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Elle dit à Eriphile:

Je ne vous presse point, madame, de nous suivre.
En de plus chères mains ma retraite vous livre.
De vos secrets desseins on est trop éciairci;
Et ce n'est pas Calchas que vous cherchez ici.

Iphigénie soupçonnant Eriphile d'être la cause de ce changement, accable de reproches cette princesse , et ne fait qu'une très - courte réponse à Achille, .qui se présente en ce moment devant elle. Celui-ci ne sait que penser de cette fuite. 11 adore plus que jamais Iphigénie. Mais il ne voit par-tout, dit-il, que des yeux ennemis. Calcas, Nestor, Ulysse combattent son amour, et paroissenl lui dire qu'il faut qu'il y renonce. Est-il la fable de l'armée? C'est un secret qu'il veut leur arracher.Eriphileestfurieuse, voyant qu'lphigénie est aimée. Mais on se cache d'Achille, dit-elle; Agamemnon gémit : elle aime à se persuader que quelque orage est près d'éclater sur ces deux amans, et prend la résolution de ne pas mourir sans vengeance. Voilà le nœud formé : l'action commencee marcher. Le spectateur est déjà dans le trouble et dans l'inquiétude sur le sort d'Iphigénie. 11 n'a pu entendre ces paroles d'Agamemnon, en parlant du sacrifice , vous y serez, ma fille , saris trembler pour cette jeune princesse.

Acte III. Clitemnestre ouvre la scène avec Agamemnon. Elle lui dit:

Oui, seigneur, nous partions , et mon juste courroux
l.aissnit bientôt Achille et le camp loin de nous;
Ma fille dans Argos couroit pleurer sa honte.
Mais lui-même étonné d'une fuite si prompte ,
Par combien de sermens, dont je n'ai pu douter ,
Vient-il de me convaincre et de nous arrêter!
Il presse cet hymen qu'il prétend qu'on diffère,
Et vous cherche brûlant d'amour et de colère.
Près d'imposer silence à ce bruit imposteur,
Achille en veut connoître et confondre l'auteur.
Bannissez ces soupçons qui troubloient notre joie.

Agamemnon feint de consentir à l'hymen de sa fille. Mais il ordonne à la reine de la laisser aller à l'autel, suivie de ses femmes seulement. Clitemnestre «'imaginant qu'Agamemnon rougiroit de montrer à l'armée la sœur d'Hélène, se résout à obéir; et le bonheur de sa fille la console de tout. Elle v»it paroître Achille qui, au comble de la joie, lui dit:

Tout succède, madame, à mon empressement.
Le roi n'a point voulu d'antre éclaircissement;
II en croit mes transports . et sans presque m'entendre,
11 vient, en m'embrasssint, de m'accepter pour gendre.
Il ne m'a dît qu'un mot. Mais vous a-t-il conté
Quel bonheur dans le. camp vous avez apporté?
Les dieux vont s'appaiser. Un moins Calclias publie
Qu'avec eux dans une heure il nous réconcilie;
Que Neptune et les vents prêts à nous exaucer,
N'attende, ; l que le sang que sa main va verser.

11 invj te Iphigénie, qui paroît dans ce même moment, à venir recevoir à l'autel un cœurqui l'adore. Cette princesse prête à l'y suivre, lui présente Eriphile, sa captive, dont elle le prie de briser les

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fers. Mais Arcas, qui n'a pu voir, sans frémir, l'appareil du sacrifice qu'on a préparé, vient dire à Clitemnestre et à Achille, qu'Agamemnon attend Iphigénie à l'autel, pour la sacrifier. A cette nouvelle Clitemnestre éperdue, implore le secours d'Achille, et court aussitôt se présenter à Agamemnon. Achille veut aller défendre et venger son amante, et demander en même temps raison à Agamemnon de l'outrage qu'il lui fait à luimême. Mais il est retenu par Iphigénie. Clitemnestre , à qui Agamemnon a fait refuser le passage de l'autel, revient implorer le secours d'Achille, qui lui jure que, tant qu'il respirera, sa fille ne sera point immolée, et qui va tout disposer à la servir. Voilà le nœud qui se serre. D'un côté, Agamemnon est entièrement déterminé à sacrifier Iphigénie; et le danger de cette jeune princesse devient, par-là même, plus grand, et l'inquiétude du spectateur plus vive. De l'autre côté, elle a Achille pour défenseur. Mais ce héros pourra-1-il la soustraire à la mort, contre l'ordre des dieux, et la volonté du roi?

