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Le traitteur à ce coup est bien empesché, il chancelle, et ayant fait le recit de l'histoire tres-impertinemment, tasche de se desrober à ceste poincte, que luy avoit jettée le plaquart.Quant au recit, il le fait ainsi : « Une certaine dame de Carthage fut guerie d'un chancre à la mammelle, ayant esté advertie en dormant de remarquer avec le signe de la croix la premiere femme baptizée qui viendroit au devant d'elle. » Cela n'est aucunement ny vray, ny à ropos ; car elle ne fut point advertie de remarquer l'autre avec e signe de la croix, mais de se faire signer elle-mesme du signe de la croix, sur le lieu du mal. Le desir de reprendre offusque ces pauvres reformateurs. Quant à la response, il la fait à son accoustumée, sans jugement ny candeur, à sçavoir : que ceste dame s'estoitaddressée auparavant au seul Dieu, auquel elle rapporta sa guerison, et non à aucun signe. C'est estre insensé, car qui dit jamais qu'aucune guerison ou miracle, fait ou par le signe de la croix, ou autrement, doive estre rapporté à autre qu'à Dieu seul, qui est le Dieu de toute consolation? Nostre differend gist à sçavoir si Dieu employe le signe de la croix à faire des miracles par les hommes, puisque c'est chose hors de doubte qu'il employe bien souvent plusieurs choses aux effects surnaturels. Le traitteur dit que non, et ne sçayt † quoy nous disons qu'ouy, et le preuvons par experience : est-il pas inepte de respliquer que c'est Dieu qui fait ces miracles, puisqu'on ne demande as qui les fait, mais comment, et par quels instrumens et moyens, 'est Dieu qui la guerit, et pouvoit la guerir, sans la renvoyerà l'autré femme qui la signa : il ne veut pas, mais la renvoye à ces moyens, desquels il se veut servir. Voulons-nous estre plus sages que luy, et dire que ces moyens ne sont pas sortables? il luy playst que nous les employions, les Voulons-nous rejetter ? Or, c'est sainct Augustin qui est autheur de ce recit, et l'estime tellement propre à la loüange de Dieu, † dit ensuite qu'il avoit fort tancé ceste dame guerie de ce qu'elle n'avoit pas assez publié ce miracle. Un bon huguenot au contraire l'eut fait enterrer bien avant, et ce par zele de la pureté reformée ; mais ces grandes ames anciennes se contentoient de la pureté formée. Au demeurant, l'orayson du signe de la croix estoit en si grand credit en l'ancienne et primitive Eglise, qu'on l'employoit à toutes rencontres; on s'en servoit comme d'un general preservatif de tous malheurs, en mer, en terre, comme dit sainct Chrysostome; és corps des bestes malades, et en ceux qui estoient possedez du diable. Sainct Martin protestoit de percer tous les esquadrons des ennemys et les oultre-passer, pourveu qu'il fust armé du signe de la croix. Sainct Laurent guerissoit les aveugles par iceluy. Paula mourante se signa la bouche de la croix. Sainct Gordius martyr, devant qu'aller au tourment en la ville de Cesarée, se munit du signe de la croix, dit sainct Basile. Ainsi le grand sainct Anthoine rencontrant ce monstre Sylvestre Faune, ou Hippocentaure, qui le vint treuver lorsqu'il alloit voir sainct Paul, premier hermite, il fit incOntinent le † de la croix pour s'asseurer. Icy je ne puis oublier le livre de Mathias Flaccus Illyricus augmenté à Geneve, intitulé : Catalogus testium veritatis, lequel,

