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volontés toutes transportées de son saint amour. Il est dans la mémoire, car on ne peut oublier ce qu'on aime. Il est dans l'entendement, car l'amour curieux et diligent n'a point d'autre satisfaction que celle de contempler les perfections du bien-aimé qui l'attire. De là il passe dans les corps par l'exercice des vertus et par de saintes opérations, qui prenant leur origine de l'amour de Jésus, en conservent les traits et les caractères.

Tel est, mes très-chères seurs, l'esprit de la loi nouvelle. C'est pourquoi Dieu ne vient point à nous avec cette apparence terrible qu'il avoit sur le mont de Sina. Là cette montagne fumoit de la majesté du Seigneur, qui « fait distiller les montagnes comme de la cire';» ici il ne rompt pas seulement un roseau à demi brisé, il est tout clément et tout débonnaire. Là on n'entend que le bruit d'un long et effroyable tonnerre; ici c'est une voix douce et bénigne : « Apprenez de moi, dit-il, que je suis doux et humble de cæur.» Là il est défendu d'approcher sous peine de la vie : « N'approchez pas, dit-il, de peur que vous ne mouriez; et les hommes et les animaux qui approcheront de la montagne, ils mourront de mort *. » Ici il change bien de langage : « Venez, venez , ditil “, approchez, ne craignez pas, mes enfans; venez, oppressés, je vous soulagerai, je vous aiderai à porter vos fardeaux; venez, malades, je vous guérirai; pécheurs, publicains, approchez, je suis votre libérateur; ne chassez pas ces petits enfans, à de tels appartient le royaume de Dieu 6. » D'où vient ce changement, mes très-chères soeurs ? Ah! c'est qu'il se veut faire aimer. Il vient changer la terreur en amour, cette eau froide de la crainte qui resserroit le cour par une basse et servile timidité, en un vin d'une divine ferveur qui le dilatera, qui l'encouragera , qui l'échauffera par de bienheureuses ardeurs. C'est l'esprit de la loi nouvelle. Je vous ai dit les changemens qu'a faits le Sauveur. L'eau, vous ai-je dit, est fade et insipide. Ainsi étoit la loi dans ses ombres et dans ses figures, si Jésus ne la change en la vérité de son Evangile, vin doux et savoureux qui nous remplit de délices célestes. L'eau n'a point de force pour nous émouvoir. Ainsi

' Psal. xcvi, 5. – ? Matth., XII, 20. — 3 Ibid., XI, 29. — * Exod., XIX, 12, 13, - 5 Maith., XI, 23, et alibi. — 6 Marc., X, 14.

408 SERMON POUR LE ILE DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE. étoit la loi par sa lettre inutile et impuissante, si elle n'est accompagnée du vin de la loi nouvelle, c'est-à-dire de l'esprit de la grace. Ces deux premiers changemens ne sont que pour le troisième. Assez et trop longtemps nous avons été abreuvés de cette froide terreur; il est temps que nos cours soient échauffés de l'amour de Dieu.

Mes saurs, nous ne sommes plus sous la loi de crainte; nous sommes sous la loi d'amour, parce que nous ne sommes plus dans la servitude; nous sommes dans la liberté des enfans de Dieu. Jésus, qui est la vérité, nous a délivrés. Partant servons notre Dieu d'un amour libéral et sincère. Aimons la justice, aimons la vérité, aimons la vraie et solide raison , aimons l'unique repos. Tout cela c'est Jésus : aimons donc Jésus de toute l'affection de nos ames. Qui n'aime pas Jésus, je l'ose dire, il n'est pas chrétien. Un chrétien, c'est un homme renouvelé : nous ne pouvons être renouvelés sans l'esprit de la loi nouvelle; l'esprit de la loi nouvelle, c'est la charité : qui n'a pas la charité n'est pas chrélien. Ahl que le siècle se réjouisse dans les débauches et dans les banquets , dans les vins friands et délicieux! Nous avons un vin dont il nous est permis de nous enivrer; vin qui nous échauffe, mais d'une ardeur toute spirituelle; qui nous fait chanter, mais des cantiques d'amour divin; qui nous ôte la mémoire, mais du monde et de ses vanités; qui nous excite une grande joie, mais une joie que le monde ne comprend pas. Buvons de ce vin, mes très-chères sæurs. Jour et nuit ne respirons que Jésus. Vous particulièrement qu'il a retirées du siècle, goùtez Jésus dans la solitude; c'est là qu'il se communique aux ames fidèles.

