Oldalképek
PDF
ePub

ils et croirez-vous servir Dieu en vain, lorsque vous voyez dans ceux qui ne le servent pas tous ces biens qui vous manquent ? Ainsi il donne toutes ces choses aux méchans mêmes, et il se réserve lui seul pour les bons : » Pecuniam vis à Deo? habet et latro. Uxorem, fæcunditatem filiorum, salutem corporis, dignitatem sæculi ? atiende quàm multi mali habent. Hoc est totum propter quod eum colis ? Nutabunt pedes tui, putabis te sine causà colere, quando in eis vides ista qui eum non colunt ? Ergo ista dat omnia etiam malis, se solum servat bonis '. Partant que l'ami de Jésus, s'il prétend à quelque chose de plus que les ennemis de Jésus, vive avec la grace de Dieu dans l'attente d'une plus grande félicité. O sainte paix de Sion! ô égalité des anges ! ô divine Jérusalem, où il n'y a point de séditieux, point de fourbes, point de malfaiteurs; où il n'y a que des gens de bien, des amis et des frères ! 0 heureuse égalité des anges ! Ô sainte compagnie, où Dieu régnera en paix, où nul ne blasphémera son saint nom, nul ne contreviendra à ses ordonnances ! 0 sainte Sion, où toutes choses sont stables ! Eh Dieu ! qui nous a jetés dans ce flux et reflux de choses humaines? qui nous précipite dans cet abîme et cette mer agitée de tant de tempêtes ? Quand retournerai-je à vous, ô Sion ? quand verrai-je vos belles murailles, et vos fontaines d'eaux vives qui sont la félicité éternelle, et votre temple qui est Dieu même, et votre lumière qui est l'Agneau? « Alors, 0 ·mon Dieu, vous nous vivifierez, vous nous renouvellerez, vous nous donnerez la vie de l'homme intérieur, et nous invoquerons votre nom , c'est-à-dire nous vous aimerons. Après nous avoir pardonné avec bonté tous nos péchés, vous vous donnerez vousmême pour être la récompense parfaite de ceux que vous aurez justifiés. Seigneur Dieu des vertus, convertissez-nous, montrez votre face, et nous serons sauvés : Vivificabis nos, innovabis nos, vitam interioris hominis dabis nobis , et nomen tuum invocabimus, id est, te diligemus. Tu nobis dulcis eris remissor peccatorum nostrorum, tu eris totum præmium justificatorum. Domine - 1 S. August., In Psal. LXXIX, n. 14. les voleurs en ont; désirez-vous une femme, une nombreuse famille, la santé du corps, les dignités du siècle? considérez que beaucoup de méchans possèdent tous ces avantages. Est-ce l'unique objet pour lequel vous servez Dieu? »

Deus virtutum, converte nos, ostende faciem tuam, et salvi erimus'. »

Cette séparation, mes très-chères seurs, a divers degrés. Premièrement les élus sont déjà séparés dans la prédestination éternelle, même dans la contagion du siècle, même dans cette masse de corruption où le monde semble les envelopper dans une commune confusion. Dieu les a déjà discernés, « Dieu sait ceux qui sont à lui : » Cognovit Dominus qui sunt ejus ? ; il les connoit par nom et par surnom : Proprias oves vocat nominatim:3. Il en a un rôle dans son cabinet, ils sont écrits dans son livre. O joie ! ô bonheur incroyable! Aimables brebis de Jésus, quelque part où vous erriez dans les chemins détournés de ce siècle, l'oeil de votre pasteur est sur vous : il vous sépare des autres, non point de corps , mais de cæur; il vous sépare par de saints désirs et par une bienheureuse espérance. Les affections, mes seurs, ce sont comme les pas de l'ame; c'est par elles qu'elle se remue. Ainsi les enfans de lumière, mêlés ici-bas parmi les enfans de ténèbres, en sortent par de saintes et de célestes affections. Ils sont en ce monde, mais leur amour en est détaché. Dieu, qui les a mêlés avec ses ennemis, ne cesse de les en séparer peu à peu par une opération toutepuissante. Il purifie leurs intentions, il les démêle insensiblement des embarras de la terre. Comme ils sont dans un corps mortel, et que néanmoins ils vivent en quelque sorte détachés du corps, et que Dieu rompt peu à peu leurs liens, ainsi que dit l'apôtre saint Paul, que « vivant dans la chair, nous ne vivons pas selon la chair" : » de même , bien qu'ils soient parmi les méchans, leur façon de vivre les discerne d'eux.