par une authentique impudence, citant sainct Anthoine contre nous, en son rang, dit † a leu sa vie , et n'a pas treuvé qu'il ayt employé le signe de la croix. Jusques à quand trompera-t-on ainsi les peuples ? Certes, les tesmoignages que j'ai citez au chapitre precedent sont prins dans sainct Athanase, et celuy-ci dans sainct HieT0SII1G. Or, j'ay dit qu'en ces occasions la croix avoit vertu comme une orayson fort vigoureuse, dont il s'ensuit que les choses signées ont une particuliere saincteté, comme benistes et sanctifiées par ce sainct signe, et par ceste celebre orayson extresmement preignante, pour estre instituée, appreuvée et confirmée par Jesus-Christ, et par toute son Eglise : si que les anciens faysoient grande profession de prier Dieu, levant les bras haut en forme de croix, comme il appert en mille tesmoignages; mais surtout de celuy que j'ay de l'ancien Origene † par où non-seulement ils aysoient comme un perpetuel signe de croix, mais mortifioient encore la chair, imitant Moyse, qui surmonta Amalech lorsqu'il prioit Dieu en ceste sorte (Exod. 17), figurant et presageant la croix de Nostre Seigneur, qui est la source de toutes les faveurs que peuvent recevoir nos prieres. Sainct Cyprien , sainct Gregoire Nazianzene, et mille autres tres-anciens nous enseignent ainsi.

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LIVRE QUATRIESME. DE LA QUALITÉ DE L'HONNEUR QU'oN DOIT A LA CROIX.

C HAPITRE P R E M IER .
Accusation du traitteur contre les catholiques.

A† que le traitteur a mis en campaigne la solemnelle distinction entre l'honneur civil et l'honneur consciencieux, que j'ay suffisamment renversée en mon avant-propos, il fait tout à coup ceste saillie : « Vray est que les questionnaires ne se sont pas teus » là-dessus ; car on a demandé de quelle sorte d'honneur elle doit » estre adorée. Quelques-uns ont dit que la vraye croix, qui avoit » tousché au corps de Jesus-Christ, devoit estre adorée dé latrie ou » pour le moins d'hyperdulie; mais que les autres devoient estre » servies de l'honneur de dulie, c'est-à-dire, que la vraye croix » devoit estre reverée de l'honneur deu à Christ, et les autres croix » devoient estre honnorées de l'honneur que les serviteurs doivent » à leurs maistres, et c'est la belle resolution du present second » plaquart. » Or ce plaquart ne prend en aucune façon telle resolution, ne parle ny peu ny prou de latrie, dulie, hypêrdulie, ny n'employe la distinction de la vraye croix, de l'imaige de la croix, et du signe d'icelle. Voicy purement sa conclusion : « Nous devons estre pous» sez à venerer l'imaige de la croix, et la dresser par tous les lieux » celebres, pour nous esmouvoir à la memoire du benefice de la » mort et passion de nostre Dieu et Sauveur, auquel soit honneur et » gloire. Amen. »

Aussi n'estoit-ce pas le dessein de l'autheur des plaquarts, sinon de rendre compte de la devote erection de la croix que nostre confrerie d'Annessy fit aupres d'Annemasse, laquelle n'estoit pas une piece de la vraye croix, mais seulement une imaige d'icelle. Si est-ce que, parce que le traitteur produict les questions des scholastiques avec supercherie, je veux en peu de parolles descouvrir en ce livre le plus naïfvement que je la doctrine catholique, touschant la qualité de l'honneur deu à la croix. Et remarque † que les questionnaires qui espluchent si menuement les differences d'honneur qu'on doit à la croix, monstrent assez qu'ils sont saysis de la saincte et pure jalousie, de laquelle j'ay traitté en l'avant-propos; car, comme ils veulent attribuer à la croix l'honneur qui luy est deu, selon le rang qu'elle tient entre les dependances de nostre Sauveur, aussi prennent-ils soigneusement garde de ne luy en bailler que ce qu'il faut, et surtout de n'alterer en rien l'honneur de Dieu, ny baillant moins de respect à sa croix , ny plus aussi qu'il ne veut êt requiert. Par où le traitteur est assez convaincu de calomnie, quand il nous accuse de bailler des compaignons à Dieu.

CHAPITRE II.

De l'honneur, que c'est, à qui, et pourquoy il appartient
d'honnorer et d'estre honnoré.

