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s'ils ne mouroient par ma mort : Adimpleo quæ desunt passionum Christi pro corpore ejus quod est Ecclesia'; à ma vie, à ma résurrection et à ma gloire, s'ils ne ressuscitoient par ma résurrection, et ne vivoient par ma vie, et ne fussent glorieux par ma gloire (a). Mon Père, je suis en eux; il faut donc que « l'amour que vous avez pour moi soit en eux : » Dilectio quà dilexisti me in ipsis sit, et ego in eis ?. Et il faut aussi que la joie et la gloire que vous me donnerez soit en eux, « afin que ma joie soit pleine en eux , » ut habeant gloriam meam impletam in semetipsis?. Mea omnia tua sunt, et tua mea sunt , et ego clarificatus sum in eis

La gloire du chef tombe sur les membres, et la gloire des membres revient au chef. Je suis glorifié en eux; il faut qu'ils soient glorifiés en moi. Père saint, Père juste, je vous les recommande; puisqu'ils sont à moi, ils sont à vous; et si vous m'aimez, vous en devez avoir soin comme de moi. Enfin il ne veut dire autre chose par tout ce discours, sinon que nous sommes tous à lui, comme étant un avec lui et comme devant être aimés du Père éternel par la même affection qu'il a pour lui, non pas qu'elle ne soit plus grande pour lui que pour nous, mais cela ne fait pas qu'elle soit différente. C'est le même amour qui va droit à lui et rejaillit sur nous : à peu près comme une flèche qui, par un même coup et un même mouvement, perce la première chose qu'elle rencontre et ne fait à ce qu'elle attrape après qu'une légère entamure: ou comme un bon père qui regarde ses enfans et les autres par un même amour, qui ne laisse pas d'être plus grand dans ses enfans sur lesquels se porte sa première impétuosité ; ou plutôt comme nous aimons d'une même affection tout notre corps, quoique nous ayons plus de soin de conserver et honorer les plus nobles parties.

Et après cela nous nous étonnons si Dieu agit avec passion? Et s'il agit avec passion, comment ne produira-t-il point des effets extraordinaires et qui surpasseront toutes nos pensées? La passion

* Coloss., 1, 21. — 2 Joan., XVII, 26. — 3 Ibid., 13. — * Ibid., 10.

(a) Note marginale : Ipsum dedit caput supra omnem Ecclesiam, qui est corpus ipsius et plenitudo ejus, qui omnia in omnibus adimpletur (Ephes., 1, 22, 23).

fait faire des choses étranges aux personnes les plus foibles : et que fera-t-elle à Dieu? Elle fait surpasser aux hommes leur propre puissance: eh! le moins qu'elle puisse faire à Dieu, c'est de lui faire passer les bornes de sa puissance ordinaire. Non, ce n'est pas assez, pour rendre les élus heureux, d'employer cette puissance par laquelle il a fait le monde; il faut qu'il étende son bras : In manu potenti et brachio extento'. Il ne s'attachera plus aux natures des choses; il ne prendra plus loi que de sa puissance et de son amour. Il ira chercher dans le fond de l'ame l'endroit où elle sera plus capable de félicité. La joie y entrera avec trop d'abondance, pour y passer par les canaux ordinaires ; il faudra ouvrir les entrées et lui donner une capacité extraordinaire. Il ne regardera plus ce qu'il en a fait, mais ce qu'il en peut faire. Ce sera là où il donnera comme le coup du maître; il nous est inconcevable, misérables apprentis que nous sommes. Il tournera notre esprit de tous côtés pour le façonner entièrement à sa mode, et n'aura égard à notre disposition naturelle qu'autant qu'il faudra pour ne nous point faire de violence. Aussi lorsqu'il décrit les douceurs du paradis, ce n'est que par des mystères, pour nous en témoigner l'incompréhensibilité. Ecoutons ses promesses dans l’Apocalypse : Qui vicerit, dabo ei manna absconditum ?, des douceurs cachées : Dabo ei edere de ligno vitæ . — Quoi ! est-ce quelque chose de semblable à nos fruits ordinaires ? — N'attendez pas que vous en trouviez en ce monde. Il ne croît que dans le jardin de mon Père, et il faut que le terroir en soit cultivé par sa propre main : quod est in paradiso Dei mei. Dabo ei nomen novum. Dieu ne donne point un nom sans signification. C'est pourquoi quand il change le nom à Abraham et à Jacob, il en atteste incontinent la raison; et la preuve en est évidente au nom de son Fils. La raison est qu'à Dieu, dire et faire, c'est la même chose : Dixit, et facta sunt'. Et ici : Dabo ei nomen novum; et non-seulement il sera nouveau, mais encore est-il inconnu ; et il faut en avoir en soi la signification pour l'entendre : Quod nemo scit, nisi qui accipit?.

