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rieux, qu'en d'autres occasions on ait pris le Messie même pour un autre Jean-Baptiste'. Dans une si haute réputation, et d'autant plus glorieuse qu'elle étoit moins recherchée, Jean-Baptiste demeure toujours ce qu'il est, c'est-à-dire toujours humble, toujours modeste. Il n'est rien de ce qu'on pense; il n'est point Elie, il n'est point prophète; et bien loin d'être le Messie , il n'est pas digne, dit-il, de lui délier ses souliers. Car il se sert même de cette expression basse, afin de se ravilir tout à fait ; et cette main vénérable de laquelle le Fils de Dieu a voulu être baptisé, cette main qu'il a élevée, dit saint Chrysostome, jusqu'au haut de sa tête (a), n'ose pas même toucher ses pieds : Non sum dignus corrigiam calceamentorum solvere ?. Un tel homme sans doute nous est envoyé pour nous désabuser de l'honneur du monde. Il n'est personne qui n'expérimente jusqu'à quel point il nous éblouit, et combien même il nous captive. Qui n'a pas encore éprouvé combien le désir de l'honneur nous oblige à donner de choses à l'opinion et à l'apparence contre nos propres pensées ? En combien d'occasions importantes la crainte d'un blâme injuste resserre un bon cæur? combien elle y étouffe de sentimens droits ? combien elle en affoiblit de nobles et de vigoureux ? La suite de ce discours nous fera paroître bien d'autres excès où nous jette l'honneur du monde. Il importe donc au genre humain que cet ennemi soit bien attaqué, mais auparavant il le faut connoître.

Je parle ici de l'honneur qui naît de l'estime des hommes; et c'est une certaine considération que l'on a pour nous pour quelque bien éclatant qu'on y voit ou qu'on y présume. Voilà l'honneur défini, il nous sera aisé de le diviser; et je remarque d'abord que nous mettons l'honneur dans des choses vaines, que souvent même nous le mettons dans des choses tout à fait mauvaises, et que nous le mettons aussi dans des choses bonnes. Nous mettons l'honneur dans des choses vaines, dans la pompe, dans la parure, dans cet appareil extérieur, parce que notre jugement est foible. Nous le mettons dans des choses mauvaises ; il y a des vices que nous couronnons, parce que notre jugement est corrompu. Et .. Marc., VI, 14; VIII, 28. – 2 Luc., III, 16. la Var.: Par-dessus sa tête.

aussi parce que notre jugement n'est ni tout à fait affoibli, ni tout à fait dépravé, nous mettons dans des choses bonnes, par exemple dans la vertu , une grande partie de l'honneur. Mais néanmoins cette foiblesse et cette corruption font que nous tombons dans une autre faute, qui est celle de nous les attribuer et de ne pas les rapporter à Dieu, qui est l'auteur de tout bien. Il faut donc que nous apprenions aujourd'hui et, mes frères, que nous l'apprenions par l'exemple de saint Jean-Baptiste , à chercher du prix et de la valeur dans les choses que nous estimons, par là toutes les vanités seront décriées; à y chercher beaucoup davantage la vérité et la droiture, et par là tous les vices perdront leur crédit; enfin à y chercher l'ordre nécessaire, et par là les biens véritables, c'est-àdire les vertus seront honorées (a), mais d'un honneur rapporté à Dieu qui est leur premier principe. Et c'est le sujet de ce discours.

L'Apôtre nous avertit que nous devons être enfans en malice, mais que nous ne devons pas l’être dans les sentimens ; c'est-àdire qu'il y a en nous des foiblesses et des pensées puériles que nous devons corriger, afin de demeurer seulement enfans en simplicité et en innocence. Il considéroit, chrétiens, qu'encore que la nature, en nous faisant croître par certains projets, nous fasse espérer enfin la perfection, elle semble n'ajouter tant de traits nouveaux à l'ouvrage qu'elle a commencé, que pour y mettre en son temps la dernière main.