Et vous, chères seurs, que par sa miséricorde infinie il a miraculeusement délivrées des ténèbres de l'hérésie, c'est à vous, c'est à vous que je parle; et quelles paroles pourroient vous exprimer la tendresse que mon caur a pour vous ! Rendez-lui à jamais vos actions de graces. Voyez combien l'erreur est répandue par toute la ville. Dieu vous a triées deux ou trois qu'il a appelées à sa sainte Eglise : donc ne soyez pas ingrates à cet inestimable bienfait. Persévérez dans cette bienheureuse vocation. Voyez la pureté, voyez l'innocence et la candeur de ces saintes filles avec lesquelles vous

conversez. O Dieu , quelle différence de cette véritable dévotion qu'elles vous enseignent en toute humilité et simplicité, avec le faste et l'orgueil et la piété contrefaite de l'hérésie! Persévérez , mes très-chères seurs : n'écoutez ni les larmes ni les reproches de vos parens. Dieu vous fasse la grace d'expérimenter combien sa sainte maison est plus douce que la maison paternelle ! Voyez ces redoutables autels : les sacremens que nous y distribuons, ce ne sont pas des ombres ni des figures : nous ne sommes plus sous la loi judaïque; c'est la réalité, c'est la vérité, c'est la propre chair de Jésus autrefois pour nous déchirée; c'est son sang vivifiant épanché pour l'amour de nous. Jouissez des délices de cette chair de laquelle l'hérésie s'est privée pour se repaître de la vanité d'une cène imaginaire, etc.

FRAGMENT

POUR

LE SERMON PRÉCÉDENT (a).

Je dis donc avant toutes choses que la loi n'a que des ombres et des figures, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : « Toutes choses leur arrivoient en figure '. » Pour éclaircir cette vérité par la doctrine du saint Apôtre, posons premièrement ce principe : Tout ce qui agit par intelligence, se propose nécessairement une fin à laquelle elle rapporte ses actions; et d'autant plus que la cause est parfaite, d'autant plus ce rapport est exact. Et la raison en est évidente ; car si la cause est plus excellente , il s'ensuit que l'opération est mieux ordonnée. Or il est certain que l'ordre consiste dans l'accord de la fin avec les moyens; et c'est de ce concert que résulte cette justesse qu'on appelle l'ordre. Cette vérité étant supposée, passons outre maintenant et disons : La loi est une cuvre d'intelligence et d'une intelligence infinie , parce que c'est une cuvre de l’Esprit de Dieu. Par conséquent elle a une fin à laquelle elle est destinée; et quand nous connoîtrons cette fin, il ne faudra nullement douter que toutes les parties de la loi n'y soient rapportées. Or l'apôtre saint Paul nous assure que « Jésus-Christ est la fin de la loi : » Finis legis Christus. C'est pourquoi et les patriarches et les prophètes soupiroient perpétuellement après sa venue, parce qu'il étoit la fin de la loi et le sujet principal de ses prophéties. D'où il s'ensuit manifestement que toutes les cérémonies de la loi, toutes ses solennités, tous ses sacrifices regardoient uniquement le Sauveur, et qu'il n'y a page dans les Ecritures en laquelle nous ne le vissions, si nous avions les yeux assez épurés.

