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joie du caur est promise à ceux qui servent le Seigneur leur Dieu. Car celui-là est content qui est dans l'état que la nature demande. La joie se trouve donc nécessairement dans le service de Dieu ; l'abondance y est aussi et la plénitude. Nul ne sait mieux ce qui nous est propre que celui qui nous a faits. Nul ne peut mieux nous le donner, puisqu'il a tout en sa main. Nul ne le veut plus sincèrement, puisque rien ne convient mieux à celui qui a commencé l'ouvrage en nous donnant l'être, que d'y mettre la dernière main en nous donnant la félicité et le repos. Telle est la condition de la créature sous l'empire de son Dieu : elle est riche, elle est contente, elle est heureuse. Dieu, qui n'a besoin de rien pour lui-même, ne veut régner sur nous que pour notre bien, ni nous posséder que pour nous faire posséder en lui toutes choses.

Donc, ô créatures rebelles, ô pécheurs qui vous soulevez contre Dieu, faites maintenant votre sentence. Dites, Messieurs, ce que méritent ceux qui refusent de se soumettre à un gouvernement si avantageux et si équitable. Hélas! que méritent-ils, sinon de trouver au lieu d'un joug agréable, un joug de fer; au lieu d'un seigneur légitime, un usurpateur violent; au lieu d'une puissance bienfaisante et amie, un ennemi insolent et outrageux; au lieu d'un père, un tyran; au lieu de la joie des enfans, la contrainte et la terreur des esclaves; au lieu de l'allégresse et de l'abondance, la faim, la soif et la nudité, et une extrême disette.

Il faut vous dire quel est cet ennemi que Dieu enverra contre vous. Celui qui s'est déclaré l'ennemi de Dieu, qui ne pouvant rien contre lui, se venge contre son image, et la déchirant la déshonore, remplissant son esprit envieux d'une vaine imagination de vengeance; c'est Satan avec ses anges. Esprits noirs, esprits ténébreux, esprits furieux et désespérés, qui s'étant perdus sans espérance et abîmés sans ressource, ne sont plus capables désormais que de cette noire et maligne joie qui revient à des méchans d'avoir des complices, à des envieux d'avoir des compagnons, à des superbes renversés d'entraîner avec soi les autres. (a) C'est cette rage, c'est

(a) Note marg.: A des superbes de faire trébucher les autres. Faste insolent, au lieu de leur grandeur naturelle; des finesses malicieuses, au lieu d'une sagesse céleste; la haine, la dissension et l'envie, au lieu de la charité et de la société fraternelle.

cette fureur de Satan et de ses anges que le prophète Ezéchiel nous représente sous le nom et sous la figure de Pharaon, roi d'Egypte. Spectacle épouvantable! Autour de lui sont des morts qu'il a percés par de cruelles blessures. Là gît Assur, dit le prophète, avec toute sa multitude; là est tombé Elam et tout le peuple qui le suivoit; là Mosoch et Thubal, et leurs princes et leurs capitaines, et tous les autres qui sont nommés nombre innombrable, troupe infinie, multitude immense : ils sont autour renversés par terre, nageant dans leur sang. Pharaon est au milieu, qui repaît ses yeux de la vue d'un si grand carnage et qui se console de sa perte et de la ruine des siens : Pharaon avec son armée, Satan avec ses anges : Vidit eos Pharao, et consolatus est super universâ multitudine sud quæ interfecta est gladio, Pharao et omnis exercitus ejus '. Enfin, semblent-ils dire, nous ne serons pas les seuls misérables. Dieu a voulu des supplices : en voilà assez, voilà assez de sang, assez de carnage. On a voulu nous égaler les hommes : les voilà enfin nos égaux dans les tourmens. Cette égalité leur plaît. Ils savent que les hommes les doivent juger; quelle rage pour ces superbes! Mais avant ce jour, disent-ils, combien en mourra-t-il de notre main! Ah! que nous allons faire de siéges vacans, et qu'il y en aura parmi les criminels de ceux qui pouvoient s'asseoir parmi les juges!

