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des prophetes : Malachie atteste-t-il pas, que les levres du prestre gardent la science, et qu'il demanderoit la loy de sa bouche, car c'est l'ange du Seigneur des armées (Mal. 2); ainsi, bien loin que jamais ils ayent retiré les Juifs de la communion de l'ordinaire, ils es ont tousjours excitez à luy estre fidelles. Apres tout, combien de miracles ont-ils faits en confirmation de leur vocation prophetique? Ce ne seroit jamais finy, si j'entrois en ce denombrement : que si quelquesfois ils ont entreprins des choses, qui ont eu quelque apparencé d'extraordinaire, incontinent les miracles les ont authorisez, tesmoin Helie, qui, dressant un autel sur le mont de Carmel, selon l'instinct qu'il en avoit receu du Sainct-Esprit, pour y sacrifier, monstra par un prodige qu'il le faysoit à l'honneur de Dieu et de la religion juifve (III. Reg. 18). Enfin, Messieurs, vos ministres, à mon advis, auroient bonne grace, s'ils vouloient usurper le pouvoir des prophetes, eux qui n'en ont jamais eu ny le don, ny la lumiere, ce seroit plutost nous, qui pourrions produire en tout tems des propheties des nostres, comme de sainct Gregoire Thaumaturge, au † de sainct Bazile, et de sainct Anthoine, tesmoin sainct Athanase (In vita Anton.); de l'abbé Jean, tesmoin sainct Augustin (D. Civ. v, 26) ; sainct Benoist, sainct Bernard, sainct François, et plusieurs autres, dont la tradition est plus qu'authentique; par consequent, s'il est quéstion entre nous de l'authorité prophetique, elle nous demeurera, soit ordinaire ou extraordinaire, puisque nous en avons l'effect, et non pas vos ministres, qui n'en ont jamais eu la moindre preuve, sinon qu'ils voulurent appeller prophetie la vision de Zuingle, au livre intitulé : Subsidium Eucharistiæ, et au livre intitulé : Querela Lutheri, ou la prediction qu'il fit l'an 1625, que s'il preschoit encore deux ans, il ne demeureroit ny pape, ny prestres, ny moines, ny docteurs. Il n'y a qu'un bien evident en cette prophetie" qui est le deffaut de la verité; car il prescha encore pres de vingt-deux ans, et neantmoins on treuve encore des prestres et des docteurs, et en la chaire de sainct Pierre, un pape legitime. Prenez garde, Messieurs, que vos premiers ministres ne soyent de ces prophetes, que Dieu deffend d'estre escoutez, en Jeremie : Ne veuillez point ouyr les parolles de ces prophetes qui prophetisent et vous deçoivent; ils parlent par la vision de leur cœur, et non point par la bouche du Seigneur; je n'envoyois pas ces prophetes, et ils couroient; je ne parlois pas à eux, et ils prophetisoient; j'ay ouy ce que les prophetes disent, prophetisant en mon nom le mensonge, et disant : J'ay songé, etc. (Jer. 23). Ne vous semble-t-il pas que ce discours s'addresse à Luther ou à Zuingle, avec leurs propheties visionnaires, ou à OEcolampade, avec la revelation qu'il disoit avoir eue pour sa conversion, qui donna subjet à Luther d'escrire ce livre qu'il a fait : Contra scelestos prophetas? Ce sont bien eux, au moins, qui ont ceste qualité de n'avoir jamais esté envoyez de Dieu; ce sont eux qui remuént leurs langues mensongeres, et disent, le Seigneur a dit, mais il n'a pas dit; car ils ne sçauroient monstrer ny produire aucune preuve de la Charge qu'ils usurpent;

* Haec notat Cochleus , in actis Lutheri.

