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le cours de nos crimes , ou le supplice, ou la pénitence : si nous ne l'arrêtons une fois par une pénitence fidèle , Dieu sera contraint de l'arrêter par une vengeance implacable. Tu disputes contre Dieu depuis si longtemps à qui emportera le dessus, toi à pécher, lui à pardonner; ta malice conteste contre sa bonté; enfin elle te laissera la victoire. Ah! victoire funeste et terrible, par laquelle ayant mis à bout sa miséricorde, nous tomberons inévitablement dans les mains de sa rigoureuse justice.

Prévenons, fidèles, un si grand malheur. C'est pour cela que Dieu nous envoie cette grace extraordinaire du saint jubilé, afin que nous rentrions en nous-mêmes. Si nous ajoutons le mépris d'une telle grace à celui de tous ses autres bienfaits, Dieu s'irritera d'autant plus que la libéralité méprisée aura été plus considérable; sa haine s'allumera avec plus d'aigreur, si nous rompons le sacré lien de cette réconciliation solennelle ; nos mauvaises inclinations reprendront de nouvelles forces, après qu'elles auront résisté à un remède si efficace; nos cours s'endurciront davantage, si cette grace extraordinaire ne les amollit; et il vengera d'autant plus rigoureusement la sainteté de ses sacremens profanés, après qu'il aura voulu les accompagner d'une rémission si universelle.

Corrigeons donc enfin notre vie passée ; recevons le remède de la pénitence dans l'une et dans l'autre de ses qualités; qu'elle efface les fautes passées, qu'elle prévienne les maux à venir. Recevons-la comme un remède qui purge et comme un préservatif qui prévient. La disposition pour la recevoir comme remède des péchés passés, c'est une véritable douleur de les avoir commis; la disposition pour la recevoir en qualité de précaution, c'est une crainte filiale d'y retourner, et une fuite des occasions dans lesquelles nous savons par expérience que notre intégrité a déjà tant de fois fait naufrage. Renouvelons-nous si bien dans la vie présente, que nous allions jouir avec Dieu de ce grand et éternel renouvellement qu'il a prédestiné à ses serviteurs pour la gloire de la grace de Jésus-Christ son Fils bien-aimé, qui avec lui et le Saint-Esprit vit et règne aux siècles des siècles. Amen.

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Diligite inimicos vestros, benefacite his qui oderunt vos, et orate pro persequentibus et calumniantibus vos.

Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haissent, priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. Matth., v, 44.

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L'homme est celui des animaux qui est le plus né pour la concorde, et l'homme est celui des animaux où l'inimitié et la haine font de plus sanglantes tragédies. Nous ne pouvons vivre sans société, et nous ne pouvons aussi y durer longtemps : Nihil est

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(a) Exorde. - La charité, une dette. Quelle nature de dette?

Premier point. — C'est-à-dire qu'on doit l'amour pour ses frères, non pas aux hommes. Par conséquent la dette est indispensable. La colère se change en haine; elle s'aigrit comme une liqueur. La charité ne a'épuise jamais. Elle se fortifie dans les rebuts. O generatio incredula et perversa.....; afferte huc illum ad me (Matth., XVII, 16).

Second point. - Lorsque l'ennemi est à nos pieds, alors c'est le temps de lui bien faire; exemple, David. Noli vinci à malo, ut sit bonus contra malum, non ut sint duo mali (S. August., serm. ii in Psal. XXXIV, n. 1).

Troisième point. Ipsa est sincera et plena justitiæ ct misericordiæ vindicta martyrum, ut evertatur regnum peccati (S. August., De Serm. Domin. in monte, lib. I, n. 77). Elle fait deux choses : 1° Elle les venge de leurs ennemis. Saint Paul et saint Etienne. 2° Elle fait que leurs ennemis les vengent. Nonne tibi v detur in seipso Stephanum martyrem vindicare (S. August., Serm. cccv, n. 7)? Qui accipit gludium, gladio peribit (Matth., XXVI, 52).

