mais cette dette regarde Dieu parce qu'ils sont ses images, et Jésus-Christ parce qu'ils sont ses membres. Il n'y a que Satan et les damnés qu'il nous soit permis de haïr, parce qu'ils ne sont plus du corps de l'Eglise dont Jésus les a retranchés éternellement. Exercez votre haine tant qu'il vous plaira contre ces ennemis irréconciliables. Mais si nous sommes à Jésus-Christ, nous sommes toujours obligés d'aimer tout ce qui est ou peut être à lui. • Chrétiens, ne disputons pas une vérité si constante, prononcée si souvent par le fils de Dieu, écrite si clairement dans son Evangile. Que si vous voulez savoir combien cette dette est nécessaire (a), jugez-en par ces paroles de notre Sauveur : Si offers munus tuum..., vade priùs reconciliari fratri tuo'. Il semble qu'il n'y a point de devoir plus saint que celui de rendre à Dieu ses hommages. Toutefois j'apprends de Jésus-Christ même qu'il y a une obligation plus pressante : Va-t'en te réconcilier avec ton frère : Vade priùs. O devoir de la charité ! « Dieu méprise son propre honneur, dit saint Chrysostome, pour établir l'amour envers le prochain : » Honorem suum despicit, dùm in proximo charitatem requirit ; il ordonne que « son culte soit interrompu , afin que la charité soit rétablie; et il nous fait entendre par là que l’offrande qui lui plaît le plus, c'est un caur paisible et sans fiel et une ame saintement réconciliée : » Interrumpatur, inquit, cultus meus, ut vestra charitas integretur : sacrificium mihi est fratrum reconciliatio 2. Reconnoissons donc, chrétiens, que l'obligation de la charité est bien établie, puisque Dieu même ne veut être payé du culte que nous lui devons qu'après que nous nous serons acquittés de l'amour qu'il nous ordonne d'avoir pour nos frères. Nous aurions trop mauvaise grace de contester une dette si bien avérée, et il vaut mieux que nous recherchions le terme qui nous est donné pour payer.

1 Rom., XII, 5.

(a) Var.: Par cette obligation.— (6) Note marg.: C'est donc au chef à nous en exempter, et il ne nous en exempte qu'en les retranchant du corps et les envoyant aux ténèbres extérieures.

Saint Paul : Sol non occidat super iracundiam vestrum 3 : « Que . 1 Matth., V, 24, 25. — 2 S. Chrysost., homil. xvi in Matth. 3 Ephes., IV, 26.

(a) Var.: Combien cette obligation est pressante,

le soleil ne se couche pas sur votre colère. » Ah! mes frères, que ce terme est court! mais c'est que cette obligation est bien pressante. Il ne veut pas que la colère demeure longtemps dans votre cour, de peur que s'aigrissant insensiblement comme une liqueur dans un vaisseau , elle ne se tourne en haine implacable. La colère a un mouvement soudain et précipité. La charité ordinairement n'en est pas beaucoup altérée; mais en croupissant elle s'aigrit, parce qu'elle passe dans le côur et change sa disposition. C'est ce que craint le divin Apôtre. Ah ! quelque grande que soit votre colère, « que le soleil, dit-il, ne se couche pas qu'elle ne soit entièrement apaisée. » La nuit est le temps du repos , elle est destinée pour le sommeil. Saint Paul ne peut pas comprendre qu'un chrétien, enfant de paix et de charité, puisse faire un sommeil tranquille ni goûter quelque repos, ayant le cæur ulcéré contre son frère. Il appréhende les ténèbres de la nuit. Durant le jour, dit saint Chrysostome, l'esprit diverti ailleurs ne s'occupe pas si fortement de la pensée de cette injure; mais la nuit, l'obscurité, le secret et la solitude le laissant tout seul, rappellent toutes les images fâcheuses : — Il l'a dite, cette injure, il l'a dite d’un ton aigre et méprisant.— Les ondes de la colère s'élèvent plus fort, et l'inflammation se met dans la plaie. Ainsi tandis que le soleil luit, calmez ces mouvemens impétueux, et ne goùtez point le sommeil que vous n'ayez donné la paix à votre ame. Voilà une dette bien établie; mais montrons encore qu'il ne suffit pas de la payer une fois, et qu'elle ne peut être acquittée que par une affection constante.