ils ne sçauroient marquer en eux aucune legitime vocation : helas ! comment peuvent-ils prescher et † on ne peut s'enrosler sous aucun capitaine sans son adveu; et pauvres gens, comment fustes-vous si prompts à vous enrosler dans les troupes de ces premiers ministres, sans le congé des pasteurs ordinaires, mesme † sortir de l'estat auquel vous estiez nays et nourris, qui est 'Eglise catholique? Advoüez qu'ils sont grandement coupables, d'avoir fait ceste levée de boucliers de leur propre authorité, et vous, de les avoir suivis, ce qui vous rend certes inexcusables. Le bon enfant Samuël, humble, doux et sousmis, ayant esté appellé de Dieu trois fois differentes, pensa tousjours que ce fut Hely qui l'eust appellé; et à la quatriesme, seulement, il s'addressa à Dieu , comme à celuy qui l'appelloit. Oseray-je vous dire qu'il a semblé trois fois follement à vos ministres , que Dieu les eust appellez : 1o par les peuples et les magistrats seculiers; 2o par son evesque ; 3° enfin par la voie extraordinaire; mais examinons ce rapport. Samuël fut appellé trois fois par la voix de Dieu, et selon son humilité, il pensoit que ce fust une vocation de l'homme, jusques au temps qu'apres avoir esté enseigné par Hely, il cogneut que c'estoit la voix divine. Vos ministres, Messieurs, produisent trois pretenduës vocations de Dieu, une parles magistrats seculiers; une par les evesques, et la troisiesme par la mission extraordinaire. Ils crurent orgueilleusement que c'estoit Dieu qui les appelloit en ces trois manieres ; mais estant enseignez et corrigez par les lumieres de l'Eglise, ils recognoissent, ou doivent recognoistre, que ce n'est rien qu'une vocation de l'homme, et que les aureilles les ont trompez; s'ils estoient humbles, ils s'en rapporteroient sans doubte à celuy qui, comme Hely , preside maintenant à toute l'Eglise.Voylà l'eviction des objections que font vos ministres, qui vous font voir, quoy qu'inesgalement, inexcusables devant Diéu et devant les hommes, d'avoir introduict dans l'Eglise une fausse vocation. Au contraire, Messieurs, l'Eglise, qui contredisoit et s'opposoit à vos premiers reformateurs, comme elle s'oppose encore à ceux de ce tems, est si bien authorisée et fondée de tous costez, qu'aucun chrestien, tant aveuglé soit-il, ne peut pretendre cause d'ignorance, du devoir que nous avons tous de recognoistre qu'elle est la vraye, l'unique, l'inseparable, et la tres-chere Espouse du Roy celeste, ce qui rend vostre separation d'autant plus inexcusable, car sortir de l'Eglise, et contredire ses decrets, c'est visiblement se rendre prophane, ethnique et publicain (Matth. 18), quand mesme ce seroit à la persuasion d'un ange ou d'un seraphin (Gal. 1); mais bien pis si c'estoit à la persuasion des hommes pecheurs, ou à la suggestion des personnes particulieres, qui seroient sans authorité et sans adveu, ou sans aucune des qualitez requises à la mission des evangelistes et des prophetes. Ne vous abusez pas sur la simple cognoissance de quelques sciences, qui ne leur ont servy † pour rompre tous les lyens des plus religieuses obligations d'obeyssance, que nous ayons au monde, il nous est commandé de nous rendre à l'Eglise comme à l'Éspouse unique de nostre Sauveur : s'en separer est une faute qui ne se peut laver que par les larmes de penitence et du repentir; et c'est à quoy je vous invite de la part du Dieu vivant.

DIS C0URS VII.

La chimere de l'Eglise invisible des heretiques, pour pallier leur fausse mission. On void icy que l'Eglise doit estre visible.