Les caractères de l'humilité en saint Jean-Baptiste. Description de sa naissance, de ses austérités, de sa vie. Si grand, que pris pour le Christ. Eclat de sa naissance sacerdotale; Jésus-Christ, charpentier. Légation honorable : des prêtres et des lévites , les premiers en dignité ; pharisiens, les premiers en doctrine. On s'en rapporte à lui-même. Tu quis es ? Quid dicis de teipso ? ? C'étoit une belle ouverture à l'orgueil. Tout le monde est préoccupé en sa faveur, et il ne lui coûtera qu'un aveu pour être honoré comme - le Messie ; mais il n'auroit garde d'acheter le plus grand honneur du monde par une mauvaise action.

Premier caractère d'humilité : non-seulement de ne rechercher 1 Joan., I, 19, 22. (a) Var. : Comme elles le doivent être seules.

TOM. VIII.

pas, mais de rejeter les louanges quand elles viennent d'ellesmêmes.

Second caractère : refuser constamment les fausses louanges : Non sum ego Christus ' : « Je ne suis pas le Christ.»

Troisième caractère : les véritables et les vrais talens pris non du côté le plus éctatant, mais du côté le plus bas. Il étoit Elie ; Jésus-Christ l'a dit : il étoit prophète , et plus que prophète !, le même Jésus-Christ. Il n'est pas Elie en personne, il n'est pas prophète selon la notion commune, prédisant l'avenir, mais montrant Jésus-Christ présent. Il dit absolument qu'il ne l'est pas; du côté le moins favorable.

Quatrième caractère : ne dire pas seulement de soi ce qui est humiliant, mais l'inculquer. Ce qui est marqué par ces paroles : Et confessus est, et non negavit, et confessus est'.

Cinquième caractère : exténuer ce qu'on ne peut pas s'ôter, en faisant voir qu'on ne l'a pas de soi-même, et que de soi-même on n'est rien. Qui êtes-vous ? Je suis une voix. Quoi de moins subsistant et de plus rien qu'une voix, un son, un air frappé ? Je parle, je cesse; en un instant tout est dissipé. Il ne dit pas : Je suis celui qui crie ; mais : Je suis la voix de celui qui crie; un autre parle en moi. La voix ne subsiste que par celui qui parle. Je cesse de vouloir parler , la voix cesse en un instant; il n'en reste rien. Rien de plus dépendant d'autrui que la voix.

Sixième caractère : autre manière d'exténuer ce qu'on ne peut pas s'ôter , en se comparant à quelque chose de plus grand , comme saint Jean à Jésus-Christ : Ego baptizo in aquà, medius vestrům stetit"; ille est qui baptizat in Spiritu sancto et igni 5 ; ante me factus est, quia prior me erat. Dans cette comparaison, qui ose se réputer quelque chose, surtout si celui qui est si grand et à qui il se compare, a été dans l'abjection comme Jésus-Christ ? Medius vestrům. Nulle distinction : Quem vos nescitis. Qui ose vouloir se signaler et se distinguer, quand Jésus-Christ, inconnu.

Voilà comme il s'abaisse : pas digne des courroies de Jésus1 Joan., I, 20. — ° Matth., XI, 9, 14. — 3 Joan., 1, 20. * Ibid., 26. — 5 Matth., III, 11. – 6 Joan., 1, 30.

Christ; lui, au-dessous des pieds ; et Jésus-Christ le met à la tête.

Je viens ensuite à l'explication du culte de la messe : les préparations du sacrifice : Parate viam Domini '.

SERMON

POUR

LE IV DIMANCHE DE L'AVENT (a).

Ego vox clamantis in deserto.
Je suis la voix de celui qui crie dans le désert. Joan., I, 23.