L'apôtre saint Paul avoit vu quelque chose de cette gloire; 1 Deut., v, 15. — ? A poc., II, 17. — 3 Ibid., 7. * Ibid. 5 Ibid., 17. – 6 Psal. xxxII, 9. - 7 Apoc., II, 17.

disons mieux, il en avoit ouï quelque chose dans la proximité du lieu où il fut ravi. N'attendons pas qu'il nous en dise des particularités ; il en parle comme un homme qui a vu quelque chose d'extraordinaire, qui ne nous en fait la description qu'en méprisant tout ce que vous lui pouvez apporter au prix de ce qu'il a vu, ou bien en avouant qu'il ne sauroit l'expliquer. Il en marque quelques conditions générales, qui nous laissent dans la même ignorance où il nous a trouvés : Ut sciatis cum omnibus sanctis quæ sit longitudu, et latitudo, et sublimitas, et profundum'. Ne vous semble-t-il pas entendre un homme qui auroit vu quelque magnifique palais semblable à ces châteaux enchantés de qui nous entretiennent les poëtes, et qui ne parleroit d'autres choses sinon de la hauteur des édifices, de la largeur des fossés, de la profondeur des fondemens, de la longueur prodigieuse de la campagne qu'on découvre; au reste ne peut pas donner une seule marque pour le reconnoître, ni en faire une description qui ne soit grossière, tant il est ravi en admiration de ce beau spectacle. Voilà à peu près ce que fait le grand Apôtre. Il ne nous exprime la grandeur des choses qu'il a vues que par l'empressement où il est de les décrire et par la peur qu'il a d'en venir à bout. Demandez-lui en des particularités, il vous dira que cela est inconcevable; tout ce que vous pouvez lui dire n'est rien à comparaison. Parlez-lui des grandeurs de ce monde et de toute la beauté de l'univers, pour savoir du moins ce que c'est que ce royaume par comparaison et par ressemblance, il n'a rien à vous dire sinon : Existimavi sicut stercora, « comme du fumier et de l'ordure. » Ne lui alléguez point le témoignage de vos yeux ni de vos oreilles : Dieu agit ici par des moyens inconnus.

Il donne un tour tout nouveau à la créature; et puisque, comme j'ai dit, en cette action il ne prend point de loi que de sa puissance et qu'il ne s'attache pas à la nature des choses, nous ne pouvons pas plus concevoir cet effet que sa vertu. Les choses prendront tout une autre face, d'autant que Dieu agira « par cette opération par laquelle il se peut tout assujettir , » c'est-à-dire.

· Ephes., 111, 18. — 2 Philip., III, 8.

