Oldalképek
PDF
ePub

ne la change en vin! Ajoutez-y le sens spirituel, vous verrez le Sauveur dont la mort fait naître l'Eglise; mort qui est semblable au sommeil, à cause de sa prompte résurrection et de la tranquillité avec laquelle il la subit volontairement. Sa mort fait donc naître l'Eglise. On tire une côte au premier Adam, pour former sa femme pendant un sommeil tout mystérieux; et pendant le sommeil du nouvel Adam, après qu'il a fermé les yeux avec la même paix que les hommes sont gagnés du sommeil, on lui ouvre son côté avec une lance, et incontinent sortent les sacremens par lesquels l'Eglise est régénérée. Que dirai-je ici de Noé, qui seul rétablit le monde enseveli dans les eaux du déluge, qui repeuple le genre humain avec le petit nombre d'hommes qui restoit dans sa famille. N'étoit-ce pas le Sauveur, l'unique réparateur des hommes, qui par le moyen de douze hommes qu'il envoie par toute la terre, peuple le royaume de Dieu et remplit le monde d'une race nouvelle? Que dirai-je du petit Isaac, qui porte luimême le bois sur lequel il doit être immolé, pendant que son propre père se prépare selon les ordres de Dieu de le sacrifier sur la montagne? 0 spectacle d'inhumanité ! mais si j'y considère le Sauveur Jésus, il devient un spectacle de miséricorde. C'est Jésus qui porte sa croix pour être immolé sur le mont de Calvaire, livré par son propre Père ès mains de ses ennemis, afin d'être une hostie vivante pour l'expiation de nos crimes. Et le chaste Joseph vendu par ses frères et emprisonné par les Egyptiens, devenu par cette disgrace le sauveur de ses frères et des Egyptiens, n'estce pas le Sauveur Jésus mis à mort par les Juifs ses frères et par les Egyptiens, c'est-à-dire par les idolâtres, et devenu par sa mort Sauveur des Juifs et des idolâtres? Si je passe la mer Rouge avec les Israélites, si je demeure dans le désert avec eux, combien de fois y verrai-je le Fils de Dieu, seul guide de son peuple dans le désert de ce monde, qui les retirant de l’Egypte par l'eau du baptême, les conduit à la Terre promise ? Cette manne si délicieuse, qu'est-ce qu'une viande corporelle, si je n'y goûte le Sauveur ? Elle est fade, elle est insipide; peu s'en faut que je ne dise avec les Juifs : « Notre cour se soulève sur cette viande légère'. »

1 Numer., XXI, 5.

[ocr errors][merged small][merged small][ocr errors][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small]

Mais quand j'y considère le Sauveur Jésus, vrai pain des anges, .
vraie nourriture des ames fidèles, dont nous nous repaissons
à la sainte table, ah! qu'elle est douce, qu'elle est savoureuse !
Voyez le pavé du temple; voyez les habits sacerdotaux; voyez
l'autel et le sanctuaire tout trempé du sang des victimes , et le
peuple israélite lavé tant de fois de ce même sang : que tout
cela est froid , chères sæurs, si la foi ne m’y montre le sang de
l'Agneau répandu pour la rémission de nos crimes, ce sang du
Nouveau Testament que nous offrons à Dieu sur ces terribles
autels, et dont nous nous rassasions pour la vie éternelle!

En un mot, dit saint Augustin', si nous ne regardons JésusChrist, toutes les Ecritures prophétiques n'ont pas de goût; elles sont apparemment pleines de folie, du moins en quelques endroits. Que nous y goùtions le Sauveur, tout y est lumière, tout y est intelligence, tout y est raison. Voyez ces deux disciples qui vont en Emmaüs. Ils s'entretenoient de la rédemption d'Israël; c'est le sujet de toute la loi ancienne, mais ils n'y entendoient pas les mystères du Rédempteur. C'étoit une eau sans force et sans goût; aussi sont-ils froids et languissans. « Nous espérions, disoient-ils, qu'il rachèteroit Israël ?. » Nous espérions, ô la froide parole! Jésus approche d'eux ; il parcourt toutes les prophéties; il les introduit au secret, au sens profond et mystérieux; il change l’eau en vin, les figures en vérité et les obscurités en lumières. Les voilà incontinent transportés : Nonne cor nostrum ardens erat in nobis 3? C'est qu'ils avoient commencé à boire le vin nouveau de Jésus, c'est-à-dire la doctrine de l'Evangile. Cependant admirez, mes très-chères sæurs, les sages conseils de la Providence, qui par une telle richesse d'exemples nous enseigne une seule vérité, qui est le Verbe fait chair. Ah! si nous avions les yeux bien ouverts, combien doux seroit ce spectacle, de voir qu'il n'y a page, il n'y a parole, il n'y a pour ainsi dire ni trait ni virgule de la loi ancienne qui ne parle du Sauveur Jésus ! La loi est un Evangile caché. L'Evangile est la loi expliquée. Les philosophes nous disent que le vin n'est qu'une eau colorée, qui prend en passant par la vigne une certaine impression de ses qualités, parce que cet élé

