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corder : un intervalle aussi court dans l'espace de quinze siècles, ne peut pas être regardé comme une cessation, ce n'est qu'une interruption momentamée. Dira-t-on que le Portugal a cessé d'être un royaume, parce que, pendant soixante ans, il a été assujetti à la couronne d'Espagne ? On peut d'autant moins le dire de la tribu de Juda, que, pendant cette captivité, elle a toujours conservé l'espérance du rétablissement dans son pays; espérance fondée sur les prophéties qui le lui promettaient. Mais est - il même vrai que dans cet intervalle la tribu de Juda ait cessé de faire un corps de nation, d'être régie par ses lois, et jugée par ses chefs ? Nous avons un témoignage du contraire dans l'histoire de Suzanne; nous y voyons deux vieillards de la nation, constitués juges pour une année ; nous les voyons accuser cette sainte femme devant l'assemblée du peuple, qui d'abord la condamne et ensuite l'absout, et qui punit de mort ses impures calomniateurs (149). L'histoire d'Esther nous présente aussi une idée de l'état de la nation juive sous l'empire des rois de Perse.Assuérus, trompé par Aman, avait donné contre les Juifs un premier édit qui les proscrivait : il y était dit qu'ils se gouvernaient par des lois nouvelles, qu'ils agissaient contre les coûtumes de toutes les nations, qu'ils avaient des lois perverses (15o); mais ce prince, désabusé par Esther, publia une autre loi favorable aux Juifs, dans laquelle il déclarait qu'ils se conduisaient selon de justes lois (151). Il paraît donc que, même sous l'empire des rois de Babylone et de Perse, la tribu de Juda avait conservé ses lois, ses juges, son droit de glaive, son état en corps de nation, et qu'elle formait dans l'empire où elle avait été transportée, ce que les publicistes appellent status in statu. Ce fut après le retour de la captivité que le pays fut appelé Judée et ses habitants Juifs, du nom de la tribu qui formait la presque totalité du peuple. Nous n'avons pas l'édit par lequel Cyrus permettait aux Juifs de retourner habiter leur ancienne patrie; mais nous ne pouvons pas douter qu'ils n'y formassent de nouveau un corps de nation régi par ses magistrats, puisque nous voyons dès ce moment Zorobabel, issu du sang royal, reconnu chef du peuple, conjointement avec les principaux de la nation. L'édit accordé par Artaxerxe à Esdras est positif. Il l'autorise à établir des juges, des présidents qui fassent observer la loi de Moïse, et qui prononcent des jugements même capitaux (152). Ainsi fut perpétué dans la tribu de Juda, conformément à la prophétie de Jacob, le droit de glaive et la prérogative d'être régie par des chefs pris dans elle-même. Le régime de cet état était aristocratique; et l'autorité, soit administrative, soit judiciaire , était exercée par les principaux d'entre les Juifs. Cet ordre de choses dura pendant l'espace d'environ trois cents soixante-dix ans, jusqu'au temps des Machabée. Alors la nécessité de résister à la violente persécution d'Antiochus, fit changer quelque chose à la constitution. Il fallut se donner un chef guerrier; ce qui rapprocha l'état du gouvernement monarchique.Judas Machabée, ensuite ses frères, et, après eux, les descendants de Simon eurent la principale part à l'autorité; mais le corps de la tribu ne la perdit pas pour cela. Ce fut le peuple qui élut pour ses chefs successivementJonathas et Simon (153). Antérieurement, et du temps de Judas Machabée , une ambassade avait été envoyée à Rome, non pas seulement par lui et par ses frères, mais par tout le peuple des Juifs (154). Une lettre écrite aux Spartiates, l'est aussi par Jonathas, souverain pontife, par les anciens de la nation, par les prêtres, et par tout le reste du peuple (155). Il est donc clair que depuis la captivité, et jusque sous les Asmonéens, qui étaient de la tribu de Lévi, la tribu de Juda avait conservé, avec son état de nation , son autorité propre.

« On prétend qu'il n'est pas vrai que, « depuis leur retour de la captivité, les « Juifs aient conservé l'autorité sur leur ré« publique : on dit qu'ils payaient un tribut « aux rois de Perse; qu'il continuèrent de le « payer aux rois de Syrie, et qu'ils étaient « soumis à leur puissance. »

Nous ne disconvenons pas entièrement du fait; mais un état peut être tributaire d'un autre, être même à quelques égards dans sa dépendance, et cependant conserver son existence politique, le droit d'user de ses propres lois, d'être régi par ses chefs, de juger les procès, d'infliger aux coupables des peines, même celle de mort, d'administrer ses affaires : dans ce cas nous disons qu'elle est véritablement une puissance de l'ordre politique. La république judaïque, dans le temps qui s'est écoulé depuis le retour de la captivité, n'a pas toujours joui d'une indépendance entière ; mais elle n'a pas cessé d'être une république : on peut dire d'elle, avec une entière vérité, que dans cet intervalle comme dans les précédents, elle a conservé la verge, symbole d'autorité, et les chefs tirés d'elle-même que lui avait promis Jacob.

Environ soixante-trois ans avant JésusChrist, Pompée s'étant emparé de Jérusalem, y établit roi Hircan, issu du sang asmonéen ; et il rendit les Juifs tributaires des Romains. Vingt-cinq ans après, Hérode, Iduméen de naissance, fut fait par les Romains roi de la Judée : plusieurs de ses descendants lui succédèrent dans la souveraineté, soit de tout le pays, soit d'une partie. Des gouverneurs romains furent après cela chargés du gouvernement de la Judée, jusqu'au temps de la destruction par Vespasien et Tite. Les docteurs ne sont pas absolument d'accord sur celle de ces diverses époques où le sceptre a cessé d'être dans la tribu de Juda : nous n'avons pas intérêt d'entrer dans cette discussion. Quelle que soit l'opinion que l'on adopte, il est toujours certain que la tribu issue de Juda a cessé d'avoir sa forme de gouvernement régi par ses lois et par des chefs pris parmi elle seulement un peu de temps avant, ou un peu de temps après que Jésus-Christ a paru dans le monde : ce qui accomplit la prophétie de Jacob. Il n'est cependant pas inutile de faire, relativement à ces temps de dépérissement de la république judaïque, une observation : c'est que même sous les Hérodes, du temps de JésusChrist, et jusqu'après lui, les Juifs avaient

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