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ignobles et basses, sous prétexte quo tous les hommes peuvent en faire de pareilles ; s'il représente un objet avec toutes ses imperfections, avec tous ses défauts, sous prétexte que cet objet exisle réellement, alors on s'écriera : Ce n'est point dans la belle nature; ce n'est point la belle nature.

Ainsi le poèle qui voudra, parexemple, mettre sous nos yeux un sauvage, nous le représentera non comme un homme civilisé, ce ne seroit point dans la nature; mais comme un homme parfait d'entre les sauvages, avec leurs moeurs, leurs passions, leurs vertus : ce sera alors dans la nalure et dans la belle nature.

Voilà en quoi consiste l'art de l'imiler cette belle nature : voilà ce qu'on doit entendre en poésie et dans les autres arts par inventer. L'homme, à proprement parler, ne peut point créer : la fiction la plus brillante, la plus riche et la plus vaste, n'offre rien qui n'existe dans la nalure. Qu'on suppose une action accompagnée des plus favorables circonstances qui puissent la relever; un homme vertueux parfait dans son genre; un scélérat qui le soit aussi dans le.sien : on verra que ces diverses circonstances, ces différentes vertus, ces différens vices existent, ou peuvent exister; qu'ils existent, parce qu'on en trouvedes exemples dans

les temps passés, ou dans le siècle présent ; qu'ils peuvent exister, parce qu'ils ne choquent nullement notre raison, et que bien plus, nous avons quelque sujet de croire à leur existence réelle. Un homme n'a jamais remarqué aucun avare qui, dans sa maison , an milieu d'un cercle nombreux, voyant deux chandelles allumées, en souffle une. Il voit l'avare de Molière souffler cette chandelle; en est-il révolté ? Non sans doute, parce qu'il conçoit qu'un liomme vraiment avare est capable de faire une pareille action. Un homme ignore entièrement qu'un souverain, non content de pardonner à un sujet qui vouloit lui arracher le trône et la vie, a redoublé ses bienfaits à son égard , et l'a accablé de biens : il voit dans Corneille, Auguste tenir celte conduite envers Cinna; en est-il révolté ? Non sans doule , parce qu'il conçoit qu'un monarque vraiment généreux peut porter jusques-là sa clémence.

Il est aisé de juger que ce que je viens de dire des circonstances d'une action, et des différens traits qui composent un caractère, doit s'appliquer à un tableau, à un édifice, à un monument présentés dans toute la beauté, dans toute la perfection imaginable. Les différentes figures de ce tableau, leurs attitudes, leur expression, leur coloris, les diffé

rens corps de ce superbe édifice, les différentes parties de ce monument admirable existent ou peuvent exister séparément dans la nature. Le génie de l'artiste n'a fait que les rapprocher, les rassembler, les cuir à propos , et en composer un tout aussi parfait qu'il pouvoit l'être. · Il s'ensuit de tout ce que je viens de dire , que le poète, pour être en état d'inventer, doit porter des yeux attentifs sur la nature, en bien saisir toutes les parties, et le vrai beau; distinguer tout ce qui est, el tout ce qui peut être ; observer les hommes et leurs divers caractères, étudier à fond le cœur humain , démêler tous les secrets ressorts qui le font mouvoir, tous les sentimens dont il est susceptible, toutes les passions qui peuvent le maîtriser dans toutes les circonstances possibles de la vie.

L'homme inventeur n'est pas toujours de l'art de poète. Pour en mériter le beau titre, il peindre, faut qu'il rende l'objet qu'il a trouvé, aussi sensible à l'esprit et au coeur, que l'est aux yeux du corps un objet présenté sur la toile. Ce que fait la peinture par les couleurs, la poésie doit le faire par l'expression. Aussi emploie-t-elle un langage extraordinaire , qu'on peut appeler le langage des Dieux. Elle anime, elle personnifie, elle divinise même les différens êtres. L'Aurore est une jeune

déesse, qui ouvre avec ses doigts de roses les portes de l'Orient : ses pleurs sont la rosée qui humecte la terre, et qui redonne la vie aux fleurs. Le soleil est un Dieu monté sur un char étincelant, que traînent des chevaux immortels, qui vomissent la flamme. Les venls ont des ailes; le tonnerre a des flèches. Les vices sont des monstres hideux: l'envie est dévorée de serpens : la vengeance est armée de poignards : la colère , agitée de mouvemens convulsifs, a sans cesse l'écume dans la bouche : la calomnie, se traînant dans l'ombre, répand par: tout le fiel et le poison.

Tous les objets que le poèle offre à nos regards, portent l'empreinte d'une imagination brûlante, d'un génie de feu , mais toujours dirigé par le goût. Ce sont les pensées les plus nobles et les plus hardies, les expressions les plus magnifiques et les plus animées, les métaphores les plus riches et les plus brillantes, les figures les plus vives et les plus pompeuses, les tours les plus nombreux et les plus variés, l'harmonie la plus agréable et la plus séduisante. Mais rien n'est hors de la nature : lout en esl une copie fidèle. Rien ne passe les bornes de la yraisemblance: tout est soumis aux sages loix de la raison. Le poète, dans ses plus grands écarts, ne marche qu'à la clarié de son flambeau. S'élevant et s'abaissant dans son style, il sait le varier selon les sujets : il prêle un langage différent au monarque, au héros, au simple citoyen, au berger, en prenant, pour ainsi dire, leurs sentimens et leur ame. En un mot il sait donner à chaque objet le vrai coloris qui lui est propre, et dire chaque chose sur le ton qui lui convient. C'est ainsi qu'il imile, qu'il exprime la belle nature dans toute sa noblesse, dans toute sa vérité, dans toute sa perfection.

Le poèle doit donc, pour rendre son ce que siyle pittoresque, ou, ce qui est la même fait le poe.

te pour chose, vraiment poétique, s'attacher peindre. au choix des pensées et des expressions. Il faut qu'elles soient toujours nobles, riches , naïves, douces , gracieuses, agréables, selon la diversité des sujets, et qu'elles n'aient jamais rien de commun ni de trivial. Il y a des mots qui sont en eux-mêmes ignobles et bas. Le génie du poèle sait bien souvent les rendre dignes de la haute poésie. Ainsi Racine a eu l'art d'employer les mots chiens et pavé, sans que la délicatesse du lecteur en fût blessée.

Les chiens à qui son bras a livré Jésabel,
Attendant que sur toi sa fureur se déploie,
Déjà sont à ta porte et demandent leur proie.

Tu le vois, dit-il, en parlant de
Louis XIV,

Baiser avec respest le pavé de tes temples,

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