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donc vous faites abstraction de ceà écarts, de ce délire, de ces élans impétueux, , fruits d'une imagination échauffée par un cœur vivement ému, et qui conviennent essentiellement au genre lyrique; le style de l'épopée sera en général le même que -celui de l'ode. Ce sera la même noblesse dans les pensées , la même élévation dans les sentimens, la même vivacité dans les images, le même choix , la même pompe d'expressions , la même hardiesse dans les tours et dans les figures. La force et la précision, l'élégance ell'harmonie, le coloris sur-tout, mais un coloris propre à chaque objet, doivent le distinguer. C'est ici principalement que lapoésie doit être comme lapeinture : c'est ici qu'elle doit déployer tous ses trésors, sans craindre d'être accusée d'un faste et d'une magnificence déplacée. On en jugera par les divers morceaux que je vais avoir occasion de citer, ou d'indiquer.

Il est naturel qu'avantde commencer Du «tyls son récit, le poète expose son sujet. d" *«.«»* C'est ce qu'on appelle proposition, qui poemee n'est autre chose que le titre du poème, épique. développé.

Que le début «oit simple, et n'ait rien d'affecté (i ).

Cette noble simplicité comprend la (i) Boileau. Art Foét. ch. ni.

précision et la clarté. Mais il esl essentiel d'annoncer dans le début le merveilleux du poème, et d'y laisser entrevoir que le héros qu'on va chanter est propre à intéresser. Virgile exposant son sujet, dit:'

« Je chante les combats et ce héros » troyen, qui, forcé par les destins de » s'exiler de sa patrie, aborda le premier » aux rivages de Lavinium. Objel de la » vengeance des Dieux , que le ressenti» menl de Junon avoit armés contrelui, » il éprouva, sur la terre et sur la mer, » toutes les traverses que lecourroux de » la Déesse put lui susciter. Il eut beau» coup à souffrir des fureurs de la guerre, » tandisqu'il Iransportoit sesDieuxdans « le Lalium , et qu'il y élevoit les murs d'une ville qui a été le berceau d'un » nouvel empire des Latins, et d'où sont » sortis les rois d'Albe et les fondateurs » de la superbe Rome ».

Voilàd'uncôté un homme, eldel'autre une Déesse ;un homme que nous jugeons devoir nous intéressser par les revers qu'il éprouva dans sa grande entreprise, et une Déesse qui joue un personnage contre ce héros. On remarquera de même ces deux choses dans ce début de Jérusalem délivrée:

« Je chante la guerre sainte, et ce ca» pitaine qui délivra le vénérable toin» beau de Jésus-Christ. Il signala sa sa» gesse autant que sa valeur dans les » divers travaux,dans les nombreux pé« rils que lui fit essuyer celte glorieuse » conquête. En vain l'enfer déchaîné vou» lut s'opposer à son entreprise : en vain » se liguèrent contre lui les peuples ar» més de l'Asie et de l'Afrique. Le ciel » daigna favoriser ses efforts-, et le héros » ramena sous les saints étendards ses » compagnons égarés ».

Quoique le début doive être simple, il n'exclut cependant pas une certaine élévation, pourvu qu'il n'y ait rien d'af-' fecté, pourvu que le ton qu'y prend le poète, soit soutenu jusqu'à la fin, et remplisse l'attente du lecteur. Tel est celuici de la Lusiade.

« Je chante ces hommes extraordinai-, » res, qui, des rives occidentales de la «Lusitanie, portés sur des mers qui » n'avoient point encore vu de vaisseaux, » allèrent étonner la Taprohane de leur » audace; eux dont le courage pa,tient » à souffrir des. travaux au-dessus des. » forces humaines,. établit un nouvel em,-, />.pire sous un ciel inconnu et sous d'au» lies étoiles. Qu'on ne me vante plus » les voyages du fameux Troyen , qui » porta ses Dieux en Italie; ni ceux, dn » sage Grec, qui revit Ithaqueaprès vingt » ans d'absence; ni ceux d'Alexandre, » cet impétueux conquérant; disparois» sez, drapeaux, que Trajan déployoit

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sur les frontières de l'Inde. Voici un «homme à qui Neptune a abandonné » son trident; voici des travaux qui sur» passent tous les vôtres ».

Après avoir exposé le sujet, le poète, qui ne peut pas savoir humainement les causes surnaturelles de l'action qu'il va raconter, adresse une prière à une divinité, pour qu'elle Jes lui révèle : c'est l'invocation; elle doit être courte. Telle est celle-ci de l'Enéide.

«Muse, dis-moi quelle Divinité le » prince troyen avoit offensée; dis-moi » la cause de cette haine implacable de » Junon, qui fi t essuyer tan t de périls et » de malheurs à ce pieux héros ».

Elle peut être d'un style élevé, avoir de la chaleur et de la dignité. On en voit un exemple dans celle-ci de la Jérusalem, délivrée.

« O muse, toi qui ne ceins point ta tête, » au sommet de l'Hélicon, d'un laurier » périssable, mais qui, assise au milieu » des célestes chœurs, pares ton front v d'une rayonnante couronne d'étoilea » immortelles, souffle dans mon ame une » ardeur divine; échauffe, élève mes » chants; et pardonne, si, prêtant des » ornemens à la vérité, j'embellis quel» quefois mes vers d'autres charmes que «•les tiens. Tu sais que l'homme court » admirer ce que le riant Parnasse offre » de plus enchanteur, et que la vérité

» animée du coloris d'une élégante poé» sie, attire par le plaisir, persuade et » maîtrise les cœurs les plus rebelles. » Ainsi nous présentons à un enfant ma» lade, un vase dont les bords sont hu» mectés d'une douce liqueur. Trompé » par cet artifice, il boit des sucs amers, » et retrouve la vie dans le sein même » de son erreur ».

Le poète se supposant exaucé, com- Dela Formence son récit : il peut le faire de deux me et tlu manières. La première consiste à suivre J^it dans l'ordre naturel des événemens, comme le poème le Tasse, qui fait assembler les Croisés ep ;ïue' au retour du printemps, les fait marcher vers Jérusalem, et suit directement la chaîne des divers événemens qui se succèdent durant ce siége. Alors la fable se nomme simple.

La seconde manière consiste à sejeter brusquement au milieu des événemens, pour dire ensuite ou faire dire à son héros ce qui a précédé l'événement, par lequel le récita été commencé; comme Virgile, qui représente tout-à-coup la flotte des Troyens voguant sur la mer de Toscane, jetée par une tempête sur les cotes deCarthage, et qui met ensuite dans la bouche d'Ënée le récit de la destruction de Troie, et celui de tous les revers qu'a essuyés ce héros, depuis son départ de la Troade. Alors la fable se nomme composée. Celle-ci a un avantage

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