So† tout nos adversaires ayant cogneu, que la succession de la mission est la pierre de touche où leur doctrine est emoussée, taschent par tous moyens de divertir et ecarter ceste † invincible, que nous tirons des marques evidentes et visibles de la vraye religion ; ils se sont advisez de maintenir, que l'Eglise estoit invisible et imperceptible ; par consequent irremarquable : je croy que ceste opinion est le dernier poinct de l'absurdité ; car mesme les payens ont recogneu, que l'Eglise chrestienne estoit visible; j'entens l'Eglise militante, fondée par Jesus-Christ, et de laquelle l'Escriture nous a laissé son tesmoignage, non pas de celle qu'un heretique peut imaginer par caprice; il ne se treuvera jamais en toute l'Escriture, que l'Eglise presente soit prinse pour une societé invisible ; en voicy nos raysons tres-fidellement etablies. Nostre Seigneur et Maistre nous renvoye à l'Eglise en toutes nos difficultez et dissensions de doctrines (Matth. 18). S. Paul enseigne à Timothée, comme nous faut conserver en l'Eglise (I. Tim. 3); il fit luy-mesme appeller les anciens de l'Eglise d'Asie, et leur remonstra, qu'ils estoient constituez du Sainct-Esprit, pour regir l'Eglise (Act. 20); il fut luy-mesme envoyé loi l'Eglise avec S. Barnabé (Act. 15); fut receu par l'Eglise (Gal. 1); confirmoit les Eglises (Act. 27), ordonnoit des prestres pour les Eglises ; est-il possible que tout cela se doive entendre d'une Eglise invisible? où la chercheroit-on pour luy faire nos plaintes, pour converser en elle, et avec elle, et pour la regir? uand elle envoyoit S. Paul, elle le recevoit, quand il la confirmoit, il y constituoit des prestres, il l'assembloit, il la salüoit, il la benissoit, comme il l'avoit autresfois si cruellement persecutée; estoit-ce seulement par foy, ou par figure, ou par illusion? Je né croy pas que chascun ne voye clairement, que c'estoit un effect visible, de part et d'autre, et mesme perceptible. Quand il escrivoit, s'addressoit-il à quelque chimere invisible ? Que diront les ministres aux prophetes, qui nous representent l'Eglise, non-seulement visible, mais toute claire, illustre, manifeste et magnifique; ils la depeignent comme une reyne, parée de drap d'or, et recamée avec une belle varieté d'enrichissements (Psal. 44); d'autres fois comme une montaigne, comme un soleil, comme une pleyne lune, et comme l'arc-en-ciel, tesmoin fidelle et certain de la faveur de Dieu envers les hommes, qui sont tous de la posterité de Noé ; c'est ce que dyt le roy des prophetes : Et thronus ejus sicut Sol in conspectu meo, et sicut Luna perfecta in æternum, et testis in cœlo fidelis. L'Escriture atteste par tout, que l'Eglise se peut voir et cognoistre, parce qu'elle est visible. Salomon au Cantique, parlant de l'Eglise, ne dit-il pas : Les filles l'ont veuè, et l'ont preschée pour tres-heureuse. En suite il introduict ses filles pleynes d'admiration; il leur fait dire : Qui est celle-cy, qui naist et qui se produict comme une aurore en son lever, belle comme la lune , esleuë comme le soleil , terrible comme un escadron de gens-d'armes bien ordonnez (Cant. 6)? N'est-ce pas clairement la desclarer visible ? Quand il l'appelle, il luy fait dire ces parolles par son Espoux : Reviens, reviens , la Sulāmite, reviens afin qu'on te voye. Elle respond : Qu'est-ce que vous verrez en ceste Sulamite, sinon les troupes des armées (Cant. 6)? N'est-ce pas encore la dire visible ? Qu'on regarde ces admirables cantiques et representations mystiques des amours du celeste Espoux avec l'Eglise, et l'on verra que par tout elle est tres-visible et tres-remarquable (Cant. 3,6, 7). Isaïe parle ainsi d'elle : Ce vous sera une voie droicte, les fols ne s'egareront point par son chemin (Is. 35). Par consequent, il faut qu'elle soit descouverte, et tresaysée à remarquer, puis que les plus grossiers mesmes, s'y sçauront conduire sans y faillir : les pasteurs et les docteurs de l'Eglise sont Visibles, donc l'Eglise est visible : car je vous prie, les pasteurs de l'Eglise, ne font-ils pas une partie de ceste Eglise ? Ne faut-il pas que les pasteurs et les prestres s'entre-cognoissent les uns les autres? Ne faut-il pas que les brebis entendent la voix du pasteur, et qu'elles le suivent? Ne faut-il pas que le pasteur aille chercher la brebis esgarée, et qu'il recognoisse son parc et son bercail(Joan. 10)? Ce seroit de vray une belle espece de brebis, qui ne pourroit cognoistre son pasteur, ny le voir; je ne sçay si vous me forcerez enfin de preuver, que tous les pasteurs de l'Eglise soyent visibles? Vous nyez bien des choses aussi claires. S. Pierre estoit pasteur, et je le croy, puisque Nostre Seigneur luy disoit : Repais mes brebis (Joan. 21);les Apostres l'estoient aussi, et cependant on les a veus : je croy que ceux auxquels S. Paul disoit p§ garde à vous et à tout le troupeau, auquel le Sainct-Esprit vous a constituez pour regir l'Eglise de Dieu (Act. 20); je croy, dis-je, qu'il les voyoit; et quand ils se jettoient au col de ce bon pasteur, comme de bons enfans, le baysant et luy baignant sa face de leurs larmes, je croy qu'il les touchoit, les sentoit, et les voyoit; ce qui me le fait Croire, c'est qu'ils regrettoient tres-amerement son depart; car il leur avoit dit qu'ils ne verroient plus sa face : ils voyoient donc sainct Paul, et sainct Paul les voyoit. Enfin, Zuingle, OEcolampade, Luther, Calvin, Beze et Marot, ont esté vos pasteurs visibles; il y en a encore parmy vous plusieurs qui les ont veus, et vous ne nyez † qu'ils ont esté les ministres de vostre reforme : on void donc es pasteurs : et par consequent on void les brebis. C'est le propre de l'Eglise de regler la vraye predication de la parolle de Dieu, la Vraye administration des Sacremens, et tout cela est tres-manifeste et tres-visible; comme donc voulez-vous que le subjet de l'Eglise soit invisible Ne sçayt-on pas que les douze patriarches, enfans du bon Jacob, furent la source vive de l'Eglise d'Israél, où quand leur Pere les éut assemblez devant soy, )our les benir, il les VOyoit, et s'entre-voyoient eux-mesmes (Gen. 9). Ensin, toute l'histoire sacrée fait foy, que l'ancienne Synagogue estoit visible; et pourquoy non l'Eglise catholique? et en effect, j'ose bien dire, que tout de mésme avec analogie et proportion, que les patriarches (Peres de la Synagogue israélitique, desquels Nostre

