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roïque, soit dans son principe, lorsqu'elle part d'une ame courageuse et élevée audessus des ames vulgaires, soit dans son objet , lorsqu'elle est fondée sur les intérêts de toute une nation, ou seulement de quelque prince; soit par l'état et la qualité des personnages , lorsque ce sont des rois, des héros. Ajoutons ici (et c'est ce qu'il est nécessaire de remarquer) que l'action épique est fondée, ou sur'lintérét d'une religion; telle est celle de la Jérusalem délivrée, qui intéresse principalement les chrétiens, puisque c'est la délivrance du tombeau de Jésus Christ: ou sur l'intérêt d'une nation; telle étoit celle de l'Enéïde, qui intéressoit principalement les anciens Romains, puisque c'est la fondation de leur empire: ou sur l'intérêt de l'humanité entière ; telles sont celles de l'Iliade et de l'Ody'ssée, qui intéressent généralement tous les hommes; la première, parce que nous y voyons les funestes effets d'une passion à laquelle nous sommes lous sujets; la seconde, parce qu'elle nous offre l'exemple d'une vertu constante dans ses desseins, ferme dans les revers.

Observons cependant que ces différens poèmes renferment des actions particulières, des événemens, des situations, des tableaux dans lesquels ces trois intérêls se trouvent réunis, ou successivement présentés. Dans la Jérusalem

livrée, Godefroi de Bouillon, chef de l'entreprise, et Renaud, sans lequel elle ne peut être achevée, intéressent particulièrement, l’on la nation française, l'autre les Italiens. Les héros que nous y voyons malheureux par leurs foiblesses, intéressent l'humanité entière. Dans l'Enéide , le héros troyen, qui transporte ses dieux en Italie, fait naître l'intérêt de religion par rapport aux anciens Romains; et Didon, victime de l'amour intéresse tous les cours. L'Iliade et l'Odyssée offrent également en bien des endroits l'intérêt de religion par rapport aux peuples de ces temps-là, et l'intérêt de nation par rapport aux anciens Grecs. Mais revenons à dire que l'intérêt de religion se trouve au plus haut degré dans l'entreprise de Godefroi , qui veut délivrer les lieux saints ; l'intérêt de nation dans l'entreprise d'Enée, qui veut fonder l'empire Romain ; l'intérêt de l'humanité entière dans les effels et la colère d'Achille, et dans la sagesse et le courage d’Ulysse , qui sur

monte tous ses périls. Du mer- Le nerveilleux est essentiel à l'épopée.

Heax On entend par ce mot, comme je l'ai dit dans le poemë ailleurs, 1°. l'intervention des dieux , épique. 2°. celle des étres moraux ou métaphysi.

ques personnifiés, et certaines fictions hardies qui sont hors du cercle des idées communes.

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1°. L'intervention des dieux : première branche du merveilleux de l'épopée. Dans toutes les espèces de culte, le dieu qui en étoit l'objet, a toujours été regardé comme l'arbitre souverain, le moteur et le maître des hommes, réglant leur destinée, et conduisant tous les événemens. Il n'est donc pas surprenant que les poètes païens aient supposé qu'un héros faisant une action vraiment intéressante pour les peuples, étoit aidé ou traversé par quelques-uns de leurs dieux, subordonnés néanmoins à un être suprême, qui avoit décidé du succès de l'entreprise, et de la destinée du héros. Ainsi nous voyons dans l'Iliade tous les dieux partagés entre les Troyens et les Grecs, mais obligés enfin de se soumettre à l'arrêt du destin, prononcé contre la ville de Priam., Ainsi nous voyons dans l'Énéïde, Junon attachée sans relâche à éloigner Enée de l'Italie, et Vénus favorisant ce héros , qui aborde enfin dans cette contrée, et y jette les pre. miers fondemens d'un empire, parce que le destin l'a ainsi ordonné.

On peut aisémentjugerquecemélange des dieux et des hommes dans une action, sert à rendre le récit de cette action plus noble et plus intéressant; à donner plus d'éclat àu héros qui la fait, et à exciter une plus grande admiration pour ses vertus. Il sert aussi à faire voir,

non-seulement que les héros les plus sages et les plus vaillans ne peuvent rien sans le secours de la Divinité, mais encore qu'il y a des dieux vengeurs et rémunérateurs, qui punissent ou favorisent les hommes, dans certaines circons: tances de leur vie , selon qu'ils le méritent.

Les dieux doivent donc être et sont réellement les grands acteurs de l'épopée : les hommes en sont les acteurs subalternes. Les dieux font les fonctions des causes premières, les hommes celles des causes secondes. L'action a été résolue dans le conseil des dieux : ce sont les hommes qui l'exécutent. C'est pour cette raison que ceux-ci sont presque toujours sur la scène. Les dieux ne doivent y paroître que de loin à loin, pour y paroître toujours avec vraisemblance, et pour ne pas éclipser les acteurs subalternes. Ils ne doivent s'y montrer que dans les parties les plus importantes de l'entreprise, et lorsque le héros a besoin de leur aide ou de leurs conseils : par ce moyen la dignité de ces êtres surnaturels est conservée. On a reproché a Homère d'avoir fait descendre les dieux dans de trop petits détails : lorsque Minerve rapporte à Achille le trait qu'il a lancé contre Hector , qui n'en a pas été atteint, et lorsque, dans le combat de la course des chars , Apollon ayant fait

tomber à Dioméde le fouet de la main, Minerve se hâte de le ramasser, et le rend à ce guerrier.

Ajoutons que quand les dieux paroissent dans l'épopée , ils ne doivent pas s'y montrer dans l'appareil de leur grandeur. Les mortels en seroient éblouis et atterrés. D'ailleurs ces dieux ne pourroient alors opérer que des miracles : sinon ils compromettroient leur gloire. Or, les miracles, qui sont un dérangement de l'ordre naturel , fait par la Ďivinité même, ou par un agent qu'elle emploie, ne peuvent trouver place dans l'épopée. Ainsi il faut bien prendre garde de ne pas les confondre avec le merveilleux.

Le poète doit donc se contenter de représenter la conduite de ces dieux ( il ne s'agit encore ici que des divinités du paganisme), telle que la religion existante la faisoit connoître aux peuples. par rapport aux choses humaines, el de leur faire faire des actions dignes de leur puissance et de leur grandeur, sans que pourtant ils renversent les loix de la nature établies. Que dans l'Iliade, Mars blessé, jette un cri pareil à celui d'une armée ; que Jupiter ébranle tout l'Olympe par le seul mouvement de ses sourcils; voilà un merveilleux admirable, mais qui est dans l'ordre des chos ses : il plait, il élonne , il transporte,

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