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On a défini le poème dramatique en général, l'imilation d'une action par l'action ; ce qui veut dire la représentation d'une action. Nous la voyons, cette action imitée, comme si elle se faisoit réellement : les personnages qui y concourent, agissent sous nos yeux; et nous entendons leurs discours directs. Cepen. dant il y a bien souvent dans cette action des circonstances qu'on ne montre point sur la scène, et dont nous ne sommes instruits que par le récit qu'un acteur en fait à un autre acteur. Alors l'épique se trouve, comme je l'ai dit ailleurs, mêlé avec le dramatique. Les circonstances racontées sont dans le premier genre, et les circonstances représentées sont dans le second.

L'action dramatique est,ou commune, bourgeoise, enjouée, ou illustre, héroïque,sérieuse. Delà deux espèces de drame, Je comique et le tragique. Avant de faire voir ce qui caractérise particulièrement chacune de ces deux espèces, donnons une idée des règles communes à l'une et à l'autre: elles conviennent aussi en pare tie au poème épique. Ces règles générales peuvent être rapportées à trois principaux objets, 1°, aux qualités de l'action que le drame représente ; 2°. à la conduite de cette action ; 3o. aux personnages qui concourent à cette action,

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Toutes les actions théâtrales sont ou vraies ou feintes. Les actions vraies sont celles qui sont arrivées. Les actions feintes sont celles qui ne sont pas arrivées, mais qui ont pu arriver. Une action peut en même temps être vraie dans le fond, et feinte dans plusieurs de ses circonstances. Elle peut aussi être feinte en lout, et vraie seulement dans les noms : c'est lorsque l'on attribue à des personnages qui ont existé, une action qu'ils n'ont pas faite.

Si l'histoire ou la société actuelle fournit au poète une action , qui puisse, avec toutes ses circonstances, être mise sur la scène, il la présentera sans y rien changer. Mais observonsen niême temps que tout ce qui est vrai, ou regardé comme tel selon l'opinion, n'est pas toujours propre à être exposé sur le théâtre. Les horreurs, les atrocités, les images dégoûlantes ne doivent jamais être offertes aux yeux du spectateur, Il ne pourroit supporter, comme on l'a fort bien dit, la vue de Médée qui égorge ses enfans; d'Oreste qui tue sa mère; d'@dipe, qui se crève les yeux; d'Hippolyte, attaqué par un monstre,

et traîné par ses chevaux. Il y a même
des choses vraies qu'il auroit de la ré-
pugnance à croire, s'il les voyoit, et
qu'il croira sans peine, lorsqu'il en
entendra le récit, parce que l'oreille
est à cet égard moins rigoureuse et plus
crédule que les yeux.
Ce qu'on ne doit point voir qu'un récit nous l'expose:
Les yeux en le voyant saisiroient mieux la chose.
Mais il est des objets que l'art judicieux
Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux (1).

Lorsqu'une action ne peut point être présentée sur la scène telle qu'elle s'est passée, le poète peut, pour l'accommoder au théâtre , négliger la vérité historique, en ajoutant ou supprimant des circonstances, et en rapprochant à une niême époque celles qui sont arrivées en différens temps. C'est ce qu'a fait Corneille dans sa tragédie de Nicomède, ainsi que Racine dans son Athalie. Le poète, peut même inventer une action entière, comme l'a fait Corneille dans le Cid et dans Héraclius , où il n'a conservé que les noms, qui sont dans l'histoire; et comme l'a fait aussi Voltaire

dans Zaïre et dans Alzire. Vraisem. Quand le poète dramatique feint une blable de action, soit en tout, soit en partie, il dramati. uor

doit, suivant le précepte d'Aristote (2), que.

(1) Boileau. Art Poét. ch. III.
(2) Poét, ch. IX.

l'action

et de tous ceux qui sont venus après lui, présenter l'action feinte, telle qu'elle a pu ou dû se passer, selon le vraisemblable ou le nécessaire. Une action est possible, lorsque rien ne répugne à ce qu'elle ait été faite. Elle est vraisemblable, lorsqu'il y a quelque raison de croire qu'elle a été faite.

On distingue deux sorte de vraisem- Deux sorblable; l'ordinaire et l'extraordinaire. tes de

1: vraisemUne action dans le vraisemblable ordi- bable. naire, est celle qui arrive plus souvent que l'action contraire, comme il arrive plus souvent (pour me servir des deux exemples donnés par le même Aristote) qu'un homme foible est vaincu par un homme fort ; qu'un homme simple est trompé par un homme subtil et adroit. Uneacliondansle vraisemblableextraordinaire, est celle qui arrive bien moins souvent que l'action contraire; mais dont la possibilité est assez aisée, pour que celle chose ne soit pas regardée comme un prodige, quand elle arrive; comme lorsqu'un homme fort est vaincu par un homme foible, un homme subtil et adroit trompé par un homme moins subtil et moins adroit que lui. On comprend assez que le vraisemblable ordinaire convient mieux à l'action dramatique, que le vraisemblable extraordinaire. Il ne faut donc point employer celui-ci, sans avoir de fortes raisons de le faire, et sans ajouler

à l'action même quelque circonstance, qui dispose l'esprit du spectateur à le

bien recevoir. Nécessaic Une action nécessaire est celle qui re dans n'est point libre : elle ne peut pas ne pas l'action, être. Aristote auroit-il voulu dire que

l'action dramatique doit être de cette nature? Voici le sens qu'on donne aux paroles que j'en ai citées.

Une action dramatique est une entreprise faite avec dessein. C'est un ambitieux qui veut usurper une couronne, ou un prince légitime qui veut remonter sur le trône d'où il a été chassé; c'est un vindicatif, qui veut exécuter ses projets de vengeance; un amant, qui veut obtenir la inain de la personne qu'il aime, etc. Ces personnages commencent, poursuivent et achèvent leur entreprise. Cette action à donc plusieurs parties, ou, si l'on veut, renferme d'autres pelitiles actions qui la composent, et qui en précèdent l'accomplissement. Toutes ces parties ou actions doivent être vrai. semblables: mais toutes ne peuvent pas être nécessaires. La première ne peut être que libre, et par conséquent vraisemblable seulement : mais les autres peuvent être nécessaires par la liaison qu'elles ont avec la première, dont elles sont une suite essentielle. Ceci va être rendu plus sensible par un exemple.

Polieucle, dans la tragédie de ce nom,

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