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Prêché le vendredi 20 février 1660, à Paris, dans la maison des Nouvelles Catholiques.

Etablie pour recevoir les juives et les protestantes qui rentroient dans le sein de l'Eglise, cette institution se trouvoit rue Sainte-Avoye, près du Temple. Dans la péroraison de son discours, Bossuet sollicita la charité de ses auditeurs avec son zèle et son éloquence ordinaire : « Ces pauvres filles, dit-il, sont venues à l'Eglise et n'y peuvent trouver du pain, elles ont couru à nous et notre làcheté les abandonne ! » En même temps qu'il alloit ainsi plaider la cause des pauvies dans les églises de Paris, il prêchoit le Carême aux Minimes : on le voit dans la liste des prédicateurs qui se firent entendre pendant cette station. — Ajoutons en passant qu'il annonça la sainte parole aux Nouveaux Catholiques le jour suivant. TOM, VIII.

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homini amicum sine homine amico 4. La douceur de la conversation et la nécessité du commerce nous font désirer d'être ensemble, et nous n'y pouvons demeurer en paix; nous nous cherchons, nous nous déchirons; et dans une telle contrariété de nos désirs, nous sommes contraints de reconnoître avec le grand saint Augustin qu'il n'est rien de plus sociable ni de plus discordant que l'homme (a) : le premier par la condition de notre nature, le second par le déréglement de nos convoitises : Nihil est quàm hoc genus tam discordiosum vitio, tam sociale naturâ ?. Le Fils de Dieu voulant s'opposer à cette humeur discordante et ramener les hommes à cette unité que la nature leur demande , vient aujourd'hui lier les esprits par les nauds d'une charité indissoluble; et il ordonne que l'alliance par laquelle il nous unit en lui-même soit si sainte, si ferme, si inviolable , qu'elle ne puisse être ébranlée par aucune injure. « Aimez, dit-il, vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. » Une vérité si importante mérite bien, Messieurs, d'être méditée ; invoquons l’Esprit de paix par l'intercession de Marie , qui a porté en ses entrailles celui qui a terminé toutes les querelles et tué toutes les inimitiés en sa personne :.

Ave.

La charité fraternelle est une dette par laquelle (6) nous nous sommes redevables les uns aux autres; et non-seulement c'est une dette, mais je ne crains point de vous assurer que c'est la seule dette des chrétiens , selon ce que dit l'apôtre saint Paul : Nemini quidquam debeatis, nisi ut invicem diligatis * : « Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer mutuellement. » Comme l'évangile que je dois traiter m'oblige à vous parler de cette dette, pour ne point perdre le temps inutilement dans une matière si importante, je remarquerai d'abord trois conditions admirables de cette dette sacrée, que je trouve distinctement dans les paroles de mon texte et qui feront le partage de ce discours. Premièrement,

1 S. August., Epist. ad Prob., n. 4. — ? S. August., De Civit. Dei, lib. XII, cap. XXVII, n. 1. - 3 Eph's., II, 14, 15, 16. - * Rom., XIII, 8.

(a) Var.: Que nous sommes, de tous les animaux, et les plus sociables et les plus farouches. — (6) Dont.

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Messieurs, cette dette a cela de propre, que quelque soin que nous
prenions de la bien payer, nous ne pouvons jamais en être quittes.
Et cette obligation va si loin, que celui-là même à qui nous de-
vons ne peut pas nous en décharger, tant elle est privilégiée et in-
dispensable. Secondement, Messieurs, ce n'est pas assez de payer
fidèlement cette dette aux autres; mais il y a encore obligation
d'en exiger autant d'eux (a). Vous devez la charité, et on vous la
doit ; et telle est la nature de cette dette, que vous devez non-seu-
lement la recevoir quand on vous la paie, mais encore l'exiger
quand on la refuse, et c'est la seconde condition de cette dette
mystérieuse. Enfin la troisième et la dernière, c'est qu'il ne suffit
pas de l'exiger simplement; si l'on ne veut pas la donner de bonne
grace, il faut en quelque sorte l'extorquer par force, et pour cela
demander main forte à la puissance supérieure. Retenez s'il vous
plaît, Messieurs, les trois obligations de cette dette de charité, et
remarquez-les clairement dans les paroles de mon texte.

