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celui-ci eut à combattre le ressentiment de l'implacable Junon, toujours animée contre les Troyens et leurs descendans. Elle n'y consentit qu'à condition que Troie et Rome seroient à jamais séparées par une étendue immense de mers toujours irritées. Ici le poète met dans la bouche de Junon un discours plein des plus riches tableaux, et où l'on voit une peinture énergique de l'état présent de l'ancienne Troie couverte de mousse, et devenue le repaire des bêtes sauvages. Cette décsse consent que les belliqueux Romains, qui en tirent leur origine, règnent paisiblement ailleurs ; que le Capitole subsiste dans toute sa splendeur; que l'invincible Rome se fasse un jeu de pénétrer dans ces plages arides que le soleil embrase de tous ses feux, et dans ces elimats glacés, séjour d'un élernel hiver, pourvu qu'ils ne songent point à rebâtir la ville de Priani. Ce n'est qu'à cette condition qu'elle consent que Romulus soit assis parmi les immortels. Mais s'il inspire à ses enfans le dessein de relever les murs de Troie, ce ne sera que sous de malheureux auspices. Bientôt cette ville superbe sera de nouveau plongée dans ses premiers désastres. Elle-mème épouse et soeur de Jupiter, y ramenera ses formidables bataillons, pour la réduire en cendres.

C'est ainsi qu'Horace intimida Au

guste et les Romains par la bouche d'une déesse jalouse et toujours irritée. On voit dans cette ode une sagesse de dessein admirable. Le poète paroît avoir perdu de vue son objet ; et c'est alors qu'il l'a parfaitement rempli. Mais parmi toutes les odes que je connois, celle qui , à mon avis, peut donner la plus juste idée des écarts heureux de ce genre de poésie , est l'Ode de Malherbe à Louis XIII, qui alloit combattre les Rochelois. En voici l'analyse.

Le poète , dans son début engage le roi à prendre sa foudre contre les rébelles. Pour justifier sa vengeance, il fait une vive peinture des excès auxquels ils s'étoient portés durant nos guerres civiles. Il reprend ensuite sa première idée, et détaille les forces des Rochelois. Mais ils ont beau fortifier leurs murailles, Louis, dont la cause est juste, les vaincra , étant sur-tout aidé de Richelieu. Ici le poète lie adroitement l'éloge de ce ministre à celui du monarque. Ne croiroit-on pas que Malherbe va se borner à des voeux pour le succès de leur entreprise ? Non : il revient au voyage du roi, et lui promet la victoire par ce beau trait d’imagination :

Certes, ou je me trompe, ou déjà la Victoire,
Dont le plus grand honneur est que tu sois content,
Aux bords de la Charente, en son habit de gloire, is

: Sous des palmes t'attend.

Je la vois qui t'appelle , et qui semble te dire:
Roi, le plus grand des rois, et qui m'es le plus cher,
Si tu veux que je t'aide à sauver ton empire,

Il est temps de marcher.

Il seinble que le poète va prédire ici la ruine entière des Rochelois, et finir son ode. Mais qu'on est surpris de le voir prendre un nouvel essor, et décrire en vers pompeux la guerre des géans contre les dieux de l'Olympe! On le croil en. tièrement hors de son sujet, qu'il n'a point perdu de vue un seul instant. Les rebelles ont été peints sous l'image des Titans, et le monarque sous celle de Jupiter. La description de cette guerre, qui paroît d'abord un hors-d'oeuvre, est un effet de l'enthousiasme, et la production du vrai génie. Avec quelle adresse ce désordre est préparé ! avec quelle intelligence il est conduit ! Je doule que l'antiquité puisse nous offrir quelque chose de comparable à ce morceau. Enfin le poète, encore plein d'iinages sanglantes, témoigne à Louis XIII avec quelle ardeur il le suivroit dans les combats, si la vieillesse ne glaçoit ses sens, et termine son ode par un trait emprunté d'Horace, mais qu'il a embelli. Il se promet l'immortalité à laquelle il va voler, porté sur les ailes de la Renommée qui publiera les exploits de Louis xiii.

Voilà, si je ne me trompe, le plus parfait modèle qu'on puisse proposer de cet enthousiasme vif, mais sage et réglé par la raison, de ce beau désordre qui produit un effet merveilleux dans l'ode, et qui la caractérise. Voilà en quoi consiste l'art d'agrandir un sujet, de faire un plan vaste, et néanmoins régulier dans toutes ses parties, et même dans celles qui paroissent ne point tenir au corps de l'ouvrage.

L'ode proprement dite se divise en trois espèces, qui sont l'ode sacrée , qu'on appelle particulièrement Hymne ou Cantique ; l'ode héroïque, et l'ode philosophique ou morale.

Dans l'ode sacrée, le poète chante les perfections de l'Être suprême. Il admire avec transport les chef-d'oeuvres de sa toute-puissance, et en offre les tableaux les plus brillans et les plus magnifiques, C'est ce que fait J. B. Rousseau dans cette belle Ode, où ce digne imitaleur du prophète David peint les mouvemens d'une ame, qui s'élève à Dieu par la contemplation de ses ouvrages.

crée,

Les cieux instruisent la terre
A révérer lenr auteur,
Tout ce que leur globe enserre,
Célèbre un Dieu créateur.
Quel plus sublime cantique
Que ce concert magnifique
De tous les célestes corps ?
Quelle grandeur infinie !
Quelle divine harmonie
Résulte de leurs accords !

De sa puissance immortelle
Tout parle , tont nous instruit.
Le jour au jour la révèle ,
La nuit l'annonce à la nuit.
Ce grand et superbe ouvrage
N'est point pour l'homme, un langage
Obscur et mystérieux.
Son admirable structure
Est la voix de la nature ,
Qui se fait entendre aux yeux.

Dans une éclatante voûte,
Il a placé de ses mains
Ce soleil, qui dans sa route
Eclaire tous les humains.
Environné de lumière ,
Cet astre ouvre sa carrière ,
Comme un époux glorieux,
Qui, dès l'aube matinale,
De sa couche nuptiale
Sort brillant et radieux.

L'Univers à sa présence
Semble sortir du néant.
11 prend sa course, il s'avance
Comme un superbe géant.
Bientôt sa marche féconde
Embrasse le tour du monde
Dans le cercle qu'il décrit;
Et par sa chaleur puissante ,
La nature languissante
Se ranime et se nourrit.

Lorsqu'il célèbre la bonté infinie du créateur, il a soin, pour relever le prix des bienfaits qu'il en a lui-même reçus, de retracer avec force ses malheurs et ses afflictions passées, Telle est cette peinture si vive et si touchante que fait le même poète dans l'Ode tirée du Cantique du saint roi Ezéchids qui le com

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