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dant Agamemnon ne voyant pas pa-
roître sa fille à l'autel , vient la deman-
der à Clitemnestre, qui éclate avec la
plus vive fureur contre lui , et qui dis-
paroît de sa présence, en amenant avec
elle Jphigénie. Agamemnon troublé,
sent plus que jamais la tendresse paler-
nelle se réveiller dans son ame. Achille
qui vient le trouver, lui parle avec la
plus grande hauteur, et même sur le ton
de la menace. Agamemnon lui répond
avec toute la noblesse et toute la gran-
deur d'un chef des rois de la Grèce, et
finit par lui dire qu'il rompt tous les
noeuds qui l'attachent à lui. Achille en-
core plus irrité, mais se contenant, lui
réplique :
Rendez grace au senl næud qui retient ma colère.
D'Iphigénie encor je respecte le père.
Peut-être sans ce nom, le chef de tant de rois
M'auroit osé braver pour la dernière fois.
Je ne dis plus qu'un mot: c'est à vous de m'entendre,
J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre.
Pour aller jusqu'au cœur que vous voulez percer,
Voilà par quels chemins vos coups doivent passer.

GAMEMNON, seul.
Et voilà ce qui rend sa perte inévitable!
Ma fille toute seule étoit plus redoutable.
Ton insolent amour qui croit m'épouvanter ,
Vient de hâter le coup que tu veux arréter.
Ne délibérons plus. Bravons sa violence.
Ma gloire intéressée emporte la balance.
Achille menaçant détermine mon cour:
Ma pitié sembleroit un effet de ma peur.
Il appelle ses gardes.

...........Que vais-je faire ?

Puis-je leor prononcer cet ordre sanguinaire ?
Cruel, à quel combat faut-il te préparer ?
Quel est cet endemi que tu leur vas livrer?
Une mère m'attend, une mère intrépide
Qui défendra son sang contre un père homicide.
Je verrai mes soldats moins barbares que moi,
Respecter dans ses bras la fille de leur roi.
Achille nous menace , Achille nous méprise.
Mais ma fille en est-elle à mes lois moins soumise ?
Ma fille, de l'autel cherchant à s'échapper ,
Gémit-elle du coup dont je la veux frapper?
Qrie dis-je ? que prétend mon sacrilége zèle ?
Quels voux en l'immolant, formerai-je sur elle ?
Quelques prix glorieux qui me soicnt proposés,
Quels lauriers me plairont de son sang arrosés ?
Je veux fléchir des dieux la puissance suprême.
Ah!quels dieux me seroient plus cruels que moi-méme!
Non, je ne puis, Cédons au sang, à l'amitié,
Et ne rougissons plos d'une juste pitié.
Qu'elle vive. Mais quoi! peu jaloux de ma gloire,
Dois-je au superbe Achille accorder la victoire?
Son téméraire orgueil que je vais redoubler,
Croira que je lui cède, et qu'il m'a fait trembler.
De quel frivole soin mon esprit s'embarrasse !
Ne puis-je pas d'Achille humilier l'audace ?
Que ma fille à ses yeux soit un sajet d'ennui :
Il l'aime. Elle vivra pour un autre que lui.

Agamemnon fait appeler Clitemnestre et Iphigénie. Il leur ordonne de partir promptement, en se dérobant à la vigilance de Calchas, tandis qu'il va luimême l'abuser par de feintes raisons, et lui demander au moins le reste de la journée pour ce sacrifice. Eriphile, présente à cet entretien, reconnoît les effets de l'amour d'Achille : sa jalouse fureur s'irrite;elle veut perdre Iphigénie ou périr, et va tout découvrir à Calchas. Voilà le noeud qui se serre encore davantage, et le trouble du spectateur qui

va toujours en croissant. Un moment d'espérance a soulevé l'ame, mais pour la faire retomber avec plus de force. Clitemnestre et Iphigénie seront-elles sorties du camp, avant qu'Eriphile ait instruit Calchas de leur départ ? Cette incertitude est terrible.

Acte v. Toule l'armée, qui a su que les dieux ont ordonné le sacrifice d'Iphigénie, s'est opposée à sa fuile, el demande à grands cris la victime. Achille veut amener Iphigénie dans sa tente, où il la défendra contre toute l'armée. Elle refuse de le suivre, et ne songe qu'à obéir à son père. Ce héros furieux, résolu de renverser le bûcher, d'immoler le prêtre, de frapper Agamemnon luimême, va se ranger près de l'autel avec ses thessaliens. On y conduit Iphigénie, malgré les efforts de Clitemnestre, que retiennent les gardes, contenus euxmêmes par tout le camp, qu’un zèle fatal aveugle, et qui ne reconnoît en ce moment d'autre maître que Calchas. Voilà le noeud aussi serré qu'il puisse l'être. Le trouble et l'inquiétude ne peuvent être plus vifs : l'ame est déchirée. Y a-t-il encore quelque ressource pour l'intéressante Iphigénie? Achille, le seul Achille pourra-t-il avec ses soldats résister à une armée si nombreuse, et composée de si braves guerriers? Il faut qu'Iphigénie périsse, ou qu'elle soit dé

livrée: nous touchons au moment où le noud va se dévouer.

Ulysse vient raconter à Clitemnesire qu'Achille, à la tèle de ses thessaliens, combattoit pour arracher Iphigénie au fer du sacrificateur ; qu'un nuage de traits s'élevoit dans les airs, et que le sang, prémices duncarnage, commençoit à couler, lorsque Calchas, plein du dieu qui l'agitoit, s'est avancé entre les deux partis, el expliquant l'oracle, a déclaré que la victime demandée par les dieux, étoit une autre Iphigénie , née d'un mariage secret de Thésée avec Hélène : elle me voit, a-t-il dit aux Grecs; elle m'entend; elle est devant vos yeux. Aussi-tôt toute l'armée a jeté les yeux sur Eriphile, qui se voyant condamnée à inourir, a saisi avec fureur le couteau sacré, qu'elle a plongé dans son sein. Voilà le dénouement.

La conduite de celle tragédie est admirable. Le sujet y est exposé avec toute la netteté qu'on peut desirer. L'action aussi bien nouée qu'elle puisse l'être, y marche rapidement, sans jamais être embarrassée. Les incidens y naissent tous les uns des autres, et sans qu'ils choquent en aucune manière la plus exacte vraisemblance. L'intérêt y est toujours vif et toujours gradué. La terreur et la pitié, qui commencent dès l'exposition même du sujet, vont tou

jours en croissant, et y sont portées à leur comble. Le dénouement y est préparé avec un art infini. Quant aux caractères , ils sont tous dans la nature, parfaitement soutenus, et contrastent merveilleusement entr'eux. Cetle tragédie est un vrai chef-d'ouvre, que le poète qui travaille pour le théâtre, doit avoir continuellement sous les yeux. Boileau avoit bien raison de dire dans son Epitre à Racine :

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De l’A. La scène tragique est généralement mour dans ouverte à toutes les grandes passions. * la tragé.

C'est là le lieu où elles doivent se montrer avec tous les malheurs, toutes les misères qui en sont les suites funestes. Cependant il y a des auteurs qui voudroient que l'amour fût entièrement banni de nos tragédies. Voici en raccourci les principales raisons qu'ils font valoir contre ceux qui sont d'un sentiment contraire.

1°. Mettre de l'amour dans la tragédie, c'est en dégrader la majesté, parce que celle passion est d'un caractère badin, qui ne s'accommode point avec la gravilé tragique.

2o. L'amour , loin de répandre plus

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