Je vous ai dit avant toutes choses que nous ne pouvons jamais en être quittes, quand même ceux à qui nous devons voudroient bien nous la remettre (6). Voyez-le dans notre évangile. Ah! vos ennemis vous en quittent; ils n'ont que faire, disent-ils, de votre amitié : et néanmoins, dit le Fils de Dieu , je veux que vous les aimiez: Diligite inimicos vestros : « Aimez vos ennemis. » Secondement, j'ai dit que non content de payer toujours cette dette, vous la deviez encore exiger des autres, et qu'il y a obligation de le faire. Ah! vos ennemis vous la refusent, exigez-la par vos bienfaits, vos services, vos bons offices; pressez-les en les obligeant (c) : Benefacite his qui oderunt vos : « Faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Entin j'ai dit en troisième lieu, Messieurs, que s'ils persistent toujours dans cet injuste refus, il faut pour ainsi dire les y contraindre par les formes, c'est-à-dire avoir recours à la puissance supérieure. Ah! vos ennemis opiniâtres sont insensibles à vos bienfaits, ils résistent à toutes ces douces contraintes que vous tâchez d'exercer sur eux pour les obliger à vous aimer : allez à la puissance suprême, donnez votre requête à celui qui seul est ca

(a) Var.: De l'exiger d'eux. — (9) Nous en décharger. – En leur faisant du bien.

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es et la

pable de fléchir les cours, qu'il vous fasse faire justice : Orate pro persequentibus vos : « Priez pour ceux qui vous persécutent. » Voilà les trois obligations de la charité fraternelle, que je me propose de vous expliquer avec le secours de la grace.

PREMIER POINT. Dans l'obligation de payer cette dette mystérieuse de la charité fraternelle, je trouve deux erreurs très-considérables, qu'il est nécessaire que nous combattions par la doctrine de l'Evangile. La première est celle des Juifs qui vouloient bien avouer qu'ils devoient de l'amour à leurs prochains, mais qui ne pouvoient demeurer d'accord qu'ils dussent rien à leurs ennemis, au contraire qui se croyoient bien autorisés à leur rendre le mal pour le mal et la haine pour la haine : Dictum est : Diliges proximum tuum , et odio habebis inimicum tuum': « Il a été dit : Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi. » La seconde est celle de quelques chrétiens, qui ayant appris de l'Evangile l'obligation indispensable d'avoir de l'amour pour leurs ennemis, croient s'être acquittés de ce devoir quand ils leur ont donné une fois ou deux quelques marques de charité, et se lassent après de continuer ce devoir si saint et si généreux et nécessaire de la fraternité chrétienne. Contre ces deux erreurs différentes j'entreprends de prouver en premier lieu, Messieurs, que nous devons de l'amour à nos ennemis , encore qu'ils en manquent pour nous; secondement, que ce n'est pas assez de leur en donner une fois, mais que nous sommes obligés, dans toutes les occasions qui se rencontrent , de leur réitérer des marques d'une dilection persévérante.

Pour ce qui regarde l'obligation de la charité fraternelle, je dis, ou plutôt c'est Jésus-Christ, Messieurs, c'est l'Evangile qui le dit , qu'aucun des chrétiens n'en est excepté, non pas même nos ennemis, parce qu'ils sont tous nos prochains. Et pour établir solidement cette vérité évangélique, proposons en peu de paroles les raisons que l'on y pourroit opposer. Voici donc ce que pensent les hommes charnels qui se flattent dans leurs passions et dans leurs haines injustes. Nous confessons, disent-ils, que nous de

1 Matth., V, 43.

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