Les hommes, dont la passion a corrompu le jugement, ne savent pas suivre les traces de la vérité, et la lumière elle-même les confond et les égare (6). La vie étonnante de saint Jean-Baptiste cause une telle admiration au conseil des Juifs qui étoit à Jérusalem, qu'ils envoient dans notre évangile une solennelle députation (c) pour lui demander s'il n'est point Elie , s'il n'est point ce grand prophète promis par Moïse, enfin s'il n'est point le Christ. Jean, cet humble ami de l’Epoux, qui ne songe plus qu'à décroître et à s'abaisser aussitôt que Jésus-Christ veut paroître, pour lui donner la gloire qui lui est due se sert de cette occasion pour dé

1 Matth., 111, 3.
(a) Prêché devant le roi, la reine, Madame, le duc d'Orléans, en 1669.

Comme on ne trouve aucun titre royal dans ce sermon, les éditeurs ont cru qu'il n'a pas été prêché devant le monarque; mais il renferme dans le premier point un passage qui suppose manifestement sa présence : « Un roi même, pénitent au milieu de sa Cour.... entre dans cet esprit de solitude et se retire souvent dans son cabinet, » etc. D'un autre côté le même sermon contient plusieurs passages simplement esquissés ; et c'est surtout vers 1669, que Bossuet se contentoit de tracer sur le papier des croquis rapides qu'il achevoit dans la chaire.

(6) Var.: Ne savent pas suivre les traces de la vérité, ne s'accordent ni avec elle ni avec eux-mêmes, et la lumière..... — (c) Une telle admiration aux Juifs de Jérusalem, qui lui font une solennelle députation pour lui demander.....

couvrir aux Juifs ce divin Sauveur qui étoit au milieu d'eux sans qu'ils voulussent le connoître. Mais de quelle erreur ne sont point capables des hommes préoccupés et dont le sens est dépravé ! Ils s'adressent à saint Jean-Baptiste pour apprendre de lui-même quel il est, et le consultent sur ce qui le touche, tant il leur paroît digne d'être cru; et ils le jugent tout ensemble si peu digne de créance, qu'ils rejettent le témoignage sincère qu'il rend à un autre. Ils ont conçu une si haute estime de sa personne, qu'ils le prennent pour un prophète et doutent même s'il n'est point le Christ; et en même temps ils font si peu d'estime de son jugement, qu'ils ne veulent pas reconnoître le Christ qu'il leur montre : tant il est vrai, chrétiens, qu'il n'y a point de contradiction ni d'extravagance où ne tombent ceux que leur présomption aveugle et qui osent mêler leurs propres pensées aux lumières que Dieu leur présente.

Allons, mes frères, à saint Jean-Baptiste dans un esprit opposé à celui des Juifs, puisque l'Eglise nous fait entendre ses divines prédications pour préparer les voies au Sauveur naissant, et lui fait faire par ce moyen encore une fois son office de précurseur. Ecoutons attentivement cette voix qui nous doit conduire à la Parole éternelle. Mais pour nous rendre capables de profiter de ses instructions, prions la très-sainte Vierge qu'elle nous obtienne la grace d'être émus à la voix de saint Jean-Baptiste, comme JeanBaptiste fut ému lui-même à la voix de cette Vierge bénie, lorsqu'elle alla lui porter jusque dans les entrailles de sa mère une partie de la grace qu'elle. avoit reçue avec plénitude. Ave.

Vous venez entendre aujourd'hui un grand et excellent (a) prédicateur ; c'est le célèbre Jean-Baptiste , flambeau devant la Lumière, voix devant la Parole, ange devant l’Ange du grand conseil, médiateur devant le Médiateur, c'est-à-dire médiateur entre la loi et l'Evangile, précurseur de celui qui le devance ; dont la main qui s'estime indigne d'approcher seulement des pieds de Jésus, est élevée même dessus sa tête; qui baptise au dehors celui qui le baptise au dedans, et répand de l’eau sur la tête de celui qui

(a) Var.: Admirable.

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