1 Tract. ix in Joan., n. 3. — 2 Luc., XXIV, 21. — 3 Ibid., 32.

[merged small][merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][ocr errors][merged small][merged small][merged small]

ment est susceptible de sa nature de toutes altérations étrangères. Ainsi l'eau de la loi ancienne devient le vin de la loi nouvelle. C'est cette même eau de la loi mosaïque, qui étant appropriée à Jésus-Christ, vraie vigne du Père éternel, prend une nouvelle forme et une nouvelle vigueur. Donc, mes seurs, passons les nuits et les jours à méditer la loi du Seigneur. Cherchons Jésus partout, et il n'y aura endroit où il ne se montre à nos yeux. Et puisqu'il a plu à notre grand Dieu de nous présenter ce vin nouveau de son Evangile, mais de le présenter pur et sans mélange, débrouillé de la lie des figures et de l'eau des expressions prophétiques, n'ayons point désormais d'autre breuvage que cette sainte et immortelle liqueur; que notre esprit soit toujours à goûter la parole divine. Mais ne nous arrêtons point à la lettre; suçons l'esprit vivifiant que Jésus y a coulé par sa grace. C'est notre seconde partie, et pour une plus grande brièveté, nous y attacherons aussi la troisième dans une même suite de raisonnement.

SECOND ET TROISIÈME POINT. Que ne puis-je vous transporter en esprit sur cette terrible montagne où paroît la majesté du Seigneur ! c'est la montagne de Sina sur laquelle Dieu donne sa loi à Moïse. Là je vois ce grand Dieu tout-puissant qui grave sur de la pierre ses saintes lois, dignes d'être écrites dans le ciel le plus élevé avec les rayons du soleil. Et après cela , par la bouche de son serviteur Moïse, il fait publier à son peuple ses ordonnances, et menace les transgressenrs de peines dont le seul récit fait horreur. Certes cette loi est très-sainte; mais ne vous persuadez pas, mes très-chères scurs, qu'elle contienne la vie. Toutes ces paroles majestueuses et cette Ecriture du doigt de Dieu ne sont qu'un instrument de mort, si elles ne sont accompagnées de l'esprit de la grace. « C'est une lettre qui tue, » dit le grand apôtre saint Paul'. Combien d'ames présomptueuses ont été précipitées dans la mort éternelle par ces augustes commandemens ! Ne vous étonnez pas de cette parole : c'est la doctrine de l'apôtre saint Paul, et en voici la véri

1 Il Cor., III, 6.

[ocr errors][ocr errors][ocr errors][merged small][ocr errors][merged small]

table explication. La loi montroit bien ce qu'il falloit faire, mais elle ne subvenoit pas à l'impuissance de notre nature. Elle frappoit les oreilles , mais elle ne touchoit pas le cœur. Ce n'étoit pas assez que Dieu, d'une voix tonnante et impérieuse, fìt annoncer au peuple ses volontés : il falloit qu'il parlåt intérieurement et que par une opération toute-puissante il amollît notre dureté. Grand Dieu éternel, vous me commandez; il est juste que vous soyez obéi; mais ce n'est rien faire que me commander, si vous ne me donnez la grace par laquelle je puisse observer vos commandemens. Or cette grace n'est point par la loi : c'est le propre don de l'Evangile, selon ce que dit l'apôtre saint Jean', que « la loi a été donnée par Moise, et la grace et la vérité a été faite par JésusChrist. » Qu'est-ce donc que faisoit la loi? Elle ordonnoit, elle commandoit, elle lioit les transgresseurs d'éternelles malédictions, parce que « maudit est celui qui n'observe pas les paroles qui sont écrites en ce livre ?; » mais elle ne soulageoit en rien nos infirmités. C'étoit une eau foible et sans vigueur, capable de nous agiter, incapable de nous soutenir.