Viendra, viendra enfin cette dernière séparation. O jour terrible pour les méchans! 0 jour mille et mille fois heureux pour les bons ! Où iront les méchans séparés des enfans de Dieu ? C'est ce mélange, mes seurs, qui empêche que Dieu ne les foudroie : il leur pardonne pour l'amour des siens; leur présence modère sa juste fureur. C'est pourquoi, dans notre évangile, il défend «d'arracher l'ivraie, de peur d'endommager le bon grain : » Ne fortè

1 S. August., In Psal. lxxix, ubi suprà. — 2 II Timoth., 11, 19. — 3 Joan., X, 3. - " || Cor., X, 3.

424 SERMON ABRÉGÉ POUR LE ve DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE. colligentes zizania , eradicetis simul cum eis et triticum ?. Considérez, mes saurs, que comme en ce monde les bons et les méchans sont mêlés, aussi la colère et la miséricorde divines sont en quelque façon tempérées l'une par l'autre. C'est pourquoi le Prophète a dit que a le calice qui est en la main de Dieu est mêlé. » Le vin signifie la joie, Vinum lætificat”; et l'eau, les tribulations : Salvum me fac, Deus, quoniam intraverunt aquæ 3. Le prophète David dit que son ame est environnée d'eaux, c'est-à-dire de tribulations : Vini meri plenus mixto". C'est ce mélange que le siècle doit boire. Sa vengeance est toujours mêlée de miséricorde, sa miséricorde de même : Parcente manu sævit et donat. Mais après ce siècle il ne restera plus que la lie: Verumtamen fex ejus non est exinanita : bibent omnes peccatores terræ 5. Ces pécheurs séparés des bons, ces pécheurs surpris dans leur crime, ces pécheurs qui ne seront jamais gens de bien, ils boiront toute la lie et toute l'amertume de la vengeance divine. Fuyons, fuyons, mes scurs, fuyons de leur compagnie, n'ayons point de commerce avec eux. Votre profession vous en a déjà en quelque sorte séparées. Mais ne faites pas comme les Israélites : ne désirez point les plaisirs de l’Egypte, ne retournez pas la tête en arrière pour voir ce que vous avez quitté ; mais tenez vos yeux fichés éternellement à l'héritage qui vous est promis, aux saints qui vous attendent, à Jésus qui vous tend les bras pour vous recevoir en sa gloire.

1 Matth., XIII, 29. — * Psal. cui, 15. — 3 Psal. LXVIII, 2. — * Psal. LXXIV, 9. - 3 Ibid,

[merged small][merged small][merged small][merged small][ocr errors][merged small][ocr errors]

-à-ci

Erunt novissimi primi, et primi novissimi. Matth., xx, 16.

angen

Parcet pauperi et inopi, et animas pauperum salvas faciet.

Il pardonnera au pauvre et à l'indigent, et il sauvera les ames des pauvres. Psal. LXXI, 23.