Seigneur est nay selon la chair) faysoient une Eglise visible; les Apostres avec leurs disciples, enfans de l'Eglise, figurée par la Synagogue, donnerent le commencement à ceste assemblée catholique visiblement, selon le dire du Psalmiste. Pour les peres te sont nays des enfans, tu les constituèras princes sur toute la terre; car pour les douze patriarches, nous sont nays douze apostres de JesusChrist. Or, certes ces apostres assemblez en Hierusalem, avec la petite troupe des disciples (Act. 2), et la tres-glorieuse Mere du Sauveur, faysoient alors la vraye Eglise; et comment ? visible sans doubte, et tellement visible, que le Sainct-Esprit vint arrouser et echauffer visiblement ces sainctes plantes et pepinieres du Christianisme; les anciens Juifs entroient en la societé du peuple de Dieu par la circoncision, signe tres-visible, et nous autres par le baptesme, signe tres-visible. A vostre advis, qui gouvernoit les anciens parmy les Juifs ? c'estoient les prestres aaroniques, qui estoient visibles; nous le sommes par les evesques, qui sont des personnes visibles; les anciens estoient enseignez et preschez par les prophetes et les docteurs visiblement, et nous autres par nos predicateurs visiblement; les anciens pour leur nourriture religieuse et sacrée, l'Agneau paschal et la manne, et tout cela est visible ; nous autres avons le tres-sainct sacrement de l'Eucharistie, signé visible, quoy que d'une chose invisible; la Synagogue estoit persecutée par les Egyptiens, Babyloniens, Madianites, Philistins, peuples visibles; l'Eglise l'a esté par les Payens, Turcs, Mores, Sarrazins et Heretiques, qui sont, et ont esté visibles. Bonté dé Dieu l et vous demanderez encore si l'Eglise est visible ? Mais qu'estce que l'Eglise : une assemblée d'hommes visibles qui ont de la chair et des os; et vous direz encore que ce n'est qu'un esprit et un phantosme, qui semble estre visible, et qui ne l'est que par illusion ; n'est-ce pas se rire du monde ? Dites-nous ce qui vous trouble en cecy, et d'où viennent en vous ces suppositions? voyez les mains de ceste Eglise, regardez ses ministres, ses officiers et ses gouverneurs; voyez ses pieds, regardez ses predicateurs, comme ils la portent au levant, au couchant, au midy, et au septentrion ; tous sont de chair et d'Os; tOuschez-la; venez comme de tres-humbles enfans vous jetter au giron de ceste douce mere; voyez-la, considerez bien en tout son corps, comme elle est toute belle, et vous verrez qu'elle est toute visible, car une chose spirituelle et invisible n'a point de chair ny d'os comme vous voyez qu'elle en a (Luc. ultimo, v. 37 et 39).

DISCOURS VIII.

Refutation des objections des heretiques contre l'Eglise visible, qui destruit tous les fondemens de leur vocation et mission invisible.

Do choses dites, Messieurs, vous voyez nos raysons qui sont, graces à Dieu, tres-bonnes et exposées à toute épreuve ; mais vous nous dites, qu'elles enferment quelque contrarieté opposée au texte de l'Escriture. Or sus, ceste contrarieté sera bien aysée à ra

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