C'est pourquoi le Sauveur Jésus ayant compassion de notre impuissance, vient nous donner un vin d'une céleste vigueur; c'est sa grace, c'est son Esprit-Saint dont les apôtres furent enivrés au jour de la Pentecôte. C'est ce saint et divin Esprit qui porte la loi au fond de nos cours et l'y grave par des caractères de flamme. Là il l'anime intérieurement et la remplit d'une force vivifiante; il change la lettre en esprit, et c'est la nouvelle alliance que Dieu contracte avec nous par son Evangile. C'est pour cette raison que, parlant par la bouche de Jérémie : « Voici, dit-il ?, que j'établirai avec la maison de Juda un nouveau testament, non selon le testament que j'ai établi avec leurs pères; ils ne sont

[merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][ocr errors][merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][ocr errors][ocr errors]

le Seigneur. Mais voici le testament que je disposerai à la maison d'Israël, » c'est-à-dire aux vrais enfans d'Israël et au peuple de la nouvelle alliance : « J'inspirerai, dit-il, ma loi dans leurs ames; et je l'écrirai non en des tables de pierre, mais je l'écrirai en leurs cours; et ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu. » Quelle

1 Joan., 1, 17. — ? Deuter., XXVII, 26. — 3 Jerem., XXX1, 31 et seq.

[ocr errors]
[ocr errors]

est donc cette vertu merveilleuse qui entre si profondément dans nos caurs? D'où vient à cette loi nouvelle cette force si pénétrante? Chères sæurs, elle vient de l'Esprit de Dieu, qui est le vrai moteur de nos ames, qui tient nos cours en sa main, qui est le maître de nos inclinations. Mais par quelle sorte d'opérations la porte-t-il ainsi au fond de nous-mêmes? C'est par une charité très-sincère, par un puissant amour qu'il nous inspire, par une chaste délectation, par une sainte et ravissante douceur. · Dieu exerce deux sortes d'opérations sur nos ames, qui font la différence des deux lois. Premièrement il les effraie, il les remplit de la terreur de ses jugemens; et en second lieu il les attire, il les enflamme d'un saint amour. La première opération, qui est la crainte, ne peut pénétrer au fond de nos ames : elle les étonne, elle les ébranle; mais elle ne les change pas. Par exemple, que vous rencontriez des voleurs, si vous êtes le plus fort, ils ne vous abordent qu'avec une apparence de civilité feinte; ils n'en sont pas moins voleurs, ils n'en ont pas l'ame moins avide de carnage et de pillerie. La crainte étouffe les sentimens, elle semble les réprimer; mais elle n'en coupe pas la racine. Voyez cette pierre sur laquelle Dieu écrit sa loi : en est-elle changée pour avoir en soi de si saintes paroles? en est-elle moins dure? Rien moins. Ces saints commandemens ne tiennent qu'à une superficie extérieure. Ainsi en est-il de la loi de Dieu : quand elle n'entre dans nos ames que par la terreur, elle ne touche que la surface; tant qu'il n'y a que cette crainte servile, le fond ne peut être changé comme il faut. Il n'y a que l'amour qui entre au plus secret de nos caurs; lui seul en a la clef, lui seul en modère les mouvemens. Vous avez de méchantes inclinations, vous avez des affections déréglées : jamais elles ne pourront être chassées que par des inclinations contraires, que par un saint amour, que par de chastes affections du vrai bien; ainsi l'ame sera tout autre. L'amour la dilate par une certaine ferveur; il l'ouvre jusqu'au fond pour recevoir la rosée des graces célestes. Ce n'est plus une pierre sur laquelle on écrit au dehors, c'est une cire pénétrée et fondue par une divine chaleur. C'est ainsi que le Sauveur Jésus est véritablement gravé dans toutes les facultés de nos ames. Il est dans nos

« ElőzőTovább »