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taux ; et que spécialement les prophètes en faisaient un très-fréquent usage. Quelquefois ils avertissaient eux-mêmes qu'ils parlaient en style figuré. Ainsi Isaïe, au chapitre cinquième, après avoir décrit une vigne, qui, bien que cultivée avec soin , n'a produit que des fruits sauvages, déclare que cette vigne est le peuple d'Israël, qui n'a répondu aux bienfaits de son Dieu que par des offenses. D'autres fois les prophètes n'expliquent point leurs figures; mais alors elles s'expliquent d'elles-mêmes. Nous voyons le même Isaïe, au chapitre onzième, décrivant la prospérité du temps où viendra le rejeton de Jessé, dire que le loup habitera avec l'agneau , le léopard avec le chevreau etc. Il est évident que dans ces passages le sens réel, le sens qu'a eu en vue le prophète, n'est pas le sens littéral , le sens qu'offre la signification grammaticale des termes. On se tromperait en les entendant ainsi : et on est obligé par la force même du sens de les expliquer allégoriment. Les docteurs de la loi eux-mêmes, avant la venue de Jésus-Christ, entendaient dans le sens métaphorique beaucoup de leurs prophéties, spécialement de celles que nous entendons ainsi. Comment donc nos adversaires peuvent-ils trouver mauvais que nous fassions usage des passages prophétiques qui T. I. 3.

ne peuvent avoir d'autre sens réel que le sens métaphorique. Car, nous le déclarons positivement ( et ceci répond, à ce qu'il nous semble, d'une manière satisfaisante à la difficulté), nous n'emploierons la preuve tirée des prophéties métaphoriques que lorsqu'un texte réunira quatre conditions : la première, que dans sa signification littérale il n'ait pas un sens raisonnable ; la seconde, que sa signification métaphorique présente un sens très-clair; la troisième, qu'il s'applique avec justesse au Messie ; la quatrième, que selon cette explication, il setrouve pleinement réalisé en Jésus-Christ. Il paraît évident qu'une prédiction qui réunira ces quatre caractères, doit être regardée comme une prophétie de la divine mission de Jésus-Christ. Il en est de même des prophéties mystiques. J'ai déjà expliqué que je ne compte en faire usage que dans le cas où il s'y trouverait des passages qui ne pouvant pas s'appliquer au personnage objet direct de la prédiction , trouveraient une juste application à Jésus-Christ. On ne peut trouver mauvais, ni que nous ne rapportions pas ces passages à celui avec qui ils n'ont aucune relation, ni que nous les rapportions à celui à qui ils conviennent parfaitement.

XIII. « Quoique ces notions et ces prin« cipes soient de toute clarté et de toute jus« tice, elles ne sont pas à l'abri des critiques « des incrédules. Ils attaquent et les prophé« ties métaphoriques et les prophéties mys« tiques. Sur les premières, ils prétendent « que les Apôtres et les Pères ont tourné en « métaphores toutes les prophéties et ont fait « de leurs allégories le fondement de la reli« gion : ils les comparent aux païens, qui « recouraient aux allusions pour expliquer « toute leur idolâtrie. Sur les secondes, ils « disent qu'un homme qui donne deux sens « à ses paroles, cherche à tromper; et que « tels étaient les oracles des païens, qui, par « leur double signification, induisaient en « erreur ceux qui avaient la simplicité d'y cc CI'OlI'e. » -

De ces deux difficultés, la première porte sur une assertion fausse; la seconde, sur une équivoque d'expressions.

XIV. Je dis donc d'abord, qu'il est faux que les Apôtres et les Pères aient tourné en allégories toutes les prophéties. Disputant contre les Juifs ou les païens , ils prennent dans le sens le plus strict et le plus littéral celles des prophéties, qui sont exprimées en termes simples et clairs : nous aurons occasion de le montrer, par la citation même de leurs passages. Les païens étaient forcés de recourir aux allégories, pour expliquer, nonseulement leurs oracles, mais les faits mêmes de leur religion, et pour justifier leurs divinités des obscénités et des crimes dont la mythologie les chargent. Les faits de l'histoire judaïque sont réels et n'ont pas besoin d'explication si, d'après les Apôtres, les Pères y ont vu des figures de Jésus-Christ ; ils ont ajouté le sens figuratif au sens littéral, ils ne l'ont pas substitué. J'ai eu occasion de prouver ailleurs que c'est injustement qu'on leur impute d'avoir fait des allégories le fondement de la religion (91). . XV. Je dis ensuite qu'il faut distinguer les diverses manières dont une proposition peut avoir deux sens. Elle est répréhensible, quand elle présente deux sens, dont l'un est vrai et l'autre faux ; parce qu'elle tend à tromper, en induisant à croire le sens faux, sous l'apparence du sens vrai qu'elle montre. Tels étaient les oracles cités dans le paganisme, que Cicéron rapporte d'après Hérodote et Ennius, quoiqu'il ne les croie pas authentiques. Ils avaient été faits l'un à Crésus, l'autre à Pyrrhus; et ils paraissaient promettre des victoires ; mais ils étaient énoncés de manière à pouvoir également annoncer des défaites (92). Le double sens de ces oracles était une ambiguité concertée de manière à exprimer les deux contraires ; à faire croire le oui et le non, tellement que, quelqu'événement qui arrivât, la véracité du prédiseur fût en sûreté et sa personne exempte de reproche. Mais il en est tout autrement du double sens de nos prophéties mystiques.Ce ne sont pas deux sens opposés : ce sont deux sens subordonnés l'un à l'autre. Ce ne sont pas deux sens dont l'un soit vrai et l'autre faux : ce sont deux sens également vrais ; il n'y a ni équivoque ni ambiguité. En quoi donc pourrait consister la tromperie ? Dans quelle erreur engage cette prophétie ? Que l'on s'en tienne au sens littéral; qu'on voie uniquement le sens figuré; qu'on les reçoive tous les deux; dans toutes ces hypothèses, on trouve toujours la vérité. XVI. « Quand Dieu, disent encore les in« crédules, daigne manifester aux hommes « des vérités importantes à leur bonheur, ce « doit être avec une clarté telle qu'ils ne « puissent les méconnaître. S'il avait dicté « des prophéties, elles auraient dû avoir un « caractère de clarté qui les distinguât de « toutes les autres manières de deviner l'a« venir. Parmi les païens eux-mêmes, ceux « qui étaient raisonnables, rejetaient leurs « prétendus oracles, sur le fondement de leur

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