Mais que fais-je, mes frères, de profaner si longtemps et ma bouche et vos oreilles en faisant parler ces blasphémateurs! C'est assez de vous avoir découvert leur haine. Elle est telle, remarquez ceci et étonnez-vous de cet excès, elle est telle cette haine qu'ils ont contre nous, qu'ils se plaisent non-seulement à désoler, mais encore à souiller (a) notre ame. Oui, ils aiment encore mieux nous corrompre que nous tourmenter, nous ôter l'innocence que le repos, et nous rendre méchans que nous rendre malheureux; si bien que quand ces victorieux cruels se sont rendus les maîtres d'une ame, ils y entrent avec furie, ils la pillent, ils la ravagent, ils la violent. O ame blanchie au sang de l'Agneau, ame qui étoit sortie des eaux du baptême si pure, si pudique et si virginale! Ces corrupteurs la violent, non tant pour se satisfaire que pour la déshonorer et la ravilir. (a) Vous avez renoncé à son empire. Chaque empire a ses pompes et ses ouvrages. Les pompes du diable, tout ce qui corrompt la modestie, tout ce qui remplit l'esprit de fausses grandeurs, tout ce qui étale la gloire et la vanité, tout ce qui veut plaire et attirer les regards, tout ce qui enchante les yeux, tout ce qui sert à l'ostentation et au triomphe de la vanité du monde, tout ce qui fait paroître grand ce qui ne l'est pas, et élève une autre grandeur que celle de Dieu (6).

1 Ezech., XXXII, 22, 24, 26, 31. (a) Var.: A dégrader.

TOM. VIII.

Les ceuvres, c'est l'iniquité : Operatio eorum est hominis eversio ........ toi qui corromps les principes de la religion et de la crainte de Dieu par ces dangereuses railleries; vous qui n'étalez "pas seulement avec vanité et ostentation, mais qui armez pour

ainsi dire cette beauté corruptrice de l'innocence. · Ils nous dominent par les passions d'attache. L'avarice. On ne

distingue plus ce bien mal acquis, confondu avec votre patrimoine. L'ambition, fatiguée des longueurs ..., les voies abrégées et qui sont le plus souvent criminelles. L'impudicité, ah! qu'ils la poussent loin!

Ainsi nous avons relevé ce trône abattu et redressé cet empire d'iniquité, corrompu le baptême, effacé la croix de Jésus imprimée sur notre front, rejeté cette onction sainte, cette onction royale qui nous avoit faits des rois, des christs et des oints de Dieu, le corps et le sang de Jésus-Christ; nous peut-être, l'ordre et le sacerdoce. Enfin tous les mystères du christianisme sont devenus le jouet des démons. Nul christianisme en nos meurs.

Quem immittet tibi Dominus ?, revêtu de tous les droits de Dieu contre les pécheurs. Dieu l'établit notre souverain, il le met · Tertull., Apolog., n. 22. 2 Deuter., XXVIII, 48.

(a) Note marg. : Ils la portent à s'abandonner à eux; ils la souillent et puis ils la méprisent. Femmes qui deviennent le mépris de ceux à qui elles se sont lâchement et indignement abandonnées : souvenez-vous de votre baptême..... détruit la puissance des ténèbres. Exorcismes. Maledicte, damnate. Empire de l'Eglise : Da locum Deo vero et vivo (Rituel). — (6) Maintenant il n'y a plus de pompe du monde : les spectacles sont devenus honnêtes, parce qu'on a ôté les excès grossiers..... poison le plus délicat et le plus dangereux. On ne connoit plus de luxe. A la simplicité de cet habit blanc dont tu as été revêtu..... ah! tu reprends les marques et les enseignes du monde. Il faut retrancher du baptême cette cérémonie si sainte, si ancienne, si apostolique.

en sa place, il lui donne pour ainsi dire toute sa puissance : étranger qui nous tirera de notre patrie, usurpateur qui ne fera que ravager, esclave révolté qui ne donnera point de bornes à son insolence. Jérémie est seul capable d'égaler les lamentations aux calamités (a).