Acte IV. Eriphile, toujours jalouse de ce que fait Achille pour sa rivale, et craignant que ce héros ne vienne à bout de la sauver, est tentée d'aller divulguer la menace des dieux, pour allumer le feu de la discorde dans tout le camp. Cepen

J dant Agamemnon ne voyant pas paroître sa fille à l'autel, vient la demander à Clitemnestre, qui éclate avec la plus vive fureur contre lui, et qui disparoît de sa présence, en amenant avec elle Iphigénie. Agamemnon troublé, sent plus que jamais la tendresse paternelle se réveiller dans son ame. Achille qui vient le trouver, lui parle avec la plus grande hauteur, et même sur le ton de la menace. Agamemnon lui répond avec toute la noblesse et toute la grandeur d'un chef des rois de la Grèce, et finit par lui dire qu'il rompt tous les nœuds qui l'attachent à lui. Achille encore plus irrité, mais se contenant, lui réplique:

Rendez grâce an senl nœud qui retient ma colère.
D'Iphigénie encor je respecte le père.
Peut-être sans ce nom, le chef de tant de rois
M aurnit osé braver pour la dernière fois.
Je ne dis plus qu'un mot: c'est à vous de m'entendre.
3'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre. /
Pour aller jusqu'au cœur que vous voulez percer,
Voilà par quels chemins vos coups doivent passer.

AGAMEMNON, seul.
Et voilà ce qni rend sa perte inévitable!
Ma fille toute seule étoit plus redoutable.
Ton insolent amour qui croit m'épouvanter,
Vient de hâter le coup que tu veux arrêter.
Ne délibérons plus. Bravons sa violence.
Ma gloire intéressée emporte la balance.
Achille menaçant détermine mon coinr:
Ma pitié sembleroit un effet de ma peur.

Il appelle ses gardes.

Que vais-je faire?

Puis je leur prononcer cet ordre sanguinaire?
Cruel, à quel combat faut-il te préparer?
Quel est cet ennemi que tu leur vas livrer!
Une mère m'attend, une mère Intrépide
Qui défendra son sang contre un père homicide.
Je verrai mes soldats moins barbares que moi,
Respecter dans ses bras la fille de leur roi.
Achille nous menace , Achille nous méprise.
Mais ma fille en est-elle à mes lois moins soumise?
Ma fille , de l'autel cherchant à s'échapper ,
Gémit-elle du coup dont je la veux frapper?
Que dis-jc? que prétend mon sacrilège zèle?
Quels vœux en l'immolant, formerai-je sur elle?
Quelques prix gloieux qui me soient proposés.
Quels lauriers me plairont de son sang arrosés?
Je veux fléchir des dieux la puissance suprême.
Ah ! quels dieux nie seroient pins cruels que moi-même!
Non , je ne puis. Cédons au sang, à l'amitié,
Et ne rougissons pins d'une juste pitié.
Qu'elle vive. Mais quoi ! peu jaloux de ma gloire «
Dois-je au superbe Achille accorder la victoire?
Son téméraire orgueil que je vais redoubler,
Croira que je lui cède, et qu'il m'a fait trembler.
De quel fiivole soin mon esprit s'embarrasse!
Ne puis-je pas d'Achille humilier l'audace?
Que ma fille à ses yeux soit un sujet d'ennui:
11 l'aime. Elle vivra pour un autre que lui.

Agamemnon fait appeler ClitemnesIre et Iphigénie. 11 leur ordonne de partir promptement, en se dérobant à la vigilance de Calchas, taudis qu'il va luimême l'abuser par de feintes raisons, et lui demander au moins le -teste de la journée pour ce sacrifice. Eriphile, présente à cet entretien , reconnoît les effets de l'amour d'Achille : sa jalouse fureur s'irrite 5elle veut perdre Ipliigénie ou périr, et va tout découvrir àCalcbas. Voilà le nœud qui se serre encore davantage, et le trouble du spectateur qui

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