changer tout l'ordre de la nature et faire servir toute sorte d'êtres à sa volonté, secundùm operationem qui possit subjicere sibi omnia'. C'est pourquoi l'oeil qui voit tout ce qu'il y a de beau dans le monde, n'a rien vu de pareil ; l’oreille, par laquelle notre ame pénètre les choses les plus éloignées, n'a rien entendu qui approche de la grandeur de ces choses; l'esprit, à qui Dieu n'a point donné de bornes dans ses pensées, toujours abondant à se former des idées nouvelles, ne pourroit se figurer rien de semblable : Neque oculus vidit, neque auris audivit , neque in cor hominis ascendit quc prreparavit Deus diligentibus se ?. Le Sauveur du monde, le plus juste estimateur des choses qui pût être, voyant d'un côté la gloire que son Père lui présentoit, d'autre côté l'infamie, la cruauté, l'ignominie de son supplice avec lequel il falloit acheter la félicité, dans cet échange fit si peu d'état de son supplice, qu'à peine le considéra-t-il; et sans délibération aucune, proposito sibi gaudio, sustinuit crucem, confusione contemptà Et il est à remarquer qu'il ne s'agissoit que d'une partie accidentelle de sa béatitude, étant en possession de la beatitude essentielle dès sa conception. Et que sera-ce donc de nous qui avons à combattre pour le total, et qui avons à souffrir si peu de chose? Qu'il est bien vrai ce que dit l'Apôtre : Non sunt condignce passiones hujus sæculi ad futuram gloriam .. Mais nous ne le concevons pas. Prions donc Dieu qu'il nous fasse la grace de connoître cette gloire qui doit être le dernier accomplissement des desseins de Dieu, et quelle doit être la magnificence de ce royaume qui nous est préparé conjointement avec Jésus-Christ, et quel doit être cet effet merveilleux que Dieu opérera dans nos ames par cette opération surnaturelle et toute-puissante : Det nobis spiritum supientiæ, dans la connoissance de ses desseins; et revelationis in agnitione ejus 5, dans la connoissance de son amour; illuminatos oculos cordis vestri ®, de ce ceur et de cette ame nouvelle qu'il nous a donnée pour porter notre esprit à des choses tout autres que celles que nous voyons en ce monde, et nous remettre en l'esprit la puissance de Dieu, ut sciatis quce sit spes vocationis

1 Philip., III, 21. – ? I Cor., II , 9. — 3 Hebr., XII, 2. — 4 Rom., VII, 18. á Ephes., 1, 17. — 6 Ibid., 18.

TOM. VIII.

ejus; « ce que nous devons espérer d'une vocation si haute, » étant appelés de lui au dernier accomplissement de ses ouvrages; et quc divitiæ gloriæ hæreditatis ejus in sanctis !, « quelle est la richesse et l'abondance de ce royaume; » et quc sit supereminens magnitudo virtutis ejus in nos qui credimus , «et combien grand sera l'effort de sa puissance par l'extension qu'il fera sur nous des miracles et des grandeurs qu'il a opérés en JésusChrist, » secundùm operationem potentiæ ejus quam operatus est in Christo S. Puissions-nous concevoir l'affection que Dieu a pour nous, par laquelle cùm essemus mortui peccatis , conresuscitavit nos Christo et convivificavit", voilà l'unité dans la vie; et consedere fecit in Christo 5, voilà l'unité de la gloire ; ut ostenderet in sæculis supervenientibus, « afin de faire paroître dans l'éternité la magnificence de sa grace en Jésus-Christ dans ses membres par l'écoulement de la gloire de Jésus-Christ sur nous, » ut ostenderet in sæculis supervenientibus abundantes divitias gratiæ suæ, in bonitate super nos in Christo ®.

PREMIER SERMON

POUR

LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS.

(SECONDE RÉDACTION) (a).

Omnia vestra sunt, vos autem Christi. Tout est à vous, et vous êtes à Jésus-Christ, dit le grand Apotre, parlant aux justes. I Cor., III, 22, 23.

Si nous employions à penser aux grandeurs du ciel la moitié du temps que nous donnons inutilement aux vains intérêts de ce 1 Ephes., 1, 18.— 2 Ibid., 19.— 3 Ibid., 20.- Eph., 11, 5.— 5 Ibid., 6.—6 16., 7.

(a) RÉSUMÉ DU SERMON, PAR BOSSUET. Félicité des saints, accomplissement de l'æuvre de Dieu. Gloire de Jésus-Christ et l'amour du Père sur eux. Ego claritatem quam dedisti mihi, dedi eis (Joan., XVII, 22). Dilectio quá dilexisti me in ipsis sit, et ego in eis (Joan., XVII, 26).

Dieu étendra les ames pour les rendre capables d'une félicité plus hautr,

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