1 I Cor., X, 11. (a) Se rapportant au premier point.

Et certes, puisqu'il plaisoit à notre grand Dieu de se revêtir d'une chair humaine, il étoit convenable, mes seurs, que de même que ce mystère étant accompli, nous en célébrons la grandeur par de pieuses actions de graces , aussi ceux qui en ont précédé l'accomplissement , vécussent dans l'attente de ce bonheur qui devoit arriver à notre nature. Il est vrai que le Verbe éternel, en se faisant homme, est né dans un temps limité; car c'est une suite de la condition humaine. L'éternité s'est alliée avec le temps, afin que ceux qui sont sujets au temps pussent aspirer à l'éternité. Mais encore que la venue du Sauveur fùt arrêtée à un temps certain par les ordres de la Providence divine, toutefois il faut avouer que le mystère du Verbe fait chair devoit remplir et honorer tous les temps. C'est pourquoi il étoit à propos qu’où il n'étoit pas par la vérité de sa présence , il y fùt du moins d'une autre maniere, par des figures très-excellentes. Et de là vient que la loi de Moise est pleine de merveilleuses figures qui nous représentent le Sauveur Jésus.

En effet je vous demande, mes très-chères sæurs, d'où vient tant de sang répandu dans les cérémonies anciennes, sinon pour représenter le sang de Jésus ? Pourquoi est-ce que par le sang de l’Agneau le peuple est délivré du glaive vengeur qui désola les maisons des Egyptiens ? pourquoi est-ce que l'alliance est signee et ratifiée par le sang ? pourquoi n'y a-t-il point d'entrée dans le sanctuaire, si le pontife n'a les mains teintes du sang des victimes ?

1 Rom., X, 4.

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pourquoi les crimes sont-ils expiés, les pontifes et leurs vêtemens consacrés par le sang versé dans le sacrifice ? Le sang des animaux égorgés étoit-il suffisant pour apaiser Dieu ? étoit-il capable de purifier l'homme ? Si ce n'est pour nous faire entendre qu'il n'y a ni délivrance, ni consécration, ni alliance, ni expiation, ni salut que par le sang de l'Agneau sans tache, «qui a été tué, dit saint Jean', dès l'origine du monde : » tué, dis-je, dès l'origine du monde, parce que dès l'origine du monde sa mort a été figurée par une multitude infinie de sacrifices sanglans. C'est ce qui fait dire à Tertullien : 0 Christum in novis veterem ? ! «O que JésusChrist est ancien dans la nouveauté de son Evangile! » Ce que nous honorons est nouveau, parce que Jésus-Christ l'a mis dans un nouveau jour (a); ce que nous honorons est ancien, parce que la figure s'en trouve dès les premiers temps. La loi est un Evangile caché, et l'Evangile est une loi expliquée.

Et c'est ce qu'exprime l'apôtre saint Paul en ces excellentes paroles : «La loi a l'ombre des choses futures, et non point la vive image 3. » Que veut dire ce grand Apôtre, que la loi a l'ombre, et non point la vive image des choses ? La comparaison est prise de la peinture. Le peintre dessine le portrait du roi. Vous en voyez déjà quelque ressemblance dans les premiers crayons du tableau : ce sont ses traits, c'est sa taille, c'est son air , c'est l'image du prince que vous y voyez; mais quand l'ouvrage sera accompli, c'est alors que le roi paroitra avec sa majesté naturelle. Ainsi la loi avoit Jésus-Christ dans des ombres et dans des figures , et comme dans un crayon imparfait; mais elle n'avoit pas l'image finie. Et de même que la peinture achevée efface les linéamens imparfaits, ainsi la beauté parfaite de l'Evangile esface l'imperfection de la loi par des couleurs plus vives et plus éclatantes. C'est pourquoi Jésus-Christ change l'eau en vin, c'est-à-dire la loi de Moïse en son Evangile.

1 Apoc., XIII, 8. — * Lib. IV Advers. Marcion., n. 21. — 3 Hebr., x, 1. • (a) Var. : Dans un plus grand jour.

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