J† besoin de dire un mot de l'honneur, parce que l'adoration est ·J une espece et sorte d'iceluy. L'honneur doncques est une protestation ou recognoissance de l'excellence de la bonté de quelqu'un. Or je l'entens ainsi. 1o Cognoistre la bonté excellente d'une personne n'est pas l'honnorer. L'envieux et malin cognoist l'excellence de son ennemy, et ne laisse pourtant de le vituperer. Fayre des reverences et demonstrations exterieures à quelqu'un n'est pas aussi l'honnorer; les flatteurs et affronteurs en font à ceux qu'ils tiennent les plus indignes du monde. La seule détermination de la volonté par laquelle on tient en compte et respect une personne, selon l'apprehension qu'on a de sa bonté, est celle-là en laquelle gist la vraye essence de l'honneur. .. , . • Il y a peu de difference entre l'object de l'amour et celuy de l'honneur. Celuy-là tend à la bonté, et celuy-cy à l'excellence de la bonté. Aussi y a-t-il peu de diversité à philosopher de l'un et de l'autre. Faysons-en comparayson; la cognoissance de l'un servira à celle de l'autre. L'amour est causé par la cognoissance de quelque bonté, l'honneur par la cognoissance de l'excellence de la bonté. L'amour produict ses demonstrations exterieures, et les offices qu'on fait au bien de celuy qu'on ayme. L'honneur produict aussi les signes et protestations exterieures. Mais comme l'amour, à prorement parler, n'a son domicile qu'au cœur de l'amant, aussi §r reside dans la yolonté de l'honnorant. On appelle amitié

