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Parmi ces mots ignobles et bas, il y en a qui ont quelque chose de dégoûtant. Mais employés dans le sens figuré, ils peuvent produire un très bel effet en poésie. Tel est le mot fumier, qui fait la pointe de cette épigramme, que Patrix a imilée des Visions de Quevedo, poète espagnol :

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On voit aisément que dans ce mot fumier, le figuré adoucit ce que le propre a de rude et de rebutant. .

Il y a d'autres mots qui sont si communs, qu'ils paroissent devoir être entièrement bannis de la poésie. On croiroit que rien ne peut les ennoblir. Tels sont celui-ci, celui-, l'un l'autre, d'ailleurs, pourvu que, puisque, de sorte que, etc. Cependant l'homme de goût trouve quelquefois l'art de les embellir et d'en faire usage. C'est ainsi que Racine a dit élégamment des Romains :

Des biens des nations ravisseurs altérés,
Le bruit de nos trésors les a tous attirés.

Ils y courent en foule, et jaloux l'un de Pautre, Désertent leur pays pour inonder le nôtre.

Le C.... de B*** a dit aussi :

Rentrons dans notre solitude,

Puisque l'Aquilon déchaîné
Menace Zephyre étonné
D'une nouvelle servitude.

D'un autre côté, il y a des mots qui paroissent uniquement consacrés à la poésie, sans pouvoir être reçus dans la prose. Tels sont humains pour hommes ; forfaits pour crimes; coursier pour cheval; glaive pour épée, ondes pour eaux ; antique pour ancien; jadis pour autrefois; soudain pour aussi-tót, etc. Mais observons en passant que ces mots peuvent être employés dans la prose soutenue, dans le discours vraiment oratoire. On ne blâmera certainement pas Bossuet d'avoir dit, dans une oraison funèbre : Glaive du Seigneur, quel coup venez-vous de frapper?

Le poète doit encore s'attacher au choix des tours. Ils consistent dans le judicieux emploi des métaphores et des figures , et comprennent aussi l'inversion, par laquelle on fait précéder des mots, qui, dans l'ordre naturel, devroient suivre, et l'on fait suivre ceux qui devroient précéder. Cette inversion est un très-bel ornement dans la poésie, si elle est libre et aisée; et un très grand

défaut, si elle a quelque chose d'extraordinaire et de forcé. La lecture de nos hons poètes apprendra l'usage qu'on doit en faire, et quelles sont les bornes qu'il ne faut point passer.

Enfin le poèle doit s'attacher à l'harmonie. C'est celle variété de lons qui charme l'oreille, et qui, par l'impression qu'elle fait sur cet organe, parvient à ébranler doucement notre ame, et à la plonger dans une espèce de ravissement. Cette harmonie, un des plus puissans attrails de la poésie, consiste cabord dans le mélange des rimes : J'ai déjà fait voir les différentes manières de les entremêler et de les croiser. J'observerai seulement que les vers à rimes suivies manquent d'harmonie , 1o. quand les rimes masculines ont une trop grande convenance de son avec les féminines, comme ceux-ci de Racine :

Avant que tous les Grecs vons parlent par ma voix,
Souffrez que j'ose ici me fatter de leur choix,
Et qu'à vos yeux , Seigneur, je montre quelque joie
De voir le fils d’Achille , et le vainqueur de Troie.

2°. Quand deux rimes, soit masculines, soit féminines, ne sont séparées de deux autres rimes semblables, que par deux rimes d'une espèce différenie, comme dans ces vers de Voltaire :

Soudain Potier se lève et demande audienee.
Chacun à son aspect garde un profond silence.

.

Dans ce temps malheureux par le crime infecté,
Potier fut tonjours juste et pourtant respecté.
Souvent on Yavoit vti par sa male éloquence,
De leurs emportemens réprimer la licence,
Et conservant sur eux sa vieille autorité,
Leur montrer la justice avec impunité.

On voit, dans ce dernier exemple, sur-tout, que l'oreille est bien loin d'être agréablement flattée par le retour des mêmes sons.

L'harmonie poélique consiste aussi à rompre la mesure à propos, sur-tout dans les vers alexandrins, pour éviter la monotonie. Elle ne souffre point que les vers marchent toujours de deux en deux, encore moins un à un. Mais elle veut qu'une pensée soit exprimée, tantôt en un vers, tantôt en deux ou trois, quelquefois dans un seul hémistiche. Il n'est aucun poète qui aitaussi bien connu cet art que Racine. Lisez et méditez ses vers : ils vous instruiront mieux que les préceptes les plus étendus.

Il y a une harmonie imitative, qui consiste à faire si bien concerter les mots avec les choses signifiées, que le son de ces inots imite la nature des choses qu'ils expriment. Vida, poète latin, nous trace parfaitement, dans son Art poétique, les règles de cette harmonie. Voici le sens de ce morceau : « Il faut donner à chaque » vers, l'air et le caractère qui lui sont » propres. Le second ne doit pas mar» cher comme le premier, ni le troi

» sième comme le second. L'un est plus » leste et plus agile : par le mouvement » de ses pieds et la légèreté de ses ailes , » il paroît voler et raser la surface de » l'onde. L'autre est pesant, lourd et » massif : il se traîne lentement et avec » de pénibles efforts, paroissant s'arrêter » à chaque pas. Celui-cj montre un visa» ge riant et un teint fleuri : Vénus l'a » embelli de toutes ses graces. Celui-là » au contraire n'offre que des traits ru.. » des et des membres difformes, un >> sourcil hérissé, et une queue tors » tueuse : le son en est dur, et la vue » désagréable ».

L'harmonie imitative est moins marquée dans notre langue, que dans la latine et la grecque. Nous avons cependant de très - beaux vers en ce genre, tels que ceux-ci de Racine :

Hé bien , filles d'enfer , vos mains sont-elles prétes ?
Pour qui sont ces serpens qui sifflent sur vos têtes ?

L'onde approche, se brise , et vomit à nos yeux
Parmi des flots d'écume un monstre furieux,
Son front large est armé de cornes menaçantes :
Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes :
Indomptable taureau, dragon impétueux ,
Sa croupe se recourbe en replis tortueux.

L'essieu crie et se rompt, l'intrépide Hippolite
Voit voler en éclat tout son char fracassé.
Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

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