Hæreditas nostra versa est ad alienos, domus nostræ ad extraneos. Servi dominati sunt nostri. Cecidit corona capitis nostri : nobis, quia peccavimus'! Aperuerunt super te os suum omnes inimici tui : sibilaverunt et fremuerunt dentibus suis, et dixerunt : Devorabimus : en ista est dies quam expectabamus; invenimus, vidimus ?. Fecit Dominus quæ cogitavit : ..... lætificavit super te inimicum , et exaltavit cornu hostium tuorum 3.

Nous ne rougirons pas de porter des fers, nous que Jésus-Christ a faits rois! (6) Nous jetons aux pieds de Satan la couronne que le Sauveur a mise sur nos têtes. nobis, quia peccavimus. Disonsle du moins du fond de nos cæurs ce Va, ce Malheur à nous. Renouvelons les væux de notre baptême : Je renonce, etc. (c) Où est l'eau pour nous baptiser? Ah! plongeons-nous dans l'eau de la pénitence, dans ce baptême de larmes, dans ce baptême de sang, dans ce baptême laborieux. Plongeons-nous-y, n'en sortons jamais, jusqu'à ce que Jésus nous appelle, etc., où nous conduise, etc.

· Thren., V, 2, 8, 16. — 2 Ibid., II, 16. — 3 Ibid., 17.

(a) Var.: Revenez, Jérémie : renouvelez vos gémissemens. O saint prophète de Dieu, seul capable d'égaler les lamentations aux calamités, venez déplorer encore une fois le sanctuaire souillé, la maison de Dieu profanée. — (6) Note marg. : Fecisti nos Deo nostro reges et sacerdotes (Apoc., V, 10). - (c) Plutôt choquer que plaire trop, plutôt méprisée que vaine et superbe, plutôt seule et abandonnée que trop chérie et trop poursuivie.

PREMIER SERMON

POUR

LE II DIMANCHE DE L'AVENT (a).

Caci vident, claudi ambulant , leprosi mundantur, surdi audiunt, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur, et beatus est qui non fuerit scandalizatus in me.

Les aveugles recoivent la vue, les sourds entendent, les estropiés marchent, les lépreux sont nettoyés et les morts revivent, l'Evangile est annoncé aux pauvres, et bienheureux est celui qui n'est point scandalisé en moi. Matth., XI, 5, 6.

Si vous voyez aujourd'hui que saint Jean-Baptiste envoie ses disciples à notre Sauveur pour lui demander quel il est, ne vous persuadez pas pour cela que l'Elie du Nouveau Testament et le

(a) ANALYSE, PAR BOSSUET. Son ceur écoutoit la voix de la misère, il sollicitoit son bras. * L'ame se retirant de Dieu laisse le corps sans vigueur. Péché plus grand que la peine. Pauvres évangélisés.

Comment s'est-il pu faire : Scandalizantur in me? Raison pourquoi nous n'entendons pas l'ouvre de Dieu, scandalum : nous croyons que Dieu renverse tout quand il rebåtit comme l'entrepreneur.

Foi doit précéder la vue. Soumettre l'entendement aussi bien que la volonté. Croire ce qui est incroyable, faire ce qui est difficile.

Reconnoitre la grace, parce que la nature est scandalisée.
Jésus-Christ scandale à tous, même aux chrétiens.

Le manuscrit porte écrit de la main de Bossuet : « A Metz, contre les Juifs. »

Tout nous indique dans ce sermon l'époque de Metz : la mauvaise écriture, qui court d'un bord à l'autre de la feuille; la longueur du discours et principalement de l'esorde, qui commence par une question qu'on diroit oiseuse, s'il y en avoit en théologie; les interrogations sans la particule ne, et les passages où l'auteur parle longuement au pécheur au singulier; enfin les expressions surannées, comme celles-ci : « Les lépreux sont nettoyés, Agneau de Dieu qui purge les péchés du monde, le Fils de Dieu catéchise les pauvres, pillerie, tout l'œuvre du salut, bien faire, » pour, faire du bien, sens qui vieillissoit selon l'Académie, mais que Bossuet a quelquefois adopté dans la grande époque de sa mission apostolique. Toutefois notre sermon respire moins le vieux langage, a moins d'emphase et renferme moins de citations que d'autres; il faut en fixer la date vers 1657.

A cette époque les Juifs du monde entier, et particulièrement ceux de Metz,

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