Saint Augustin, Messieurs, vous l'expliquera par des paroles qui ne sont pas moins belles que solides. « Nous devons toujours la charité, et c'est, dit-il, la seule chose de laquelle, encore que nous la rendions, nous ne laissons pas d'être redevables : » Semper debeo charitatem , quæ sola , etiam reddita, semper detinet debitorem. « Car on la rend, poursuit-il, lorsqu'on aime son prochain; et en la rendant on la doit toujours, parce qu'on ne doit jamais cesser de l'aimer : » Redditur enim cùm impenditur; debetur autem etiamsi reddita fuerit , quia nullum est tempus quando impendenda jam non șit”. Reconnoissez donc, chrétiens,

1 Homil. xvi in Matth. 2 S. August., Epist. cxcii, n. 1.

qu’un fidèle n'est jamais quitte du devoir de la charité; toujours prêt à le recevoir, et toujours prêt à le rendre ; si on le prévient, il doit suivre; si on l'attend, il doit prévenir et dire avec le même saint Augustin dans cette abondance d'un caur chrétien : « Je récois de vous avec joie, et je vous rends volontiers la charité mutuelle : » Mutuam libi charitatem libens reddo, gaudensque recipio'. Mais je ne me contente pas de ce foible commencement, « je demande encore celle que je reçois ; et je dois encore celle que je rends : » Quam recipio adhuc repeto, quam reddo adhuc debeo. Ainsi que je n'entende plus ces froides paroles : Je lui devois la charité; eh bien , je l'ai rendue, je suis quitte ; je l'ai salué en telle rencontre, et il a détourné la tête. J'ai fait telles avances qu'il a méprisées ; il n'y a plus de retour. O vous qui parlez de la sorte, que vous êtes peu chrétien ! vous ne l'êtes point du tout. Que vous ignorez la force, que vous savez peu la nature de la charite toujours féconde ! C'est une source vive qui ne s'épuise pas, mais qui s'étend par son cours ; c'est une flamme toujours agissante qui ne se perd pas, mais qui se multiplie par son action, parce qu'elle vient de Dieu au dedans de nous : Deus charitas est?. Ah! qu'il est aisé de juger que tout ce que vous vous vantez d'avoir fait n'étoit qu’une froide grimace ! Si c'étoit la charité, elle ne s'arrêteroit pas; la charité ne sait pas se donner de bornes, parce qu'elle vient d'un esprit qui n'en a pas : Charitas Dei diffusa est in cordibus nostris per Spiritum sanctum qui datus est nobis 3. Cent fois rejetée, cent fois elle revient à la charge. Elle s'échauffe par la résistance que l'on lui fait; plus elle voit un cæur ulcéré, plus elle tâche de le gagner par son affection. Comme elle sait l'importance de cette dette mutuelle des chrétiens, elle la rend volontiers et elle plaint celui qui la refuse, elle l'exige de lui pour son bien; et ce qu'on ne lui donne pas de bonne grace, elle s'efforce de le mériter par ses bienfaits : Benefacite his qui oderunt vos. C'est ma seconde partie.

'S. August., Epist. cxcii, n. 2. – ? I Joan., IV, 16. — 3 Rom., V, 5.

SECOND POINT. Jésus-Christ aux Juifs : 0 generatio incredula et perversa , quousque ero vobiscum? usquequo patiur vos ? Afferte huc illum ad me ". Il ne pouvoit plus souffrir les Juifs ; il ne pouvoit s'empêcher de leur bien faire, de leur donner des marques de son affection. Race infidèle et maudite, amenez ici votre fils. 0 Dieu, que ces paroles semblent mal suivies! Là paroît une juste indignation, et ici une tendresse incomparable. Là l'ingratitude des Juifs, qui contraint la patience même à se plaindre; ici la charité, qui ne peut être vaincue ni arrêtée par aucune injure. C'est ainsi qu'agit la charité. Il ne suffit pas, chrétiens, de payer fidèlement à nos frères, je dis même à nos frères qui nous haïssent, la charité que nous leur devons; il faut encore l’exiger d'eux. (u) « Aimez vos ennemis, dit le fils de Dieu : » Diligite ; mais tâchez de les contraindre à vous aimer, et forcez-les-y par vos bienfaits : Benefacite. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin, que j'ai suivi dans tout ce discours, qu'il y a cette différence entre les dettes ordinaires et celle de la charité fraternelle, que « lorsqu'on vous doit de l'argent, c'est faire grace que de le quitter, c'est témoigner de l'affection; au contraire, dit-il, pour la charité : jamais vous ne la donnez sincèrement, si vous n'êtes aussi soigneux de l'exiger que vous avez été fidèle à la rendre : » Pecuniam cui dederimus, tunc ei benevolentiores erimus, si recipere non quæramus : non autem potest esse verus charitatis impensor, nisi fuerit benignus exactor?. Et il en rend cette raison admirable, digne certainement de son grand génie, mais digne de Jésus-Christ et prise du fond même de son Evangile; c'est que l'argent que vous donnez « profite à celui qui le reçoit et périt pour celui qui le donne : » Accedit

1 Matth., XVII, 16. - 2 S. August., Epist. CXCII, n. 2.

(a) Note marg. : Ceux qui se contentent d'aimer leurs ennemis, ne se veulent pas mettre en peine de gagner leur amitié. La nature de cette dette est telle, qu'il y a obligation à la demander et qu'on perd la charité si on ne l'exige. Trésor divin de la communication des fidèles! société fraternelle qu'il faut exiger! Combien il est beau et utile de recevoir la charité de ses frères ! C'est JésusChrist qui aime et qui est aimé. On s'échauffe mutuellement, et on lie plus étroi. tement les membres entre eux par cette sincere correspondance. Or la perfection est dans l'unité.

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