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les bons offices exterieurs; on appelle honneur les demonstrations exterieures. Mais ces noms n'appartiennent à l'exterieur que p0ur l'allyance qu'on presuppose d'iceluy avec l'interieur. Si doncques je dy que l'honneur est une protestation ou recognoissance, je l'entens, non de celle qui se fait par les apparences exterieures (autrement les anges et esprits ne sosuroient honnorer), mais de celle qui se passe en la volonté, qui se resout d'estimer une personne selon son merite ; car ceste resolution est la Vraye et esSentielle forme de l'honneur. 2o Or, si l'honneur gist proprement en la volonté, il faut qu'il tende au bien, qui est le seul object d'icelle : jamais elle ne s'employe sinon à son but et object, ou aux appartenances d'iceluy. Mais comme il y a trois sortes de bien, l'honneste, l'utile, le delectable , aussi l'honneur ne tend du tout qu'à l'honneste, comme le mot le porte; car l'honnesteté n'est dite telle que parce qu'en elle gist l'estat et l'arrest de l'honneur. Honestas, dit Isidore † honoris status. L'honneur y va ; y estant, il s'arreste. Et quel ien honneste y a-t-il que la vertu et ses appartenances? La bonté doncques, de laquelle l'honneur est une recognoissance, ne peut estre que de ce rang. Or, si le bien honneste ou la vertu se considere simplement comme bien, il sera aussi simplement et seulement l'object de l'amour; mais si on le considere comme excellent, eminent et superieur, c'est lorsqu'il attire à soy l'honneur comme son propre tribut, lequel a son naturel mouvement au bien honneste, sous la consideration particuliere de quelque excellence et eminence : de quelque excellence, dy-je; car, soit que le bien honneste ayt quelque excellence sur celuy qui honnore ou non, il suffit qu'il ayt quelque excellence pour estre un vray subjet de l'honneur. J'ay doncques dit pour toutes ces raysons que l'honneur estoit une protestation de l'excellence de la bonté. 3o Et quand j'ay dit : De la bonté de quelqu'un, c'est-à-dire, de quelque personne, j'ay eu ceste rayson, l'excellence de la bonté, laquelle est le propre object de l'honneur, n'est sinon la vertu : la vertu ne se treuve sinon és personnes ; donc l'honneur ne se rapporte ou mediatement, ou immediatement, qu'aux personnes lesquelles sont le subjet, lequel est honnoré, et leur vertu le subjel pour lequel elles sont honnorées. 0bjectum quod et objectum qu0, disent nos Scholastiques. Ce discours forclost de pouvoir honnorer, ny estre honnoré, toute chose insensible, brute ou insensée , les diables et damnez; car tout cela n'a ny peut avoir aucune bonté d'honnesteté, pour estre honnoré, ny n'a aucune volonté, ou bonne affection à l'endroict de la vertu, pour l'honnorer. Si ces choses honnoroient la vertu, elles seroient honnorables elles-mesmes pour ce respect, d'autant qu'honnorer la vertu est chose honnorable : comme au contraire, qui est honnorable, il peut honnorer; car il a la vertu, et la vertu ne peut loger qu'en ceux qui la prisent et honnorent. Que si on honnore quelque chose insensible, ou non vertueuse, Ce ne sera pas pour y arrester et colloquer simplement et absolument l'honneur, mais pour le passer et rapporter à quelque vertu et vertueux. L'honneur du magistrat passe et revient à Dieu et à la respublique qu'il represente ; l'honneur de la vieillesse à la sagesse, de laquelle elle est une honnorable marque; l'honneur de la science à la diligence, et autres vertus desquelles elle est et l'effect et la caus§ Parlons des choses sacrées. L'honneur des eglises et vases sacrez va et vise à la religion, de laquelle ils sont instrumens; l'honneur des imaiges et croix se rapporte à la bonté de Dieu, de laquelle elles sont des memoires; l'honneur des personnes ecclesias§, à celuy duquel ils sont les officiers. Bref, le vieil mot est certain : L'honneur est le loyer de la vertu : non que la vertu ne merite une autre rescompense inherente, utile et delectable; mais parce que l'honneur purement et simplement n'a point d'autre object que la vertu et le Vertueux. Si qu'estant poussé ailleurs, comme sur les choses inanimées, il n'y fait aucun sejour; mais y passe seulement, en tant qu'elles appartiennent en quelque sorte à quelque subjet vertueux, ou à la vertu mesme , où enfin il se rend comme dans son propre et naturel domicile. Que s'il est dit quelquesfois que les choses inanimées et les diables donnent honneur à Dieu, ce n'est pas que cest honneur-là sorte de ces chOses, COmme de la CauSe; mais Seulement comme d'une occasion que les nommes en prennent d'honnorer Dieu : ou c'est parce que telles choses sont les exterieures demonstrations d'honneur, lesquelles, quoyque privées de leur ame, qui est l'intention interieure, ne laissent pas de retenir devant les peuples le nom d'honneur, ainsi que l'homme mort est appellé homme.

CHAPITRE III .
De l'adoration, que c'est.

Vo§ l'opinion du traitteur, et considerons la valeur de ses argumens; son opinion est en un mot : « Adorer, c'est s'incliner, » faire encensement, ployer les genoüilx. » Mon Dieu, que cela est grossier. Mettons en avant la verité, elle renversera assez d'ellemesme le mensOnge. L'adoration est une speciale maniere et sorte d'honneur ; car l'excellente bonté pour laquelle on honnore un autre peut estre de deux façons : ou elle est eminente, superieure et advantageuse sur celuy qui honnore, ou non; si elle ne l'est pas, il n'y a que pour le simple honneur, tel qu'il peut estre mesme de pair à pair, voire de superieur à inferieur, et duquel parle l'Apostre, quand il dit : Honore invicem prævenientes (Rom. 12), vous prevenant en honneur; et sainct Pierre disant : Omnes honorate (I. Petr. 2), Honnorez un chascun; dont il est dit mesmement qu'Assuerus honnora Mardochée. Eustratius met pour exemple l'honneur que s'entre-portoient sainct Gregoire Nazianzene et sainct Basile. Si au contraire l'excellence de la bonté pour laquelle on honnore se treuve superieure et advantageuse sur l'honnorant, lors il y va, non d'un simple honneur, mais de l'honneur d'adoration : et partant, comme l'honneur n'est que la profession ou recognoissance de l'excellence de la bonté de quelqu'un, aussi l'adoration est la recognoissance

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