[ocr errors][ocr errors][merged small][merged small][ocr errors]

Encore que ce qu'a dit le Sauveur Jésus, que les premiers seront les derniers et que les derniers seront les premiers, n'ait son entier accomplissement que dans la résurrection générale où les justes, que le monde avoit méprisés, rempliront les premières places, pendant que les méchans et les impies, qui ont eu leur règne sur la terre, seront honteusement relégués aux ténèbres extérieures; toutefois ce renversement admirable des conditions humaines est déjà commencé (6) dès cette vie, et nous en voyons les premiers traits (c) dans l'institution de l'Eglise. Cette cité merveilleuse dont Dieu même a jeté les fondemens, a ses lois et sa police, par laquelle elle est gouvernée. Mais comme Jésus-Christ

[blocks in formation]

(a) Prêché dans le mois de février 1659, aux Filles de la Providence, devant Vincent de Paul et les fondatrices de l'ordre, la princesse de Condé, les duchesses d'Orléans, d’Aiguillon, de Vendôme, mesdames de Brienne, de Séguier, etc.

Une saiute veuve, Marie de Lumague, après avoir quitté la Cour, renvoyé sa suite et vendu ses parures, recueilloit dans sa maison les filles repentantes, Quand ses ressources furent épuisées, Vincent de Paul vint å son aide ; et bientot l'on vit s'élever près du Val-de-Grace, par les libéralités de la reine mère, de vastes bâtimens pour les pauvres orphelines.

C'est là que Bossuet, à la prière de Vincent de Paul, prononça notre sermon. La péroraison, qui commence par ces mots : « Ouvrez les yeux sur cette maison indigente, » justifie la plupart des indications précédentes; et tout le discours réfute d'une manière éclatante l'accusation portée contre l'orateur, que « jamais la pauvreté ne lui arracha un seul cri. »

Ajoutons rapidement que l'auteur a écrit deux pages de ce sermon sur le dos de deux lettres adressées, l'une « à Monsieur l'abbé de Bossuet, à Paris ; » l'autre aà Monsieur Bossuet, grand archidiacre de la cathédrale de Metz, à Paris. »

(6) Var. : Ebauché. - (c) Un commencement.

on instituteur est venu au monde pour renverser l'ordre que l'orgueil y a établi, de là vient que sa politique est directement opposée à celle du siècle, et je remarque cette opposition principalement en trois choses. Premièrement, dans le monde les riches ont tout l'avantage et tiennent les premiers rangs : dans le royaume de Jésus-Christ la prééminence appartient aux pauvres, qui sont les premiers-nés de l'Eglise et ses véritables enfans. Secondement, dans le monde les pauvres sont soumis aux riches et ne semblent nés que pour les servir; au contraire, dans la sainte Eglise, les riches n'y sont admis qu'à condition de servir les pauvres. Troisièmement, dans le monde les graces et les priviléges sont pour les puissans et les riches, les pauvres n'y ont de part que par leur appui : au lieu que dans l'Eglise de Jésus-Christ les graces et les bénédictions sont pour les pauvres, et les riches n'ont de priviléges que par leur moyen. Ainsi cette parole de l'Evangile que j'ai choisie pour mon texte, s'accomplit déjà dès la vie présente : «Les derniers sont les premiers, et les premiers sont les derniers, » puisque les pauvres qui sont les derniers dans le monde sont les premiers dans l'Eglise ; puisque les riches qui s'imaginent que tout leur est dû, et qui foulent aux pieds les pauvres, ne sont dans l'Eglise que pour les servir; puisque les graces du Nouveau Testament appartiennent de droit aux pauvres, et que les riches ne les reçoivent que par leurs mains. Vérités certainement importantes et qui vous doivent apprendre , Ô riches du siècle, ce que vous devez faire à l'égard des pauvres, c'est-à-dire honorer leur condition, soulager leurs nécessités, prendre part à leurs priviléges. C'est ce que je me propose de vous faire entendre avec le secours de la grace.

PREMIER POINT.

· Le docte et éloquent saint Jean Chrysostome nous propose une belle idée pour connoître les avantages de la pauvreté sur les richesses ; il nous représente deux villes, dont l'une n'est composée que de riches, l'autre n'a que des pauvres (a) dans son enceinte,

(a) Var.: Dont l'une ne soit composée que de riches, l'autre n'ait que des pauvres.

« ElőzőTovább »